Lecture / Ecriture
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L'envoûtement de Lily Dahl de Siri Hustvedt

Siri Hustvedt
  Tout ce que j’aimais
  Les yeux bandés
  L'envoûtement de Lily Dahl
  Yonder
  Elégie pour un Américain
  Les mystères du rectangle
  Un été sans les hommes
  Un monde flamboyant
  La femme qui tremble - Une histoire de mes nerfs

Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'envoûtement de Lily Dahl - Siri Hustvedt

A Webster (Minnesota), ou la vie, partout ?
Note :

    « L’envoûtement de Lily Dahl » nous conte un moment de la vie de Lily Dahl (se prononce à peu près comme « doll ») alors qu’elle a 19 ans, qu’elle est serveuse et occupe seule un petit logement non loin de son lieu de travail.
    Elle vit seule, mais entretient avec sa voisine Mabel, vieille dame solitaire elle aussi, écrivant un bien long roman et ayant eu semble-t-il une vie bien remplie, des liens assez étroits pour que leurs deux petits logements voisins aient souvent l’air de n’en faire qu’un.
   
   Le matin, Lily sert leurs petits déjeuners à des hommes esseulés qui ne veulent pas cuisiner chez eux et qu’elle connaît pour la plupart depuis l’enfance ; et le soir, dissimulée à sa fenêtre, elle épie le nouvel arrivant, un artiste peintre autour duquel tourne toute la curiosité de cette petite ville provinciale et qui occupe la chambre d’hôtel d’en face.
   
   Lily a 19 ans et ce n’est plus une gamine, mais c’est une très jeune femme, avec les élans, les témérités et les doutes de la jeunesse. Elle veut vivre et elle vit, à la fois libre comme l’air et soumise à un cadre géographique et social restreint.
   
   A Webster (Minnesota), tout le monde la connaît et elle connaît tout le monde. Certains soirs, elle retrouve dans le groupe théâtral, des clients des petits déjeuners et ses condisciples depuis les bancs de l’école primaire. Avec l’immense courage des troupes amateurs, ils tentent de leur mieux de redonner vie au Songe d’une nuit d’été et Lily joue bien. Conseillée par Mabel, elle va même bientôt révéler un vrai talent d’actrice. Un moyen d’abandonner Webster pour New York et une toute autre vie ?
   
    Edouard Shapiro, le peintre, est new-yorkais aussi. N’est-il que la cristallisation de cet autre monde, une autre voie pour s’y rendre? A qui cet amour qui emporte Lily est-il destiné ? De quoi est-il fait ? Qu’importe sans doute, il est là et il faudra compter avec sa puissance comme sa cruauté, comme avec celles des amours qui habitent d’autres habitants de ce bourg ordinaire où se passent tout de même des choses assez étranges et où Lily elle-même ne sait plus toujours ce qu’elle a vraiment fait ou non. Ce qui, d’une certaine façon, est un comble dans un village où tout le monde sait toujours tout sur ce que font les autres.
   
   Second roman de Siri Hustvedt, « L’envoûtement de Lily Dahl » bénéficie déjà et toujours de cette écriture remarquable de maîtrise qui caractérise l’auteur. Un grand pouvoir d’évocation, nulle lourdeur jamais et une finesse d’observation et de récit qui laisse au lecteur toute liberté de pensée, toute liberté…de se laisser guider et de comprendre.
   
   Encore une fois, grâce à Siri Hustvedt, un grand plaisir de lecture avec cet excellent roman.
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critique par Sibylline




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La ville des adultes qui ne voulaient pas grandir
Note :

    Encore un roman qui me laisse vraiment perplexe quand j'arrive au point final. "L'envoûtement de Lily Dahl" de Siri Hustvedt est étrange par bien des points. Faites place à la représentation théâtrale du soir:
   
   Décor: une ville perdue du Minnesota qui semble vivre en vase clos et dont le seul élément extérieur est un peintre installé dans l'hôtel de la ville.
   
