Lecture / Ecriture
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L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt
  Oscar et la dame rose
  Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
  L'enfant de Noé
  La rêveuse d’Ostende (et autres nouvelles)
  Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent
  La part de l’autre
  La femme au miroir
  Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
  Le sumo qui ne pouvait pas grossir
  Dès 08 ans: Les aventures de Poussin Ier
  La nuit de feu
  La secte des égoïstes
  Les perroquets de la place d’Arezzo

Éric-Emmanuel Schmitt est un auteur d'origine française né en 1960 et naturalisé belge en 2008.

L'enfant de Noé - Eric-Emmanuel Schmitt

Arche d’espérance
Note :

   Bruxelles. 1942. La soif de pouvoir et celle d’invasion d’Hitler sur l’Europe, n’a pas épargné la Belgique. Les « vert-de-gris » patrouillent dans les rues, la Gestapo veille et les nombreux contrôles de papiers maintiennent une peur omniprésente.
   
    La cible ? Le peuple Juif. Depuis le port obligatoire de l’étoile Jaune, vivre au quotidien est devenu souffrance, la honte les désigne, les délations imposent la méfiance, le regard se veut fuyant. La peur d’être arrêté et déporté, séparé des siens, les a obligés à fuir vers des horizons plus favorables, et pour ceux qui ont décidé de rester, l’étau se resserre, sans cesse.
   
   Pour Joseph et ses parents, le destin n’en sera pas différent. Juif et donc coupable, l’heure de la fuite est arrivée. La rafle qui a lieu dans leur quartier, se veut le déclencheur de leur départ. Joseph sera d’abord caché chez un Comte, ami de ses parents après le départ de ceux-ci. Mais une dénonciation ramènera la Gestapo jusqu’à lui. Obligé à nouveau de fuir, il rejoindra cette fois le Père Pons et son pensionnat où d’autres enfants orphelins de guerre attendent avec espoir le retour des leurs.
   
   Mais pour Joseph, il n’est point question d’attente, car va naître entre cet enfant Juif et ce prêtre Catholique, une complicité magnifique, bouleversante…
   Ce prêtre, avec audace, humour, courage, simplicité, réussira ainsi à cacher et à sauver 271 enfants Juifs des griffes Nazies.
   
   Voici le récit, émouvant, d’un « Juste ». Celui d’un homme qui gardera la foi, l’espoir, et qui au péril de la sienne, sauvera la Vie. Il passera ainsi son existence à collectionner toutes sortes de trophées, d’objets, de reliques, et ce chaque fois qu’un conflit menacera un peuple d’éradication. Ainsi, comme Noé, il remplira une arche pour que survivent en ce monde les richesses qui font notre différence…
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critique par Patch




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Survivre au déluge
Note :

   Trois ans après le début de la guerre, le petit Joseph, un enfant juif, est caché à la Villa jaune, un orphelinat en banlieue de Bruxelles. C’est à cet endroit qu’il se liera d’amitié avec Rudy et sera pris sous l’aile du Père Pons, un prêtre catholique, qui lui enseignera le christianisme mais aussi et avant tout le judaïsme. Car l’homme explique son geste samaritain par la nécessité de témoigner de l’histoire et confie au petit Joseph le devoir de perpétuer sa langue et la religion juive. Parviendra-t-il à son but malgré la menace nazie?
   
   Fidèle à son habitude, Schmitt utilise encore une fois, une écriture sans fioritures inutiles, capable d’une grande force d’évocation. Avec beaucoup de candeur et des scènes attachantes, il fait oublier parfois le déplorable manque d’originalité de son histoire. Après tout, ce thème a été exploité à maintes reprises.
   
