Lecture / Ecriture
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Le Maître de Patrick Rambaud

Patrick Rambaud
  L'idiot du village : Fantaisie romanesque
  Chronique du règne de Nicolas 1er
  Troisième chronique du règne de Nicolas Ier
  La bataille
  Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier
  Quatrième chronique du règne de Nicolas Ier
  Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier
  Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV
  Le Maître

Patrick Rambaud, né à Paris le 21 avril 19461 est un écrivain français né en 1946.
Il a obtenu, en 1997, le Prix Goncourt ainsi que le Grand prix du roman de l'Académie française pour "La Bataille".
Il a été élu membre de l'Académie Goncourt en 2008

Le Maître - Patrick Rambaud

Récit jubilatoire
Note :

   Où?
   L’action se déroule en Chine, "au pays de Song, entre le Fleuve Jaune et la rivière Houaï" ainsi qu’au pays de Ts’in, "qui commençait entre le Fleuve Jaune et les montagnes, dans la haute vallée de la Wei", ainsi qu’au royaume de Ts’i à Lin-Tsö la capitale du royaume et dans la ville de Mong.
   
   Quand?
   Nous sommes cinq siècles avant Jésus-Christ.
   
   Ce qu’en dit l’éditeur
   "C’était il y a vingt-cinq siècles dans le royaume de Song, entre le Fleuve Jaune et la rivière Houaï : Tchouang naquit les yeux ouverts et sans un cri. Il était froissé, édenté, chauve, puisque les nouveau-nés ressemblent aux vieillards : les hommes entrent en scène aussi démunis qu’ils en sortent…"
   Bienvenue dans la Chine du Vème siècle avant Jésus-Christ. Un monde poétique et violent, où "tombe" soudain cet enfant, fils du Surintendant des présents et cadeaux. Dans ce royaume gigantesque, l’or est partout, la faim aussi, les princes et les rois ont des esclaves, des éléphants, des nains, ils écoutent des poèmes, font commerce de femmes et d’épices, lisent Confucius…
   Avec son immense talent, Patrick Rambaud nous conte la vie de cet enfant, curieux, libre, attentif à la vie, aux métiers, à la pratique du monde ; bientôt inventif et sage ; au plus près du peuple. C’est ainsi qu’il deviendra le plus grand philosophe chinois, Tchouang Tseu, donnant son nom à son livre légendaire, suite magnifique d’histoires vivantes, où l’on croise des bouchers, des seigneurs, des tortues, des faux sages…"
   

   Ce que j’en pense :
   Je ne sais si ce roman est celui de la sagesse, comme le promet le bandeau de couverture, mais ce qui est sûr, c’est qu’il permet de passer un bon moment avec ce "Maître" et ses pensées très libres. Il n’est du reste absolument pas nécessaire d’adhérer à la philosophie de cet ancêtre chinois pour se réjouir de cette pochade. Car si Patrick Rambaud a voulu s’offrir une récréation après ses chroniques du règne de Nicolas Ier, le lecteur partage ce récit jubilatoire.
   
   Nous voici donc il y quelque vingt-cinq siècles sur les pas de Tchouang, de sa naissance à sa fin. Esprit aussi vif que rebelle, il va commencer par apprendre "beaucoup de ses maîtres et des conversations chuchotées qu’il avait la nuit avec l’esprit de son défunt grand père."
   Si bien qu’"A dix ans, Tchouang avait saisi les fondements de la pensée chinoise, laquelle reposait sur des principes simples. Oui et non n’existaient pas à l’état naturel. Il n’y avait pas de contraires mais des contrastes ; le monde était une somme d’impressions. Les forces complémentaires se combinaient, se succédaient, permutaient, s’alliaient, s’harmonisaient, se remplaçaient comme le yin et le yang, la nuit et le jour, l’ombre et la lumière, la femme et l’homme./"
   Mais au lieu d’une sorte de résumé des philosophies taoïstes ou confucianistes, Patrick Rambaud choisit ‘école buissonnière. Car Tchouang doute et se révolte.
   "Tchouang voulait vivre désormais à l’écart pour ne pas avoir honte de vivre."

   
   Aucun des modèles proposés ne lui convient, à commencer par celui de l’homme de cour. Il déteste le pouvoir qui avilit et n’entend pas se mettre au service du prince ou d’une cause. Au long de ses pérégrinations, il finira aussi par éconduire tous ceux qui voient en lui "Le Maître". Ni ses disciples, ni son épouse Chao-Yun, Nuage du matin, n’auront raison de sa soif de dénuement et sa volonté de simplicité. Quand il assène des vérités telles que "ce que l’homme ignore excède ce qu’il connaît", ou encore que "La durée de nos existences n’est rien comparée au temps où nous n’existons pas" et enfin "laisse l’or dans les montagnes et les perles dans les eaux !", on se dit que l’auteur de "La Bataille" a réussi son coup. Cette farce n’est rien d’autre qu’un viatique pour les ambitieux, les avides de pouvoir et les stressés d’aujourd’hui.

critique par Le collectionneur de livres




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