Lecture / Ecriture
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La peine capitale de Santiago Roncagliolo

Santiago Roncagliolo
  Avril rouge
  La peine capitale

La peine capitale - Santiago Roncagliolo

Méfiez-vous des doux
Note :

   Titre original : La pena maxima
   
    1978. Coupe du monde de football en Argentine, alors sous la dictature de Videla. Vous ne vous intéressez pas au football? Vous êtes ignorants en histoire récente de l'Amérique du sud? Ce n'est pas grave, puisque justement le héros du roman, Félix Chacaltana Saldivar, doit bien être le seul péruvien à ne pas s'intéresser à cette coupe et à ignorer les exactions commises en Argentine. Alors, comme lui au fil du roman, apprenez que les rugissements des spectateurs après un but couvrent très bien le bruit d'un coup de feu, et que la dictature argentine n'hésitait pas à enlever, torturer, etc.
   
    Au Pérou, on est à quelques jours d'élections permettant d'espérer la passation de pouvoir des militaires aux civils.
    Mais notre héros, lui, est assistant-archiviste; très méticuleux, il lui faut du rangement bien fait et actuellement un papier sur son bureau le gêne, où le classer? Il n'a guère d'humour, vit avec sa mère qui l'étouffe, l'obligeant à aller quotidiennement à la messe et traitant de tous les noms la jolie Cecilia que Félix aimerait épouser. Carrément. Pour l'instant il ne l'a pas encore embrassée, mais c'est en projet.
   
    Sa réputation, c'est celle d'un gars qui ne ferait de mal à personne. "Félix Chacaltana Saldivar ne perdait jamais la tête. De sa bouche ne sortait jamais un mot grossier ou un ton arrogant. Il était incapable de se disputer avec personne." Mais après l'assassinat d'un de ses amis, il enquête et le voilà, lui le patriote vénérant le droit chemin, la patrie et les gouvernants, fréquentant des 'subversifs', des espions, mettant les pieds partout tel un Candide, passant au travers des mailles de divers filets.
   
    A la fin, il sera moins innocent. Une sorte d'anti-héros que l'auteur réussit à rendre sympathique, c'est fort! Tout en rappelant l'épouvantable dictature argentine.
   
    Un passage très éclairant sur la personnalité de Félix et bourré d'ironie. Quel talent!
    "Pour faire patienter les visiteurs, on y avait déposé un exemplaire du journal officiel El Peruano, avec son supplément du bulletin officiel de l'Etat. C'était sa lecture favorite.
    Il passa une heure à parcourir normes et règlements en vigueur. Et même quelques minutes à lire les nouvelles du journal : ( ) Tous les articles célébraient les mérites du glorieux gouvernement des Forces armées. Chacaltana appréciait ce journal parce qu'il était positif. Même s'il devait admettre que, ces dernières années, c'était le cas de tous les journaux. Avec l'arrivée de la démocratie, les Péruviens allaient sûrement perdre ce dernier havre de paix."

critique par Keisha




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