Lecture / Ecriture
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Les quatre saisons - T1 - Passé parfait de Leonardo Padura

Leonardo Padura
  Vents de Carême
  Adios Hemingway
  Les brumes du passé
  L'automne à Cuba
  L'homme qui aimait les chiens
  Hérétiques
  Les quatre saisons - T1 - Passé parfait
  Electre à La Havane
  La transparence du temps
  Mort d'un chinois à La Havane

Leonardo Padura Fuentes est un journaliste et écrivain cubain né en 1955.

Les quatre saisons - T1 - Passé parfait - Leonardo Padura

Copains d'enfance
Note :

   L'éditeur ressortant d'un coup ces quatre saisons, il me les fallait, forcément. Padura et Mario Conde sont des incontournables pour moi. Donc bien sûr, manque total d'objectivité.
   
    Les amateurs de romans policiers peuvent s'y retrouver, avec Mario Conde, lieutenant de police à La Havane depuis dix ans. "La réputation de dingue du commissariat qu'on avait collée au Conde ne tenait pas à de simples bruits de couloir(...). Obstination et pessimisme, anticonformisme et intelligence agressive mêlés étaient les composantes d'un type trop étrange et trop efficace au goût de la police." (avis des collègues)
   

    Disparition mystérieuse (mort ou pas?) du mari de la belle Tamara, mort d'une jeune enseignante, assassinat d'un jeune homme retrouvé habillé d'une robe rouge et celui d'un cubain exilé à Miami et revenu des années après à La Havane, voilà quatre enquêtes (une dans chaque roman) pour Mario Conde qui raviront les lecteurs.
   
   Mais ceux qui connaissent déjà savent qu'il y a bien plus dans ces romans. La Havane, d'abord, magnifiquement évoquée, ses quartiers délabrés ou riches, toute une population mélangée qui survit parfois. Nous sommes en 1989 et les personnages ont dû en rabattre sur leurs espoirs d'un avenir meilleur. Mario Conde parle d'écrire enfin, d'autres de quitter le pays. Petits trafics, malversations, flics franchissant la ligne, le tableau n'est pas très reluisant.
   
   C'est du bonheur de suivre Mario Conde pas à pas dans ses enquêtes, oui, mais aussi ses doutes, ses nostalgies, et disons ses amours plus ou moins heureuses. Gravitent autour de lui LA bonne bande d'amis d'enfance, particulièrement le Flaco, cloué dans un fauteuil roulant et pour qui José, sa mère, s'ingénie à proposer des plats extraordinaires (on ne saura pas comment elle se débrouille, dans ce pays aux tickets de rationnement et files d'attente dans les boutiques) et abondants (quand il y en a pour huit, il y en a pour trois).
    "Il avait toujours dit que le Conde était un salaud qui aimait souffrir, un incorrigible brasseur de souvenirs, un masochiste indépendant, un hypocondriaque à l'épreuve des coups et le type le plus difficile à consoler au monde." (avis du Flaco)
   

   Chaque histoire est l'occasion d'évoquer le passé ou un aspect du pays. Passé parfait, avec Rafael et Tamara, camarades de lycée, et Vents de carême sont plus axés sur les souvenirs personnels du Conde, Electre à la Havane rappelle que l'homosexualité à Cuba n'était (n'est?) pas acceptée, au travers de destins tragiques, et L'automne à Cuba, se déroulant sous la menace d'un ouragan approchant de l'île, parle entre autres du trafic d’œuvres d'art lors du départ des riches habitants.
   
    "Mario Conde est une métaphore, pas un policier, et sa vie se déroule, tout simplement, dans l'espace possible de la littérature." (avertissement de l'auteur)
   

    Pour enfoncer le clou, je signale que j'ai englouti les quatre d'affilée, sans souci, sans effort notable et sans ennui. Peut être ai-je une préférence pour les deux derniers, plus sombres, mais tout est à lire, de toute façon.
   
   Les quatre saisons :
   
   Passé parfait - Pasado perfecto

   Vents de carême - Vientos de cuaresma
   Electre à la Havane _ Mascaras
   L'automne à Cuba - Paisaje de otono
    ↓

critique par Keisha




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Grosse bouffée de passé
Note :

   Premier volume de la tétralogie des quatre saisons, ce Passé Parfait, Pasado perfecto, se déroule en hiver. Nous commencerons le cycle annuel par le déclin. Nous sommes à La Havane, en 1989. Mario Condé, lieutenant de police, est appelé pour enquêter sur la disparition d'un de ses anciens camarades de lycée, à qui tout a réussi dans la vie depuis cet heureux temps juvénile. Il a épousé la plus belle fille de la classe (dont Mario était également éperdument amoureux), réussi tous ses examens, décroché un poste avantageux au ministère et confirmé une brillante carrière de chargé de négociations commerciales avec l'étranger. Un poste très envié pour ses nombreux avantages matériels et ses possibilités de voyages à l'étranger. Par ailleurs, tout le monde l'aime et il a su plaire à tous, tant par son caractère que par ses attentions. Il est au-dessus de tout soupçon de corruption. Beau, encore jeune, élégant, heureux en ménage comme au travail, il est la parfaite image de la réussite par la vertu.
   
   N’empêche qu'il a disparu. Complètement. Personne n'arrive à comprendre, comment, pourquoi etc. On ne le soupçonne guère d'avoir fui le pays clandestinement, d'autan que météorologiquement, la période n'était pas du tout favorable.
   
   A-t-il eu un accident ? Mais dans ce cas, pourquoi ne l'a-ton pas retrouvé ?
   
   Se cache-t-il, mais où et pourquoi? Personne n'ayant rien à lui reprocher.
   
   A-t-il été agressé ? Mais comme il n'avait pas d'ennemi, qui soupçonner ?
   
   C'est Condé, que les lecteurs découvriront à cette occasion mais qu'ils n'ont pas fini de voir, qui va tenter d'apporter les réponses à toutes ces questions.
   
   Mario Condé, c'est un policier un peu atypique, trainant une réputation douteuse parmi ses collègues. A 16 ans (âge auquel il a rencontré le disparu), il aimait les chiens et voulait devenir écrivain, comme Hemingway, son idole. Las, la "longue chaine d'erreurs et de hasards qui avait façonné son existence" en avait décidé autrement, bien qu'il persiste à jouer avec cette idée et se rêve encore attablé devant une Remington, à taper un roman majeur, "un roman sur l'abjection" (clin d’œil cette fois à l'autre écrivain-idole : Salinger)... Mais pour l'instant, d'Hemingway, à part le rhum, il n'a pas grand chose.
   
   Mario a par ailleurs gardé des liens avec un autre de ses anciens coreligionnaires, le Flaco, qu'un service en Angola a rendu à sa mère dans un fauteuil roulant... Mario est très proche de ces deux-là. Il est devenu fils et frère d'adoption. C'est sa famille.
   
   Cette enquête va faire alterner constamment les scènes actuelles avec celles de ce passé lycéens qui semble tant retenir Mario (et Padura) au point qu'on y retournera dans le second volume, et les suivants également, tout comme l'on retrouvera les autres personnages et ce Cuba du blocus, pas celui des touristes, celui qui se défend à coup de tickets de rationnement et qui aime encore les gueuletons, la musique et la fête.

critique par Sibylline




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