Lecture / Ecriture
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Les nuits de San Francisco de Caryl Férey

Caryl Férey
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Caryl Ferey est un écrivain français né à Caen en 1967.

Les nuits de San Francisco - Caryl Férey

Rencontre au bout de la nuit
Note :

    Un des premiers romans de Caryl Férey, livre en deux parties : Wounded Knee I et Wounded Knee II.
    Wounded Knee, où la cavalerie américaine, pour se venger de la défaite de Little Big Horn et de la mort de Custer, massacra les habitants d’un village indien de la tribu des Lacota Micoujou.
   
    Sam est un Indien Lacota, il revient sur sa propre histoire, résultante de l’Histoire avec un grand H de son peuple.
   
    Après avoir mis enceinte une jeune femme de la tribu, il part, fuyant ses responsabilités. L’alcool est un compagnon de voyage, compagnon souvent encombrant. Il fait pour survivre parfois des petits boulots. En particulier dans le bâtiment, car il semble que les Indiens ne soient pas sujet au vertige. Nouveau mode de vie, sobriété le jour, défonce alcoolique la nuit. Mais l’errance reprend. Du fier Indien, il ne reste qu’un clochard aviné ; la route encore, cap à l’ouest jusqu’à cette rencontre dans la nuit californienne…
   
   Jane est une américaine moyenne plutôt mignonne, mais un peu solitaire. Elle déteste Fresno, sa ville natale, son but : en partir un jour, le plus tôt possible. Elle sort avec un garçon, Carver, un flirt n’allant pas plus loin. Pendant la fête de l’école, profitant que Jane a un peu bu, il la viole sous l’œil amusé de sa bande de copains. Jane réunit un peu d’argent et direction San-Francisco.
    Commence alors une nouvelle vie, elle devient mannequin, tombe folle amoureuse d’un chanteur de rock, Jeff. Ils ont un enfant, Duane, le bonheur semble complet.
   
    Un accident de la route va briser leur vie, Duane est tué, et elle amputée. Lucide elle rend sa liberté à Jeff sachant pertinemment que tôt ou tard, il la reprendra avec ou sans son consentement. La drogue devient une compagne de plus en plus encombrante, jusqu’à cette rencontre dans la nuit californienne…
   
   Les deux parties du livre vont se croiser pour une nuit d’espoir !
    Deux personnages principaux, des êtres brisés à qui la vie va offrir, semble-t-il, une seconde et peut-être dernière chance. Un homme et une femme que tout oppose, mais qui l’espace d’une nuit vont s’apprivoiser et se rapprocher.
   Sam, Indien Lacota au plus profond de son être. Le massacre de Wounded Knee est comme une blessure profonde en lui. L’alcool comme remède pour oublier, comme moyen de suicide social et personnel, une longue dérive vers l’enfer.
    Jane, ses blessures à elle sont d’un autre ordre, un viol et la fuite qui en a résulté, puis la mort de son fils et l'amputation de sa jambe, en dessous du genou.
    On ne peut qu’éprouver de la sympathie pour ce couple de marginaux par certains côtés magnifiques.
   
    Un roman qui évoque à travers Sam le sort des Indiens, les grands oubliés de "l’American Way of Live".
   Un très beau livre, des personnages attachants et une écriture qui évite l’écueil du misérabilisme.
   
   
    Extraits :
   
    - Wounded Knee : Sam avait ce sang sur le visage.
   
   - Sam avait fêté ses vingt et un ans, le regard vissé sur le monticule du malheur.
   
   - Vegas, la ville du jeu. Le leur consistait à tenir en équilibre au-dessus du vide, à enfoncer les rivets géants à coups de marteau et à redescendre, cuits par le soleil, vivants. Après quoi, c'était la débandade – biture, herbe, héro, selon le degré d'ancienneté.
   
   - Elle passa à sa hauteur, et Sam ressentit comme une décharge dans le cœur.
   
   - La peur de finir caramélisée, l'amour rôti, fourrée jusqu'à la gueule, un Thanksgiving qui aurait mal tourné.
    Non merci.
    Jane préférait plutôt baiser avec Hitler que de rester dans ce trou perdu.
   
   - Elle avait trouvé une chambre meublée et écumé les lieux à la mode où les rencontres ne finissaient pas à six derrière les fourrés avec des bites entre les jambes.
   
   - Frank n'était plus qu'un nuage de poudre, que Jane traversait entre deux prises de vue. Leur amitié se dégradait, il suffisait de voir Frank. La coke lui avait volé la vedette.
   
   -Il empoigna le joint, aspira à son tour une large bouffée. Bref moment d'harmonie. Le Sioux avait confiance dans la parole des visages pâles : il avait tort.

critique par Eireann Yvon




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