Lecture / Ecriture
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A la vitesse de la lumière de Javier Cercas

Javier Cercas
  A la vitesse de la lumière
  Les Soldats de Salamine
  Les lois de la frontière

Javier Cercas Mena est un écrivain espagnol né en 1962.

A la vitesse de la lumière - Javier Cercas

L'après Vietnam
Note :

   Sans travail, fauché et vivant de petits boulots, ce qui ne lui laisse guère le temps d'écrire, le narrateur de cette histoire, qui vit à Barcelone, a pourtant l'ambition de devenir écrivain.
   
   Cuartero, un professeur de littérature qu'il admire, lui apprend qu'à la prochaine rentrée, le département d'études hispaniques d'Urbana, une ville de Middle West américain, offre aux étudiants espagnols des bourses de professeur assistant. Il décide de postuler et sa candidature est retenue.
   
   Il se retrouve donc aux Etats-Unis. Il y fait la connaissance de Rodney Falk, avec qui il se retrouve à partager le même bureau pendant tout un semestre. Rodney n'a pas une bonne réputation : c'est un homme au comportement étrange, qui a fait la guerre du Vietnam.
   
   Leur amitié, qui met quelques temps à démarrer, est pourtant bien réelle même si elle est faite essentiellement d'échanges littéraires. Rodney est très cultivé et fan d'Hemingway. Un lien étrange se noue ainsi entre les deux hommes, qui semblent fascinés l'un par l'autre.
   
   Tout bascule au retour des petites vacances d'hiver. Le narrateur a la surprise de trouver à la place de Rodney un nouvel étudiant. Sujet à des crises, Rodney a disparu sans prévenir... Pourtant il avait promis de contacter son ami pendant les vacances ce qu'il n'a pas fait.
   
   Le narrateur ne peut pas s'empêcher de partir à sa recherche, ce qui va le conduire jusqu'au père de Rodney, avec qui il s'entretient longuement. Il lui confirme que Rodney est un ancien du Vietnam, traumatisé par cette expérience car il faisait partie d'une unité spéciale, responsable d'atrocités.
   
   Revenu en Espagne plusieurs années plus tard, ayant fondé une famille, étant enfin un écrivain reconnu, il reste malgré tout hanté par l'histoire de Rodney. Il contacte alors la femme de ce dernier...
   Réflexion sur le métier d'écrivain, sur la responsabilité du romancier face au monde, "A la vitesse de la lumière" est un récit entraînant mené habilement, qui montre la difficulté de vivre avec ses démons intérieurs et laisse entrevoir la puissance de l'écriture pour affronter le réel.
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critique par Clochette




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Le retour du guerrier
Note :

   Les guerres font des millions de victimes et… créent des personnages de roman. Que serait la littérature sans les deux guerres mondiales ? Les conflits plus récents aussi ont suscité d'intéressantes situations et de riches personnages de fiction, tel ce Rodney, un vétéran du Vietnam. Le narrateur — qu'on pourrait appeler Javier — se présente comme un écrivain débutant lorsqu'il rencontre Rodney à l'université d'Urbana, en Illinois. Ce qu'il a vécu au Vietnam empêche Rodney de retrouver une vie "normale" au point que son comportement intrigue le narrateur. Entre les deux hommes naît une amitié inachevée quand Rodney disparaît subitement d'Urbana. "Rodney reviendra, dit son père. Je ne sais pas quand, mais il reviendra".
   
   Dix-sept ans plus tard, c'est l'écrivain à succès qui revient à Urbana dans l'espoir de visiter Rodney à l'occasion d'une tournée de conférences universitaires. Il n'y retrouve pas Rodney mais se résout finalement à écrire son histoire tragique qu'éclaire incomplètement la liasse de ses correspondances léguées au narrateur par le père du soldat.
   
   Entre ces deux pôles temporels, la vie personnelle du narrateur va se développer de telle manière qu'une sorte de symétrie se crée entre leurs vies: l'un et l'autre en arrivent à devoir supporter un lourd sentiment de culpabilité pour des raisons certes différentes mais néanmoins tragiques.
   
   La structure narrative est parfaitement construite ; une fois que le lecteur a franchi certains passages convenus de la première partie qui campe le décor, il se trouve aspiré dans le récit jusqu'à la fin, même si le roman précédent de Cercas, les "Soldats de Salamine", peut séduire davantage.
   
   La réussite d'une bonne partie de la fiction contemporaine se trouve décidément reposer sur la recherche de la véritable identité d'un personnage, en impliquant le narrateur dans l'action et en empruntant au polar sa dynamique.
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critique par Mapero




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Une rédemption ?
Note :

   Décidément, l’espace romanesque ibérique regorge de talents littéraires contemporains. Javier Cercas s’impose, avec ce roman, comme l’un des auteurs contemporains espagnols majeurs avec Antonio Munoz Molina, Xavier Marias et Juan Manuel de Prada dont vous trouverez ici divers ouvrages commentés. D’ailleurs, il est étonnant de retrouver dans ce roman certains points qui sous-tendent plusieurs des œuvres des auteurs cités ci-dessus.
   