   Schmitt épargne aussi au lecteur les atrocités de l’époque et se concentre sur son message de tolérance et d’amour. Si pour certains, les réflexions exprimées seront suffisantes pour faire de ce livre une lecture enrichissante, pour d’autres un peu plus de densité sera requis. Ceux là liront Primo Levi ou Elie Wiesel.
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critique par Benjamin Aaro




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Prévisible (et trop sucré)
Note :

   Courte histoire somme toute assez prévisible et en ce sens dispensable. Cousue de bons sentiments aussi, comme souvent chez Eric-Emmanuel Schmitt. C’est casse-gueule, le «bon-sentimentisme». On évolue sur une ligne raide, au bord du gouffre. Il faut une alchimie particulière – à mon sens davantage trouvée pour «Oscar et la dame rose» ou «Monsieur Ibrahim et les fleurs …» - qui évite au lecteur de verser dans le détachement, par réaction à l’overdose de bons sentiments. Un peu comme un excès de sucre dans un dessert peut vous gâcher le plaisir en vous culpabilisant: «qu’est-ce que c’est que tout ce sucre?».
   
   Là, raté. Enfin raté pour moi, ce jour où je l’ai lu. Je n’excluspas la possibilité de réagir autrement dans d’autres circonstances psychologiques, fragilité et relativité de la lecture!
   
   Et puis c’est vrai que le sort des enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale a été traité jusqu’à l’épuisement. Bien d’autres holocaustes, génocides en tous genres se sont déroulés depuis qui n’ont pas suscités la même compassion (entre le Cambodge et les khmers rouges, le Rwanda et les Tutsis et les Hutus, … je n’en ferai pas la liste, j’en oublierais!). Relativité de l’holocauste et du génocide, «selon que vous serez riche ou puissant …» …
   
   La trame est classique: Joseph et ses parents, juifs belges, vivent à Bruxelles quand l’heure des rafles sonne. Il est «exfiltré» par ses parents successivement dans une famille insoupçonnable puis auprès d’une institution tenue par un prêtre au «cœur gros comme ça», le Père Pons. S’ensuivra une histoire d’amour, platonique - foin des relations pédophiles dont on accable les membres du clergé par les temps qui courent – une très belle histoire d’ailleurs mais qui me parait psychologiquement mal traitée concernant Joseph, un enfant de sept ans!
   Oui, mal traitée parce qu’il apparait sacrément mûr le Joseph! Je ne sais pas si E.E. Schmitt a eu des enfants mais si les siens à sept ans étaient capables de réagir et raisonner ainsi… ça tournait alors aux surdoués affectifs!
   
   Il y a une happy-end. Pas pour tout le monde évidemment mais quand même… Peu de salauds dans cette affaire, à croire qu’en Belgique aussi il n’y avait que des résistants ou des sympathisants… Bref, une vraisemblance restreinte. Alors lecture facile, mais trop sucrée. On culpabilise d’absorber trop de sucre! Et la ligne?!
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critique par Tistou




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Juste parmi les justes
Note :

   Dès le moment où l’on ouvre un roman de E.E.S, on est confronté un tant soit peu à la religion. Attention! Pas celle mystique et philosophique d’un Khalil Gibran ou Paolo Coelo. Pas davantage ce clinquant d’images pieuses et de représentations divines. C’est une seconde nature chez le plus belge des écrivains français (et ce fait se doit d’être souligné : d’habitude, c’est le contraire). Schmitt porte en lui cette félicité qu’on ne rencontre plus guère que chez quelques moines reclus des vicissitudes d’un monde lancé à cent à l’heure, qu’ils soient Franciscains ou Bouddhistes.
   
   L’enfant de Noé c’est "Au Revoir les Enfants" réduit en une centaine de pages. Une petite chronique de ces temps tumultueux où les plus profondes croyances se révèlent et où la vraie nature humaine est forcément débarrassée de ses oripeaux souvent trompeurs. C’est dans des situations extrêmes (et la guerre ou l’occupation ne sont-elles pas des conditions exceptionnelles?) que s’illustre l’âme humaine, que l’on croie ou non. L’histoire est archi-connue : un prêtre catholique cache des enfants juifs pendant ces tristes années de notre Histoire de France. Mais là où Louis Malle mettait en images une chronique d’une autre époque, Schmitt va plus loin et inverse presque les rôles : le gamin juif va à tout prix vouloir devenir chrétien et le curé se questionne lui-même sur le judaïsme, étudiant la Thora dans le sous-sol de la petite chapelle. Fort bien.
   
   Reste malheureusement une impression de manque, d’inachevé, comme si, à la fin du roman, on avait l’impression de n’être qu’à la fin du premier chapitre.

critique par Walter Hartright




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