Lecture / Ecriture
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Qui a tué l’ayatollah Kanuni ? de Naïri Nahapétian

Naïri Nahapétian
  Dernier Refrain à Ispahan
  Qui a tué l’ayatollah Kanuni ?

Qui a tué l’ayatollah Kanuni ? - Naïri Nahapétian

Ceci n’est pas un polar suédois!
Note :

   Au festival de polars de Villeneuve-lez-Avignon alors que je venais d’acheter un roman de Thorarinsson, écrivain islandais, mon regard est attiré par le bandeau humoristique d’un autre livre qui proclamait : Ceci n’est pas un polar suédois! Autrement dit : ras-le-bol de la mode des polars venus du Nord ! Nous aussi on existe !
   
   En effet, "Qui a tué l’ayatollah Kanuni?" n’est pas un polar suédois et pour cause! Son auteure Naïri Nahapétian, française d’origine iranienne, a quitté l’Iran à l’âge de neuf ans après la Révolution islamique. Mais elle connaît bien son pays où elle retourne souvent pour des reportages.
   
   Narek Djamshid, français d’origine iranienne et arménienne part à Téhéran pour faire un reportage sur les élections présidentielles de 2005. Il y rencontre Leila Tahibi, une féministe islamiste, candidate aux élections et l’accompagne à son rendez-vous avec l’ayatollah Kanuni. Et ils découvrent... son cadavre ! Narkek et Leila se retrouvent tous deux en prison. Vous avouerez qu’il y a mieux comme reprise de contact avec son pays d’origine !
   
   D’autre part, Narek qui s’est installé chez sa tante restée à Téhéran, s’aperçoit bien vite qu’il y a un secret autour de la mort de sa mère. Libéré, il veut savoir la vérité. A côté de l’enquête policière, c’est un retour dans le passé et dans l’Histoire de l’Iran qui nous est alors proposé.
   
   Pour lire le livre, il faut un peu rafraîchir ses connaissances sur l’histoire iranienne contemporaine mais rien de bien insurmontable. Vous trouverez aussi quelques dates clefs à la fin du livre et un lexique qui vous permettent de suivre.
   
   Tout en dénonçant les excès du régime et de la dictature religieuse, l’auteure écrit pour lutter contre les idées toutes faites que les Européens entretiennent sur le peuple iranien. Effectivement si le régime des Mollahs est bien tel que nous le connaissons, si les libertés sont réduites à néant et les violences nombreuses, si tout est réglementé, y compris la vie la plus intime des individus, nous sommes amenés à faire connaissance avec un peuple qui ne manque pas d’esprit critique, d’humour et de fantaisie. La société iranienne, du moins certaines classes sociales éclairées, excelle dans l’art de dépasser les interdits, de les détourner pour se ménager des petits espaces de liberté… non sans dangers d’ailleurs ! Moment d’anthologie, ce passage où les personnages lisent des extraits du petit livre vert de Khomeiny dont ils se gaussent dans une soirée arrosée ! Incroyable ! Quand l’humour rend le quotidien plus supportable !
   
   Ce qui m’a interpellée aussi ce sont les contradictions qui existent au sein de cette société : La féministe Leila, qui se présente aux élections, revendication ô combien moderne et courageuse, porte le foulard et a une conception rétrograde des rapports entre les hommes et les femmes et de l’homosexualité. Une autre femme, directrice d’un laboratoire pharmaceutique doit demander l’autorisation à son mari de coucher une nuit à l’hôtel pendant un déplacement. Etrange mélange entre modernisme et traditionalisme.
   
   Les puissances étrangères avec, en particulier, l’ingérence des Etats-Unis dans la politique de ce pays riche - le pétrole et le gaz - ne sont pas épargnées et le livre de Naïri Nahapétian dénonce leur responsabilité dans cette mainmise du pouvoir islamique en Iran.
   
   Plus encore donc que l’histoire policière proprement dite qui m’a paru secondaire, c’est cet aspect du livre que j’ai aimé découvrir : comprendre par l’intérieur la société iranienne et voir comment elle fonctionne.

critique par Claudialucia




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