Lecture / Ecriture
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Le voyage d’hiver de Amélie Nothomb

Amélie Nothomb
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  Cosmétique de l'ennemi
  Les Catilinaires
  Robert des noms propres
  Antechrista
  Stupeur et tremblements
  Journal d’Hirondelle
  Acide Sulfurique
  Mercure
  Le sabotage amoureux
  Métaphysique des tubes
  Ni d’Eve ni d’Adam
  Le fait du Prince
  Une forme de vie
  Tuer le père
  Hygiène de l'assassin
  Le mystère par excellence
  Barbe bleue
  Attentat
  La nostalgie heureuse
  Pétronille
  Le voyage d’hiver
  Biographie de la faim
  Le crime du comte Neville
  Frappe-toi le cœur
  Riquet à la houppe

Amélie Nothomb est le nom de plume de Fabienne-Claire Nothomb, écrivaine belge francophone née en 1966 à Bruxelles. Fille d'ambassadeur, elle a passé son enfance en Asie et aux Etats Unis.
Auteur prolifique, elle a écrit de nombreux romans (traditionnellement un par an).

* Interview dans la rubrique "Rencontres"

Le voyage d’hiver - Amélie Nothomb

Ménage à trois
Note :

   Quelles sont les motivations qu’un homme peut avoir pour imaginer détourner un avion sur un objectif bien particulier et faire de sa mort une œuvre d’art teintée d’humour bien noir?
   Cette douloureuse question est traitée dans un nouveau délire de Miss Nothomb.
   
   Zoïle, oui je sais c’est un prénom peu commun, mais l’auteure belge a la passion des patronymes peu probables et des personnages singuliers, intègres, entiers. Bizarres, autant dans leur façon d’être que dans leur comportement. C’est tellement jouissif.
   
   Zoïle, donc, rencontre Astrolabe qui, on ne pouvait s’en douter, est une femme. D’emblée, il est sous le charme, d’autant qu’elle est l’auteur de romans un rien dérangeants. Mais tout n’est jamais aussi simple dans une nouvelle de mademoiselle Nothomb; nouvelle oui, puisque une fois encore cette histoire peut se lire (et parfois même se relire) dans la salle d’attente d’un médecin généraliste ou spécialiste (peu importe), suffisamment désinvolte pour vous faire attendre plus que de raison (cela explique certainement pourquoi nous sommes qualifiés de "patients" par le corps médical). Il convient de se méfier des faux-semblants. Bien entendu les rapports entre les personnages sont une pure merveille, ciselée avec des mots aussi précis qu’un lanceur de couteaux et des expressions qui tranchent. Ainsi et pêle-mêle : "il faisait si froid que l’on pouvait y découper l’air en cubes" ou bien "je remets mon armure de chagrin". Je vous invite d’ailleurs à mettre en pratique le conseil de l’écrivaine qui propose de réécrire toujours ce qu’on aime lire. Recopier c’est réactiver le pouvoir des mots comme de jouer une partition émeut davantage que simplement la lire.
   
   Cette histoire d’amour est rendue impossible par une troisième personne mais certainement pas dans le sens où l’on pourrait l’imaginer. Miss Nothomb a l’art de brouiller les pistes. Et l’on se rend compte qu’au fil de ses livraisons annuelles, l’inventrice de "Mercure", d’"Antéchrista", de "ni d’Eve ni d’Adam" nous assène régulièrement d’histoires d’A qui non seulement finissent toujours mal, mais qui ne parviennent même pas à se développer, s’émanciper.
   
   Je terminerai par cette réflexion sur le principe du baobab. C’est un arbre qui ne sert à rien et les cultures primaires (pour ne pas employer le péjoratif qualificatif de primitives), y voient quelque chose de sacré, tandis que nos sociétés évoluées jugent que tout ce qui est inutile doit être jeté. Un livre est toujours un baobab. Même s’il ne sert à rien, il ne doit jamais, au grand jamais, être jeté.

critique par Walter Hartright




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