   Personnages:
    - Tous les habitants se connaissent et se surveillent et les rumeurs les plus folles courent. La ville est peuplée de personnages étranges dont deux jumeaux qui ne se lavent plus depuis qu'ils ont déterré le cadavre de leur père en creusant dans leur jardin, une femme alcoolique qui voit des fantômes et en particulier celui de Jesse James, un cuisinier grand admirateur d'Elvis qui a une stratégie bien rodée pour que le juke-box ne passe que des chansons de son idole, ou un jeune garçon étrange qui construit des objets étranges dans sa maison. Tous ces personnages semblent faire partie d'un conte de fées
   - Un peintre new-yorkais, Edouard Shapiro, qui peint les portraits de certains des habitants de la ville en s'inspirant de leur passé et leurs souvenirs (réels ou imaginaires).
   - Une héroïne, Lily Dahl. Lily veut devenir actrice et est assez difficile à décrire sans une suite d'adjectifs qui n'auraient pas beaucoup de sens pour quelqu'un qui n'aurait pas (encore) lu ce roman. Lily n'est pas encore une adulte, elle a le comportement d'un enfant inconscient du danger et qui fonce tout droit vers lui. Elle découvre sa sensualité et tombe amoureuse pour la première fois de Shapiro. Elle m'a un peu fait penser à Alice au pays des merveilles.
   - Mabel, la vieille dame voisine de Lily qui lui donne des cours pour ses répétitions du Songe d'une nuit d'été dans lequel elle joue le rôle d'Hermia et dont on découvre progressivement des brides de passé.
   
   Action: La ville bruisse de rumeurs les plus folles qui vont d'un meurtre commis il y a plusieurs dizaines d'années aux descriptions des relations sexuelles de Shapiro avec plusieurs habitantes de la ville pendant qu'ils écoutent Don Giovanni de Mozart. On voit Jesse James se promener en portant une tête de femme, un jeune homme porter un corps de femme à travers champ, Lily trouver les chaussures d'une morte. Entre ces répétitions théâtrales et son travail de serveuse, Lily part à la découverte des personnages étranges qui peuplent la ville et essaie de comprendre les faits étranges qui semblent s'y produire.
   
   Impressions sur la représentation: Ce roman est vraiment particulier, il est manifestement très influencé par le théâtre en général et par "Le songe d'une nuit d'été" en particulier. On oscille constamment entre ce qui nous paraît être la description très terre à terre d'une petite ville et de ses habitants et un monde merveilleux peuplé d'êtres mystérieux qui semblent subitement transformés en personnages de contes. Siri Hustvedt décrit aussi bien une Lily assez banale aux prises avec des problèmes de règles qu'une Lily transfigurée qui se promène la nuit dans des paysages fantasmagoriques et aux prises avec des figures d'ogres, de tueurs d'enfants, de poupées vivantes...
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critique par Cécile




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Jeunesse provinciale
Note :

   C’est la peinture d’une vie naïve dans une petite ville tranquille. Tout le monde se connait. Les épieurs et les vivants. Les sains et les tordus. Les cultivés et les agricoles. Les soit disant propres et les apparemment sales.
   
   La jeune Lily vit libre, ne se souciant que de peu, n’ayant certainement pas conscience de son pouvoir de séduction. Elle est serveuse à l’Idéal café, livrée à elle-même, en route vers l’âge adulte. Elle est directe et sereine malgré les «bizarres» qui l’entourent. D’abord son camarade de jeu théâtral, Martin, amoureux depuis l’enfance, incapable de l’exprimer. Ensuite Mabel, la voisine de palier, dame âgée et mystérieuse, au passé chargé, sorte de grand-mère de substitution. Puis deux frères, dignes représentant d’une ruralité profonde et crasse. Et d’autres encore…
   
   Et voici le grain de sable, l’issue de secours vers une autre vie. Installé dans l’hôtel en face de l’appartement de Lily, un artiste, de New-York, Edouard Shapiro fait fantasmer la demoiselle. Il représente tout ce que les autres ne sont pas. Elle va alors le trouver, décomplexée et vivante.
   
