Lecture / Ecriture
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Fragiles lumières de la terre de Gabrielle Roy

Gabrielle Roy
  Fragiles lumières de la terre
  Bonheur d'occasion
  La petite poule d'eau
  La détresse et l'enchantement
  La montagne secrète
  Entre fleuve et rivière - Correspondance

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Fragiles lumières de la terre - Gabrielle Roy

Quelques lueurs d'humanité perdues dans l'immensité du monde
Note :

   Cela faisait un petit moment que l'envie de découvrir ces fragiles lumières me tenaillait: depuis que j'avais lu dans "Volkswagen Blues" les mots d'admiration émue de Jacques Poulin pour ce recueil de textes qui semblent venus d'un autre temps, d'un autre monde. Et cette lecture que j'ai abordée avec autant d'attentes que d'appréhensions s'est révélée un vrai bonheur.
   
   Sous un titre emprunté à "Terre des hommes" d'Antoine de Saint-Exupéry et à son évocation de quelques rares lumières qui "scintillaient de loin en loin, seules comme des étoiles" dans la plaine argentine, Gabrielle Roy a en fait rassemblé une série de textes disparates, dont l'écriture s'est étalée sur plus de trente ans. S'y dessine en filigrane un portrait du Canada et plus particulièrement des provinces des prairies, le Manitoba, où Gabrielle Roy est née et a passé toute sa jeunesse, et le Saskatchewan, et de leur évolution entre 1942 et 1970. Mais Montréal (avec le quartier populaire de Saint-Henri, que Gabrielle Roy a placé au coeur de son roman "Un bonheur d'occasion") n'est pas en reste, non plus que la France où elle a séjourné longuement à plusieurs reprises: son récit "Comment j'ai reçu le Fémina" dresse un tableau pour le moins moqueur (à la fois très drôle et dénué de méchanceté) du lanterneau littéraire parisien, dans sa version de 1947... L'occasion de constater qu'il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil ;-)...
   
   Du premier au dernier, ces textes sont à ce point imprégnés d'humanisme, d'une foi dans le progrès - un progrès technique, certes, mais avant tout un progrès social et humain - qui n'a plus cours aujourd'hui, qu'ils semblent parvenus jusqu'à nous à travers des épaisseurs de temps bien plus considérables que le petit demi-siècle qui nous en sépare en réalité. Et pourtant, et c'est paradoxal, ces textes n'ont pas pris une ride. Ils ne paraissent ni vieillots ni naïfs, tant le regard profondément attentif que Gabrielle Roy pose sur les hommes et leurs terres, tant son goût manifeste pour le mot et l'expression justes, sans effet de manche ni préciosité, emportent l'adhésion. Un livre à lire et à relire, absolument, avec bonheur.
   
   
   Extrait:
   "J'en arrive à cerner l'essentiel, au fond, de ce que m'a apporté le Manitoba. Les récits de mon père, les voyages auxquels nous conviait ma mère, cette toile de fond du Manitoba où prenaient place les représentants de presque tous les peuples, tout cela en fin de compte me rendait l' "étranger" si proche qu'il cessait d'être étranger. Encore aujourd'hui, si j'entends dire par exemple à propos d'une personne habitant seulement quelques milles plus loin peut-être: "C'est un étranger...", je ne suis pas libre de ne pas tressaillir intérieurement comme sous le coup d'une sorte d'injure faite à l'être humain."(p. 164)

critique par Fée Carabine




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