Lecture / Ecriture
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Puisque rien ne dure de Laurence Tardieu

Laurence Tardieu
  Puisque rien ne dure
  Rêve d’amour
  Une vie à soi
  A la fin le silence

Laurence Tardieu est une écrivaine française née en 1972 à Marseille.

Puisque rien ne dure - Laurence Tardieu

Quand vient l'heure de mourir...
Note :

    Vincent pensait qu'il ne reverrait jamais Geneviève. Jusqu'au jour où il reçoit une lettre d'elle : "viens me voir viens me revoir une dernière fois que je te voie que je te touche que je t'entende viens me revoir Vincent je meurs".
   
   Bien qu'il n'ait pas revu Geneviève depuis quinze ans, Vincent saute tout de suite dans sa voiture, bouleversé à l'idée que Geneviève est en train de mourir. Et durant le trajet, mille et une questions l’assaillent : "Es tu seule ? Es tu seule ou y a t-il un homme à tes côtés, qui patiemment éponge ton front, te tient la main, te propose à boire, un homme ou peut-être un enfant, en 15 ans, on a le temps de faire un enfant ".
   
   Pourquoi a-t-elle besoin de le revoir après toutes ces années ? Et qu'est-elle devenue depuis ? Lui revient en mémoire le passé lorsqu'ils étaient "amants depuis quelques jours à peine, et ce commencement était si fort, être ensemble voilà tout ce qui importait, être ensemble et s'embrasser et se raconter et caresser le corps de l'autre rien d'autre ne comptait. Nous nous étions promenés dans la campagne, je ne sais pourquoi je me souviens de cette journée, de ta robe mauve, de notre joie, quel âge avions nous, 25, 27 ans peut-être... 30 ans ont passé. Je ne peux pas croire. 30 ans ont passé".
   
   Nous allons alors savoir ce qui est arrivé dans la vie de ce couple, pourquoi ils se sont séparés, comment ils ont vécu depuis et pourquoi ils ont besoin de se revoir avant la mort de Geneviève.
   
   Un roman court, 127 pages sans pathos et absolument pas mielleux malgré un sujet délicat, 127 pages sur la passion amoureuse, les drames de la vie qui vous éloignent des autres, et le besoin de continuer à vivre au delà de la mort. Un très beau texte, tout en délicatesse.
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critique par Clochette




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Bouleversant de chagrin et de désespoir
Note :

    Avec la disparition de la petite Maddie au Portugal qui bouleverse en ce moment l’actualité, ce livre me revient fortement en mémoire. Pourtant, lorsque j’avais tourné sa dernière page, il y a quelque temps déjà, j’étais persuadée d’être incapable de rédiger quoi que ce soit.
    À présent que le temps suffisant de recul semble écoulé, et après le réel déchirement ressenti à sa lecture, je me sens peut-être un peu plus à même de faire part de quelques-uns des ressentis qui m’ont submergée, non que je veuille m’en libérer.
    Ce livre, dont le contenu ne me lâche vraiment pas même avec le temps et sans cesse tristement réactivé par les médias, est celui de la douleur extrême vécue par les parents dont un enfant a disparu.
   
    Clara, huit ans, n’est jamais rentrée de l’école. Pas à pas, s’installe l’incommensurable accablement dont Laurence Tardieu relate, sans misérabilisme, ni voyeurisme, la lente descente en enfer des parents qui ne s’en relèveront pas. Leur vie commune vole en éclats laissant de part et d’autres d’horribles cicatrices liées à cet incommensurable chagrin.
    Il ne s’agissait pas dans ce livre de faire un état des différentes investigations mises en œuvre par la police et l’entourage pour tenter de trouver des traces de la fillette, mais il aborde uniquement (et c’est énorme) le chagrin indéfinissable et le désespoir qui accablent et anéantissent son père et sa mère, chacun à sa façon, durant ces jours, ces mois et ces années.
    Le livre est court mais largement suffisant car la douleur et sa puissance empathique exprimée si justement par l’auteure est vraiment manifeste.
    Très fort et bouleversant.
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critique par Véro




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Amour avec un énorme A
Note :

   "Je meurs voilà ce qu'elle m'écrit Vincent je meurs viens me voir viens me revoir une dernière fois que je te touche que je t'entende viens me revoir Vincent je meurs".
   
   Quelques lignes vacillantes écrites au crayon à papier par Geneviève et Vincent qui a fait tant d'efforts pour refouler le passé prend la route comme un fou pour répondre à l'appel lancé.
   
   Quinze années ont passé depuis leur séparation, quinze années durant lesquelles il s'est rebâti tant bien que mal une vie acceptable. Il ne veut pas penser à Clara, mais les souvenirs ne demandent qu'à se frayer un passage, Clara leur petite fille de 8 ans, qui a disparu un jour en revenant de l'école et dont on n'a jamais retrouvé la moindre trace.
   "Il n'y a rien, toujours rien, pas même un coup de fil des policiers pour nous dire qu'ils continuent à chercher, à y croire, qu'ils ne baissent pas les bras, cinq jours qu'ils n'ont pas appelé, mais que font-ils à nous laisser sans nouvelles, comment ne se rendent-ils pas compte que nous sommes en train de devenir fous! Vincent s'est enfermé dans un mutisme total, il ne m'adresse plus une parole, son regard n'exprime que la colère, je voudrais aller vers lui et lui dire quelque chose de doux mais je ne peux pas, je voudrais pouvoir crier mais moi aussi je reste silencieuse, abasourdie par ce silence autour de moi qui annonce le vide, le néant, qui annonce le vide de Clara pour toujours, au fond de moi je le sais, je le sens, on ne la retrouvera pas, il est trop tard, c'est le dix-neuvième jour aujourd'hui, on ne la retrouvera pas".
   
   L'amour était si fort entre eux depuis dix ans, avec leur lumineuse Clara qu'il aurait dû résister à tout, mais l'épreuve ne les soudera pas, elle les éloignera inexorablement et Vincent fera tout pour gommer le passé. Il ne sait plus rien de Geneviève, qu'est-elle devenue, comment a-t-elle vécu, dans quel état va-t-il la trouver?
   
   Voilà un roman qui a attendu longtemps dans ma PAL, les thèmes abordés me faisaient peur, mais Laurence Tardieu est une ensorceleuse, ses phrases coulent tout de suite, trois pages et un mouvement vous entraîne inéluctablement, qui ne s'arrêtera pas et vous vous retrouvez sans savoir comment à la dernière page.
   
   En dépit des quinze dernières années de silence, Geneviève et Vincent peuvent encore faire quelque chose l'un pour l'autre, Vincent va l'accompagner jusqu'à son dernier souffle et Geneviève lui donnera accès à une part perdue de lui-même. Ce sont les plus belles pages de ce roman bouleversant d'un bout à l'autre.
   "Je la serre contre moi. Je sais soudain comme nous nous sommes aimés. La force de notre amour m'apparaît avec une telle évidence que j'en reste saisi: ainsi, le bonheur c'était elle et moi. Cette simplicité-là. Et tout ce que nous avons partagé ensemble, puis perdu, appartient à cet amour là."

   
   A lire absolument.

critique par Aifelle




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