Lecture / Ecriture
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Giboulées de soleil de Lenka Hornakova-Civade

Lenka Hornakova-Civade
  Giboulées de soleil
  Une verrière sous le ciel

Lenka Hornakova-Civade est une écrivaine tchèque née en 1971.

Giboulées de soleil - Lenka Hornakova-Civade

Femmes en Tchécoslovaquie
Note :

   "J'ai appris à enfiler les évènements que je veux oublier en même temps que le fil et, au fur et à mesure que le motif prend forme sur le tissu, l'évènement se transforme en motif. Dans d'autres cas, quand je veux garder quelque chose bien en mémoire, le début est le même, j'enfile en même temps que mon fil bien réel la chose à retenir, puis elle s'inscrit dans le motif. Et il en est légèrement modifié. Il n'y a que moi qui remarque ces infimes failles - ces petites fautes -, qui me rappellent ce que je ne voulais pas oublier."
   

   Trois générations de femmes en Tchécoslovaquie. Magdalena, Libuse et Eva. Toutes les trois bâtardes. J'y ajouterais Marie, la plus ancienne de la lignée et non des moindres, sa personnalité pesant sur les suivantes. Elles vivent pauvrement à la frontière autrichienne, élevant des vaches, tenant un café ou brodant selon la situation du moment, entendez situation politique, puisque la première connaîtra l'annexion nazie, la deuxième le communisme et la dernière la chute du mur de Berlin.
   
   Le roman est divisé en trois parties, une nouvelle narratrice prenant la parole. C'est ainsi que nous voyons le déroulement des années par trois regards différents, les uns éclairant les autres. C'est l'intérêt et la limite du roman, j'ai eu du mal à abandonner la première narratrice, Magdalena et à ne plus entendre parler d'elle que par la bouche de sa fille et de sa petite-fille. Je n'ai pas réussi à faire le lien entre la jeune fille vive et pleine de rêves et la femme qui se laisse soumettre par un bon à rien, sous la férule de Marie.
   
   Dans le coin de campagne paumé où elles habitent, les filles semblent assez naïves ; pourtant, l'environnement est dur, les conditions de vie également. L'avenir n'est pas rose, ce qui ne les empêche pas de rêver au grand amour et de croire parfois le vivre. Mais l'intérêt premier du roman pour moi est le contexte historique, où l'on voit une fois de plus que la grande histoire pèse lourd sur les destins individuels.
   
   J'ai eu un coup de mou aux trois-quarts du livre, les mêmes schémas se répétant un peu trop facilement dans le parcours des filles ; le dernier chapitre avec ses révélations en cascade a réveillé mon intérêt. En résumé, une lecture en demi-teinte, prometteuse toutefois, c'est un premier roman.
   
   A noter que l'auteure, Tchèque, vit en France depuis une dizaine d'années et a écrit directement en français.
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critique par Aifelle




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Assez lourd
Note :

   Ce premier roman d’une jeune femme, par ailleurs peintre, née en Tchécoslovaquie et installée dans le sud de la France, s’est vu couronné du Prix Renaudot des Lycéens en 2016.
   
   Trois générations de femmes y témoignent de la brève histoire de leur pays. De la petite-fille à la grand-mère, elles ont toutes en commun d’être des bâtardes, illustrations constantes et répétées du peu de cas porté aux femmes tout particulièrement en période troublée.
   
   A travers leurs récits et leurs yeux, nous assistons aux grandes migrations de populations qui jettent les Juifs sur les routes puis les Allemands vaincus et haïs hors d’un pays passé sous la coupe soviétique. A travers ces femmes, nous décodons le regard lubrique porté par des hommes parfois incultes, souvent profiteurs envers celles qui ne seront bonnes qu’à satisfaire pulsions ou bas instincts et seront abandonnées dès que les circonstances l’exigeront.
   
   Par elles, nous voyons aussi la stupidité collective gagner un pays qui jusque-là s’en sortait plus ou moins. Une stupidité dictée par la mise en œuvre forcenée, dogmatique et aveugle d’un communisme destructeur, créateur de malheurs innombrables avant que de s’effondrer sur lui-même de son inconséquence.
   
   Il semble exister une chape de prédestination tout au long de ce roman assez lourd, comme si les vies étaient jouées d’avance et que les combats pour s’en sortir, au prix d’infinis sacrifices, étaient voués à être perdus du simple fait de l’inéluctable bêtise humaine.
   
   Toutefois, je suis resté pour ma part extérieur au roman qui jamais ne m’a ému. Car ces thèmes ont été tellement repris et fait l’objet de tant d’ouvrages sublimes qu’il manque une verve, une originalité, un peu d’auto-dérision sans doute aussi pour véritablement captiver un lecteur exigeant.

critique par Cetalir




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