Lecture / Ecriture
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Tolstoï le pas de l’ogre de Christiane Rancé

Christiane Rancé
  Tolstoï le pas de l’ogre

Tolstoï le pas de l’ogre - Christiane Rancé

Un ogre russe
Note :

   "Tout est énorme chez lui, le nez, les oreilles, les mains, les pieds, et l'ivresse de lui-même."
   

   Oui, oui, je sais, je vous ai déjà proposé un excellent livre sur Tolstoï, mais le talent a de multiples facettes et le bonheur de lire aussi.
   
   Ici pas de vraie biographie mais de simples rappels sous forme de tableaux rapides des moments clés de la vie de Léon Tolstoï.
   
   Ce qui importe à l’auteur de ce livre c’est de comprendre l’homme Tolstoï au delà de l’écrivain. Comprendre ses contradictions, ses outrances, ses éclairs de génie.
   
   Tolstoï l’aristo, le boulimique de lecture, il faut dire qu’il a eu à sa disposition une bibliothèque de plus de 10 000 volumes ! car comme le dit Christiane Rancé tout est énorme chez lui.
   
   A "30 ans il a déjà fait la guerre en Crimée, écrit, voyagé et lu" il ne lui manquait qu’une épouse... On sait la suite.
   
   Mais vient après le mariage et les enfants, vient l’inexplicable, l’angoisse, la peur, le doute, les tourments existentiels. C’est dans cet aspect que Christiane Rancé donne le meilleur pour montrer l’homme engoncé dans ses contradictions, dépassé par les affres de l’angoisse, la peur du néant.
   
   Tolstoï n’était pas un esprit religieux et pourtant le paradoxe fut que "son esprit était dévoré par l'attente de Dieu." Il devient végétarien, il refuse tout luxe, il connait les nuits de doute et son attente le conduira à fuir femme et enfants pour finir sa vie à Astapovo.
   
   Même si le parcours de l’homme est connu, le livre de Christiane Rancé se lit avec intérêt. Elle ne fait pas l’impasse sur les répercutions pour la famille Tolstoï qui souffrit beaucoup. Elle nous montre un homme qui "se stérilisait, s'éteignait à lui-même, se reniait... Alors qu'il produit ensuite Résurrection, La Mort d'Ivan Ilitch, et ce dernier texte sublime, écrit presque à l'insu de son entourage, Hadji Mourat, une ode à la vie et à la liberté éblouissante, où absolument rien n'est renié."
   Elle dit : "Je voulais réconcilier ces deux Tolstoï qu'on disait incompatibles, et en dégager la clé d'une quête métaphysique"
   

   Un livre court, riche, écrit avec élégance pour amateur de littérature russe.
   
   A la question "Quels sont pour vous les trois plus grands romans jamais écrits ?", William Faulkner répondit sans hésiter : "Anna Karénine ! Anna Karénine ! Anna Karénine !"

critique par Dominique




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