Lecture / Ecriture
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L'infiltré de La Havane de Nikos Maurice

Nikos Maurice
  L'infiltré de La Havane

L'infiltré de La Havane - Nikos Maurice

Excellent
Note :

   Avril 1958, Alfredo Jimenez, révolutionnaire cubain, vient chercher Mortimer Thompson à La Nouvelle Orléans pour lui proposer un job dans ses compétences de détective privé : assurer la sécurité de son fils Jorge, nouveau chef d'un groupe révolutionnaire suite à la disparition du précédent responsable. Alfredo craint que Jorge ne subisse le même sort. Thompson accepte. Il n'a pas été choisi pour rien, il a fait de la prison pour n'avoir pas dénoncé un camarade journaliste, réfugié cubain et communiste et au temps du maccarthysme, ça ne pardonne pas. Thompson se retrouve dès lors infiltré au sein du Comité Pour la République Cubaine (CPRC) ; personne à part Alfredo ne sait qu'il est détective privé engagé pour débusquer le -ou les- traitre au mouvement et à la révolution. Dix mois plus tard, le premier jour de l'année 1959, c'est la chute du dictateur Batista.
   
   Excellent. Voilà mon avis, court, précis, il pourrait se résumer à ce seul mot, mais comme je me dois d'avoir sur le blog une certaine tenue, je vais développer.
   
   Excellent parce que l'on est au cœur d'un pays en plein bouleversement : on sent tous les espoirs, les envies que la dictature chute, que les richesses soient partagées, que le peuple cubain puisse enfin décider par et pour lui-même. Jamais Nikos Maurice ne fait d'allusions à la situation actuelle, à ce que deviendra le pays sous la coupe de Fidel Castro, et c'est très bien, on est comme cela totalement plongé avec les Cubains, dans leur quotidien de 1958. Castro et Che Guevara ne sont d'ailleurs que deux figures importantes dont on ne parle que peu puisqu'ils ne sont pas encore aux portes de La Havane. Ils existent dans le livre et dans les discours des révolutionnaires mais encore assez lointains.
   
   Excellent parce que fort bien documenté et fort instructif. J'aime lorsqu'un polar me transporte dans une époque, un pays ou une région que je ne connais pas bien et qu'il m'apporte plein de contenu pour briller en société (ou plus simplement pour ma culture personnelle). En plus, Nikos Maurice à l'élégance d'écrire cela très joliment. Son style est très fluide, agréable à lire, ne se privant pas de touches humoristiques (même si une fois, je me suis esclaffé, lorsqu'après une grosse crainte, Thompson commande une tournée de mojitos pour ses interlocuteurs et "un défibrillateur" pour lui (p.288) : un défibrillateur ? en 1958 ? alors qu'il vient tout juste d'être inventé et pas encore en accès libre ?). Bon, je taquine, parce que franchement ce n'est pas grave au regard de la qualité de ce roman. Plus j'avançais dans ma lecture et plus j'allais vite et ne pouvais décrocher. Un très bon signe. 430 pages qui passent avec bonheur.
   
   Excellent enfin, parce que Nikos Maurice a su créer une belle galerie de personnages et une intrigue sérieuse, suffisamment alambiquée, impliquant la CIA, le FBI, la Mafia, mais aussi très simple à comprendre pour tenir en haleine les lecteurs. L'intrigue ? Démasquer le traitre et l'organisation pour laquelle il travaille, sachant que les États-Unis s'accordaient très bien avec la dictature Batista puisque qu'ils possédaient quasiment la moitié du pays, d'où la présence forte de la CIA et du FBI. Les personnages sont tous bien décrits, entre les révolutionnaires purs et durs, ceux qui n'y croient pas vraiment, mais qui participent, les Cubains qui subissent, ceux qui ne croient pas au grand soir, mais qui aident néanmoins. Et puis La Havane qui danse, chante et boit du rhum. Thompson se lie bientôt avec certains du CPRC, flirtant même -voire plus- avec Célia, une jeune femme volontaire et énigmatique. Il passera dix mois dans ce pays à vivre parmi les Cubains, s'y fera des amitiés sincères et fortes.
   
   Un cinquième titre pour la collection noire des éditions de La Différence. Une nouvelle très belle réussite, qui commence, comme pour les autres par une couverture elle aussi excellente et tout à fait en lien avec le contenu du livre.

critique par Yv




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