Lecture / Ecriture
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Le cycliste de Tchernobyl de Javier Sebastian

Javier Sebastian
  Le cycliste de Tchernobyl

Le cycliste de Tchernobyl - Javier Sebastian

Théâtre d’ombres. Ombres fantomatiques. Qui s’estompent...
Note :

   Théâtre d’ombres. D’ombres fantomatiques. Qui s’estompent, se diluent dans l’espace. Et même dans le temps. Sur la scène d’une des plus grandes tragédies de l’histoire humaine, Tchernobyl.
   
   Javier Sebastian, écrivain espagnol, s’est manifestement senti concerné par ce qu’a vécu le physicien nucléaire biélorusse Vassili Nesterenko, qui, dès le drame d’Avril 1986 a ramé à contre-courant de la désinformation soviétique qui voulait minimiser les effets de ce qui s’était passé en Ukraine et a tout fait, au péril de sa vie (il a échappé à deux attentats) pour tenter d’alerter les opinions et sauver ce qui pouvait l’être.
   
   Vassili Nesterenko, c’est Vassia dans le roman, un physicien nucléaire qui refuse de se renier et de faire comme si de rien n'était lorsque le drame se produit. Javier Sebastian trouve des accents poignants pour célébrer les "vies" hallucinées des cadavres ambulants, les "samiosols", qui errent dans Pripiat, la ville martyre à 3 km du site de la Centrale. C’est que Vassia en fait finalement partie, pour fuir les persécutions et intimidations physiques pour le faire taire. Fantôme de ville à l’atmosphère mortifère d’où refusent de partir des gens qui de toutes façons sont irrémédiablement condamnés.
   
   Vassia s’en échappera un temps, pour tenter d’ameuter les opinions publiques. Il se retrouvera ainsi vieillard hagard abandonné dans un self-service d’une grande avenue de Paris. C’est ainsi qu’en héritera un scientifique espagnol de passage à Paris pour un Congrès sur l’homologation officielle du kilogramme, témoin de l’abandon du vieillard dans la salle du self-service ; une horreur.
   
   "Elle se lève. Secoue les miettes de son chemisier. Pose les restes du repas sur le plateau avec la parcimonie de quelqu’un qui veut bien faire les choses, se lève et jette le tout dans une poubelle. Elle revient vers l’homme. Se penche un peu vers lui, comme si elle allait lui dire quelque chose à l’oreille, mais elle se ravise et se contente de replier le col de sa chemise qui était relevé sur la nuque. Elle lui donne un baiser sur le front, lui caresse le visage, un autre baiser, puis elle s’en va. Elle est partie."

   
   Pourchassé par les Services Spéciaux pour le faire taire définitivement, il est finalement contraint de revenir mourir à Pripiat, parmi les samiosols. Pripiat où notre scientifique espagnol, le narrateur de notre roman, va venir un temps s’échouer à la recherche de Vassia.
   
   Curieuse ambiance que celle décrite dans ce "cycliste de Tchernobyl", dans un monde dévasté où l’ennemi est invisible, où l’on souffre mais avec une espérance de vie des plus réduite. Une ambiance pâle, décolorée, comme une photo en train de s’estomper parce que restée trop longtemps exposée au soleil...

critique par Tistou




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