Lecture / Ecriture
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La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl de Adalbert Von Chamisso

Adalbert Von Chamisso
  La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl

La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl - Adalbert Von Chamisso

Marché de dupes
Note :

   Il y a les Grands Romans Intemporels dont je ne vous ferai pas l’affront de dresser ici la liste exhaustive. On les lit. On les relit. On les garde toute sa vie.
   
   Il y a les bouquins qui changent une vie. Ne riez pas, le monde est rempli de gens qui se sont révélés à eux-mêmes après avoir parcouru des pages significatives et semblant être écrites pour eux seuls.
   
   Il y a des romans de gare tout comme il existe des fast-food dont l’unique fonction se résume à combler un ennui, satisfaire un désœuvrement, remplir un vide.
   
   Il y a les pamphlets, des livres ouvertement provocateurs, ou encore des écrits nauséabonds, infects, répugnants, de ceux qui font douter de la prétendue intelligence humaine, craindre que notre civilisation soit disant avancée n’ait pas fait tant de progrès finalement.
   
   Il y a les balbutiements, les tentatives, les "fera mieux la prochaine fois" tant porteurs d’espoir. En s’y plongeant on a l’impression de faire œuvre de charité, devenir le mécène de futurs Goncourt.
   
   Et puis il y a les insolites, les pépites cachées, les surprises dénichées au fond d’un grenier sous une épaisse poussière et gardés par d’innombrables toiles d’araignées ou découverts par hasard sur l’étal d’un bouquiniste (existent-ils encore seulement?).
   
   Qui connait Adalbert Von Chamisso? En réalité, Louis-Charles Adélaïde Chamisso de Boncourt. Le pédigrée empeste la plus haute aristocratie française à la veille de la Révolution. Le voilà donc exilé en Allemagne où il germanisera son nom puis intégrera l’armée avant de finir botaniste : quand je dis que tout espoir n’est jamais vain!
   
   "Français en Allemagne, Allemand en France, je suis partout étranger"
confie-t-il. J’aime assez ces apatrides. Dépourvus de nationalisme conquérant ou xénophobe, ce sont des gens fréquentables. Un seul coup d’œil au quatrième de couverture et je suis déjà emballé : l’histoire d’un gars qui perd son ombre…
   
   En fait, il ne la perd pas, mais il la marchande contre une bourse qui ferait des envieux parmi bon nombre d’entre nous. On ne va pas se mentir : un portefeuille qui se remplit à mesure qu’on pioche dedans, c’est pas mal, non? Seulement, nous sommes rompus au genre des contes : rien n’arrive de bien qui ne cache le mal. La réflexion sur la perte de son ombre que toute les fortunes du monde ne pourra lui rendre est sacrément allégorique. On y verra ce qu’on voudra y voir, spécialement dans le monde mercantile qui nous entoure. Dignité, intégrité, déontologie, éthique, une morale, des principes, une philosophie. Ou plus prosaïquement Le droit à la différence.
   
   Peter Schlemihl, après avoir tenté de dissimuler cette tare incommensurable à ses pairs, voudra de toute force retrouver son ombre sans laquelle un homme n’est plus un homme. Le marché sera un marché de dupes puisque on lui demandera son âme. C’est pas très original me direz-vous. Et vous aurez raison. Car les limites de cette fable s’arrête là. On aurait aimé voir se développer davantage les impressions du héros. Mais c’est oublier que ce petit conte (100 pages en comptant de nombreuses illustrations) a été écrit pour amuser les enfants d’un ami proche (on pense naturellement à Stevenson) et qu’il ne fallait pas y voir autre chose qu’un simple et rapide divertissement. Surement pas des principes philosophiques. Quoique…

critique par Walter Hartright




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