Lecture / Ecriture
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La place de Annie Ernaux

Annie Ernaux
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  Passion simple
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  La femme gelée
  L'autre fille
  Retour à Yvetot
  Regarde les lumières mon amour
  Le vrai lieu - Entretiens avec Michelle Porte
  Mémoire de fille
  Ce qu’ils disent ou rien
  La Honte
  Une femme

Annie Ernaux est une écrivaine française née en 1940.

La place - Annie Ernaux

Autofiction
Note :

   Voici un roman de l'écrivain Annie Ernaux. Elle écrit beaucoup d'autofiction, puisant dans sa vie pour nourrir ses récits.
   
   Ce roman, Prix Renaudot en 1984, raconte la vie du père d'Annie Ernaux. Un portrait émouvant de son géniteur, simple commerçant de village qui voit sa fille monter l'échelle sociale, qui aime les Arts, les Lettres, la vie parisienne.
   
   Sans renier ses origines, Annie Ernaux, dans ce récit "qui possède une dimension universelle", scelle sur le papier la relation père-fille qu'elle a vécue, tout le long de sa vie.
   
   Conseillé par un ami, et étudié par certaines classes au lycée, un livre court, poignant, qui donne envie d'en connaître davantage sur cette auteur de talent.
   
   Le résumé : Il n'est jamais entré dans un musée, il ne lisait que Paris-Normandie et se servait toujours de son Opinel pour manger. Ouvrier devenu petit commerçant, il espérait que sa fille, grâce aux études, serait mieux que lui.
   
   Cette fille, Annie Ernaux, refuse l'oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort de celui qui avait conquis sa petite "place au soleil". Et dévoile aussi la distance, douloureuse, survenue entre elle, étudiante, et ce père aimé qui lui disait : "Les livres, la musique, c'est fait pour toi. Moi, je n'en ai pas besoin pour vivre."
   
   A découvrir, donc...
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critique par Onlykey




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Distance
Note :

   Dès les premières pages, la narratrice perd son père. Sa mort lui permet d'évoquer dans ce livre la vie de celui-ci: comment il a voulu échapper à sa condition de paysan puis d'ouvrier en accédant au statut de commerçant, comment elle a vécu son adolescence, tiraillée entre l'amour qu'elle a pour ses parents et les milieux bourgeois qu'elle côtoie. Car pour elle, il est très difficile de concilier les deux, et ce fossé est difficilement surmontable. Les conventions, les habitudes de ses compagnons sont en effet très différents de celles de la cellule familiale.
   
   Mais dans ce livre, Annie Ernaux évoque sa propre histoire: comment, fille de commerçant, elle accède au monde de la culture et du savoir à travers l'école. Et ce passage d'un monde à l'autre, cette évolution n'est pas sans tourment: elle peine à écrire son roman, en fait part au cours du récit.
   
   J'apprécie beaucoup l'écriture d'Annie Ernaux, en particulier dans ses œuvres plus intimes. Je l'ai découvert par hasard grâce à son ouvrage "L'Événement", puis j'ai poursuivi avec "La place et "Une femme" (où elle parle de sa mère). Je me suis replongé dans "La Place" pour des raisons personnelles, ayant en ce moment le même ressenti qu'Annie Ernaux vis à vis de son père: un écart se crée, qu'il est de plus en plus difficile de combler, car chacun des protagonistes a du mal à comprendre comment l'autre a évolué. Mais je pense que tout ceci est au final assez universel, et que beaucoup de lecteurs peuvent retrouver un peu de leur histoire dans ce livre.
   
   J'apprécie également cette intimité qu'elle crée entre elle et son lecteur. Elle utilise une écriture simple, qu'elle revendique d'ailleurs, et nous fait part de ses difficultés d'auteur. On partage ses sentiments de doute, de désarroi.
   
   Mais au final, cette lecture n’est pas triste: elle est tout simplement forte, émouvante et touchante, comme si la mort de son père lui faisait comprendre qu'elle était passée à côté d'une relation, mais qu'elle gardera toujours quelque chose de son père. D'ailleurs ce livre est un hommage à celui-ci, en dépit de leur distance. Distance qui se crée souvent de manière naturelle et inconsciente, mais qui a des impacts sur ces relations qu'on souhaiterait souvent privilégiées.

critique par Yohan




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