Lecture / Ecriture
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No home de Yaa Gyasi

Yaa Gyasi
  No home

No home - Yaa Gyasi

La condition noire
Note :

    Véritable fresque familiale campée dans l'Histoire, le premier roman de la toute jeune auteure Yaa Gyasi, raconte l'histoire de l'esclavage du 18ème siècle au début des années 2000.
   
    Le début du livre s'ouvre sur l'arbre généalogique et nous suivons le destin de deux sœurs en Côte d'Or (Ghana), filles de Maame.
   
    Effia de la tribu de Fanti se marie avec un blanc, James Collins qui est gouverneur au Fort de Cape Coast et Esi, de la tribu des Ashanti est capturée et vendue comme esclave aux colons.
   
    Nous suivons leurs descendances avec une lignée restée au Ghana et l'autre en Amérique.
   
    Un roman construit sur un rythme rapide et dont chaque chapitre égrène le prénom d'un personnage attachant qui représente un témoignage vivant de son époque.
   
    Une épopée tragique qui sonde les profondeurs de personnages victimes de l'esclavage et qui ne cesseront chacun à leur manière de survivre.
   
    De la colonisation du Ghana par les anglais à la guerre de Sécession qui aboutira à l'abolition de l'esclavage mais aussi à l'instauration de lois raciales, dans Harlem quartier-ghetto de New-York pour les Noirs, des champs de coton aux mines de charbon, les personnages se succèdent et racontent.
   
    Ouvrage bouleversant, par la très grand maîtrise de l'auteure originaire du Ghana, et qui ne tombe pas dans le parti pris. Il y a eu des événements d'une barbarie extrême lors de la colonisation et de la traite des noirs mais aussi les tribus africaines rongées par leurs guerres ancestrales ont contribué à l'installation de ce commerce infâme.
   
    En donnant la parole à Effia, H les deux pelles, Akua la Femme folle ou Willie qui chante dans les églises et tous les autres oubliés et meurtris de l'Histoire, l'auteure nous retrace l'évolution de la condition noire au fil du temps. Pour ceux restés au pays, ils subissent un exil de sang, celui que vivent les métisses, ni blancs ni noirs.
   
    J'ai été très émue par les pages concernant Harlem et le jazz, tristes à mourir où les personnages se noient dans la drogue pour oublier le malheur d'une existence décidément bien sombre.
   
    Un hymne à l'Afrique, à l'espoir, aux hommes et aux femmes qui ont su relever la tête.
   
    A lire absolument.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Transmettre et dire
Note :

    D'ordinaire, les fresques historiques sur plusieurs siècles, je goûte moins (j'en ai peut-être assez lu), mais là, franchement, entre Ghana et Etats Unis, l'affaire m'attirait.
   
    Au 18ème siècle, dans ce qui sera appelé le Ghana, les Anglais habitent un fort sur la côte, mais pour faire le plein d'esclaves, l'idéal était de profiter des guerres entre les différents habitants. Deux sœurs (qui ignorent qu'elles le sont) auront des destins différents : l'une, Effia, est mariée à un capitaine anglais, et à travers ses descendants l'on vit une plongée dans l'histoire et les traditions du pays; l'autre, Esi, après un séjour dans les cachots du fort anglais, traverse l'Atlantique, et là même si l'on pense connaître les événements principaux (moi aussi j'ai lu "Racines") quelques découvertes ou rappels ne font pas de mal, et l'on suit l'évolution de la condition des afro-américains, qui n'est pas un long fleuve tranquille.
   
    L'auteur est née au Ghana, puis est arrivée aux Etats Unis à l'âge de deux ans. Son (premier) roman se lit... comme un roman, en dépit ou grâce à, un solide fond documenté. Les personnages sont attachants, les situations, même attendues pour certaines, demeurent passionnantes à découvrir. Ce n'est jamais démonstratif ou lourd. Une belle réussite!
   
    "Nous ne pouvons pas savoir quelle histoire est exacte parce que nous n'étions pas là.
    C'est le problème de l'histoire. Nous ne pouvons pas connaître ce que nous n'avons ni entendu ni expérimenté par nous-mêmes. Nous sommes obligés de nous en remettre à la parole des autres. Ceux qui étaient présents dans les temps anciens ont raconté des histoires aux enfants pour que les enfants sachent, et qu'eux-mêmes puissent raconter ces histoires à leurs enfants. Et ainsi d suite, ainsi de suite. Mais maintenant nos arrivons au problème des histoires conflictuelles.(...) Quelle histoire faut-il croire alors?
    Nous croyons celui qui a le pouvoir. C'est à lui qu'incombe d'écrire l'histoire. Aussi quand vous étudiez l'histoire, vous devez toujours vous demander : 'Quel est celui dont je ne connais pas l'histoire? Quelle voix n'a pas pu s'exprimer? ' Une fois que vous avez compris cela, c'est à vous de découvrir cette histoire. A ce moment-là seulement, vous commencerez à avoir une image plus claire, bien qu'encore imparfaite."

critique par Keisha




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