   Voici pour le tableau admirablement organisé. L’ambiance est posée. Les personnages en place. Et le lecteur envoûté. Lily nous fait alors frissonner de peur ou de bonheur. De peur que sa naïveté lui joue des tours, de bonheur de la suivre dans la découverte simple de ses sensations. Et les évènements s’enchainent et nous sommes accroc. Et le suspense s’en mêle.
   
   Comment le charme opère? Des petites touches d’impressions qui se succèdent. Des personnages colorés juste comme il faut. Et une écriture douce et apparemment simple. Elle déroule tranquillement sa toile sans qu’on sente l’étouffement arriver. A l’image de cette ville à l’apparence tranquille et à la vie réglée, mais à l’étouffant ennui.
    ↓

critique par OB1




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Petite ville de province
Note :

   Dans le roman de Siri Hustvedt, Lily Dahl, tout juste 19 ans, travaille dans un café restaurant d’une petite ville du Minnesota avant d'entrer à l’université. En fait, elle voudrait être actrice, admire Marylin et joue le rôle de Hermia, personnage du "Songe d’une nuit d’été" qu'elle interprète avec une petite troupe d’amateurs. Nous sommes dans le monde étriqué d'une petite bourgade provinciale où les jeunes n’ont pas beaucoup d’avenir et où tout le monde se connaît. Aussi les commérages et les affabulations sur les agissements des uns et des autres vont bon train. Qui est par exemple cet artiste peintre Edouard Shapiro? Pourquoi a-t-il pris une petite chambre dans un hôtel miteux de la ville alors qu’il vit à New York et paraît avoir de l’argent? Pourquoi reçoit-il dans cette chambre des gens aussi dissemblables que Dolorès, une prostituée, et Ted qui se prend pour un cow boy? Mais Lily tombe amoureuse du peintre malgré les on-dit. Pourtant il se passe d’étranges phénomènes assez inexplicables autour de la jeune fille mais auxquels son ami d’enfance Martin semble mêlé. D'où le titre "L’envoûtement de Lily Dahl"!
   
   J’ai beaucoup aimé ce roman aux personnages attachants qui nous sont présentés avec beaucoup de finesse et se révèlent à nous dans leur complexité. Lily, toute jeune, "petite dure à cuire" comme l’appelle son employeur, est une fille volontaire, courageuse, qui fait peu de cas du qu’en dira-t-on mais qui est aussi sensible et fragile. Elle a pour amie la vieille Mabel, personnage intéressant dont nous découvrons peu à peu le passé. Elle joue envers Lily le rôle d’un mentor plein de sagesse et d’affection. Professeur retraitée, elle lui explique Shakespeare et lui fait comprendre le personnage d’Hermia par l’intérieur. La galerie de portraits des clients du café, du patron et des employés est aussi très pittoresque et réussie. En particulier, les frères Franck et Dick connus de tous pour leur refus de se laver mais dont nous découvrons l’humanité à travers la tragédie qu’ils ont vécue dans leur enfance. Lily jouant entre tous le rôle de lien et de passeur.
   
    Avec Edouard Shapiro, le peintre, apparaît le thème de l’Art qui va au-delà des apparences et sert de révélateur à la vérité de chacun.
   
   Et puis il y a l’aspect fantastique et inquiétant du roman : les apparitions étranges qui ne sont pas vues seulement par Lily mais par d’autres habitants de la ville. Une certaine folie s’empare de tous. L’irrationalité caractérise parfois Lily (je pense à l’épisode des chaussures) aussi bien que Martin, dérangé, exalté, douloureux, dont les secrets vont peu à peu se révéler à nous.
   
   Un bon roman qui m’a permis de découvrir dans Siri Hustvedt une écrivaine intéressante, en pleine possession de ses moyens et qui manifeste beaucoup de tendresse pour ses personnages sans tomber toutefois dans le sentimentalisme.

critique par Claudialucia




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