   Comme avec De Prada dans le superbe et extraordinaire roman "La vie invisible", comme avec Marias dans "Fenêtres sur Manhattan", un des personnages centraux est américain et les Etats-Unis et la langue anglaise y tiennent un rôle absolument majeur. Un rêve d’ailleurs qui chaque fois ne manque pas de tourner à une forme de cauchemar.
   
   Comme avec Marias et Molina, Cercas nous invite à un voyage intérieur. Un itinéraire plein de doutes, d’erreurs, de renoncements. Un parcours chaotique et douloureux, indispensable à la construction d’un moi qui s’assume. Non la vie n’est pas un long fleuve tranquille et la sérénité à laquelle tout un chacun aspire ne peut éventuellement se conquérir qu’après avoir franchi une succession d’épreuves.
   
   C’est ce qu’il advient à un jeune écrivain espagnol, qui pourrait bien être Cercas et qui écrit des romans dont les titres sont ceux de Cercas, qui, un peu par hasard, par facilité, se retrouve professeur vacataire d’Espagnol dans l’université de la ville typiquement provinciale américaine d’Urbana.
   
   Il y fera la connaissance d’un étrange personnage, Rodney Falk, professeur lui aussi d’Espagnol. Un géant à la démarche incertaine suite à une blessure de guerre. Un vétéran du Vietnam qui vit en marge de ses collègues et de la société et que le narrateur va peu à peu apprivoiser. Jusqu’à nouer une solide amitié qui va durer plusieurs décennies par-delà l’espace, le temps, les circonstances et la mort.
   
   Cercas nous donne à réfléchir, sans leçons, sans poncifs, par simple exposition narrative, avec beaucoup de pudeur, sans effets littéraires, en toute simplicité, sur les circonstances qui peuvent profondément altérer notre personnalité.
   
   Falk ne s’est jamais remis de la mort de son frère Bob qui a sauté sur une mine au Vietnam. Comme il ne s’est jamais remis d’une fuite en avant qui l’a conduit à se porter volontaire dans un escadron d’élite. Un escadron de la mort qui a pillé, violé, tué par centaines femmes et enfants, laissant d’innocentes victimes expier pour l’ennemi invisible. C’est la folie meurtrière qui est alors mise en scène, la jouissance inénarrable à priver l’autre de sa vie, à se croire Dieu tout puissant que nous conte Cercas en nous faisant plonger dans l’enfer psychique qui ronge Rodney. Un enfer qui l’empêche de se reconstruire, d’assumer. Un enfer qui le conduit, sans but, sur la route à chaque fois qu’il est au bord de se réintégrer, toujours rattrapé par ses démons.
   
   En parallèle, Cercas nous donne à réfléchir sur l’impact du succès, celui de ce jeune auteur qui, brutalement, va devenir un auteur reconnu, choyé, riche de retour en Espagne, sans signe annonciateur. De ce succès, il ne se remettra pas. Les traits jusqu’alors globalement enfouis de sa personnalité vont prendre le dessus : mari volage, homme à femmes, alcoolique, menteur… C’est un tableau peu reluisant qui nous est dépeint. Il y perdra tout sauf l’amitié de Rodney, essentielle.
   
   Il faudra des morts, encore, violentes et non désirées pour ramener ceux qui se sont écartés du chemin, pour comprendre et donner un sens. La rédemption pourrait passer par là.
   
   La vitesse de la lumière c’est l’instant où, alors qu’on n’y croit plus, que la vie s’est chargée de tout vous donner puis de bien vite tout reprendre, soudainement, par fulgurance, chaque événement majeur s’imbrique et prend un sens global à toute sa vie. Celui où l’on sait, ou croit savoir, ce qui vaut d’être fait. Celui qui remet en route.
   
   Il existe dans ce roman une puissance psychologique, une rare pudeur, une honnêteté qui en font un de ces livres qui comptent, qui sortent du lot.
   
   Alors vous savez quoi faire…
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critique par Cetalir




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Une rencontre
Note :

   Ce livre est la rencontre de deux hommes dont les deux destins vont s’unir. La vie de l’un, Rodney Falk, ex-vétéran américain du Vietnam, va emplir la vie de l’autre, l’écrivain barcelonais, lui donnant l’envie, le désir d’écrire son histoire pour se consoler de sa propre tragédie. Trainant son lourd passé de combattant, Rodney vit ses barbaries passées comme une blessure personnelle, il se retrouve coupé du monde et la société américaine fait payer cher cette guerre à ces soldats. Il finira par se supprimer alors qu’il tentait de reconstruire sa vie. L’écrivain, en pleine quête du succès, va vivre aussi une perte humaine familiale qui va le faire culpabiliser et son seul choix pour continuer à vivre, sortir du marasme, sera d’écrire l’histoire tragique de son ami.
   
   Ecrit à la première personne, c’est magnifiquement raconté, de belles et longues phrases bien construites, et même si ce livre n’est pas gai, il y a de vraies belles pages et de belles réflexions sur la vie, le destin ou encore l’amitié.

critique par Laugo2




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