Lecture / Ecriture
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Un fleuve de fumée de Amitav Ghosh

Amitav Ghosh
  Un océan de pavots
  Les Feux du Bengale
  Lignes d’ombre
  Le chromosome de Calcutta
  Compte à rebours
  Le Palais des miroirs
  Le Pays des marées
  Un fleuve de fumée
  Un infidèle en Egypte

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2016 & JANVIER 2017

Amitav Ghosh est un écrivain indien né en 1956 à Calcutta, au Bengale.

Il a passé son enfance au Bangladesh, en Iran, en Inde et au Sri Lanka.

Il a obtenu une maîtrise d'histoire à l'université de Delhi, suivie d'un doctorat en anthropologie à Oxford et il a enseigné à l'université de Delhi et aux Etats-Unis.

Il vit maintenant à New York.

En 1990, il a reçu le prix Médicis étranger pour « Les Feux du Bengale » .

Un fleuve de fumée - Amitav Ghosh

Laissez-vous emporter par ce fleuve !
Note :

   Titre original : River of Smoke
   
   "Un fleuve de fumée" est le deuxième tome de la grande saga asiatique entamée avec "Un océan de pavot". Un troisième tome devrait bientôt être édité en France. Il faut savoir que l'on peut tout à faire lire – et apprécier- "Un fleuve de fumée" sans avoir lu le premier tome. On reprend ici certains personnages -mais pas tous- un peu après les évènements du tome 1 et, à chaque fois que cela sera nécessaire, l'auteur saura parfaitement nous faire connaître ou nous rappeler tout ce qui est nécessaire à notre compréhension. Amitav Ghoso, acquitte même de façon particulièrement habile de ces passages obligés, prouvant s'il en était besoin sa grande maitrise de son art. Donc, si vous avez ce volume entre les mains, même sans avoir lu "Un océan de pavots", n'hésitez pas, lancez-vous, vous m'en direz des nouvelles.
   
   L’action va se passer pour la plus grande part entre Macao, Canton et Hong-Kong, soit en plein cœur du problème, au début de la première Guerre de l'Opium (1839-1942). A l'époque, le Royaume Unis, organisait dans ses colonies d'Inde, la culture intensive du pavot, qu'il exportait ensuite vers la Chine où l'opium était bien illégal, mais où les précédents empereurs en avaient toujours toléré le trafic. Ce trafic britannique enrichissait énormément ces commerçants, banquiers et producteurs – tous britanniques- tout en affaiblissant ce grand pays qu'aurait pu être la Chine et en pourrissant son administrations que l'on rongeait par la corruption implicitement admise. Ce trafic se faisait par l’intermédiaire d'enclaves commerciales (Fanqui Town) comme celle où nous allons débarquer à la suite de Bahram Moodie qui pour le coup est indien, mais bel et bien gros trafiquant de drogue lui-aussi. Et avec ce voyage où nous le suivons, il a joué quitte ou double, investissant dans sa cargaison d'opium non seulement tout ce qu'il possédait mais aussi tout ce qu'il pouvait emprunter. C'est que cette année l'offre est en baisse, qu'il espère en tirer un énorme profit et qu'il en a par ailleurs absolument besoin car s'il ne parvient pas à monter sa propre fortune, il deviendra l'employé de ses peu amicaux beau-frères. Tout les voyants sont d'ailleurs au vert et, même si l'entreprise reste audacieuse, il peut être optimiste quand il se lance.
   
   Cependant, premier coup du sort, le bateau subit une rude tempête et parvient au port abimé et ayant perdu une partie de sa cargaison. Il en reste suffisamment pour que l'opération soit encore bien rentable et Bahram ne se laisse pas décourager. Mais il arrive à Canton au moment même où l'empereur chinois a décidé que s'en était assez de cet odieux trafic qui détruisait son peuple et avait entrepris de l'interdire... mais pour de vrai, cette fois. Et vigoureusement.
   
   Je ne vous en dirai pas plus sur l'action centrale mais il faut que vous sachiez que l’intérêt est loin de s'y résumer. Il y a bien d'autres choses. Par exemple les aventures de ces botanistes occidentaux qui sont allés partout dans le monde étudier, chercher, collectionner, enregistrer, classifier, vendre, acheter toutes ces plantes fabuleuses que des climats plus fastueux que ceux de l'Europe leur faisaient découvrir. Ou encore les peintres qui, amoureux des colonies y sont allés se faire un nom, une carrière. Et tout autant les étonnants commerçants locaux et leur vision décomplexée des affaires. Il y a aussi les mœurs étranges de cette curieuse ville de Canton, interdite aux femmes, où des officiers anglais se trouvent fort bien, ayant chacun leur Ami attitré, et dansant entre eux les valses d'après dîner... Sûr que notre peintre préféré, Robin, fils non reconnu d'un peintre en vogue, s'y régale et nous en régalera aussi, en envoyant bien régulièrement des courriers on ne peut plus vivants à son amie Paulette (botaniste), lui -et nous- montrant tout par les coulisses, y compris sa propre recherche éperdue de l'Ami. (Il y a des scènes à double sens qui sont plus que du grand art!)
   
   Le drame se joue derrière le vaudeville. Il n'y a aucun manichéisme. Le seul Européen vraiment honnête -et même, courageusement honnête-, n'est pas bien sympathique. On peut l'admirer, mais l'aimer sera moins facile. Le cynisme éhonté de la colonisation n'est ni tu ni dissimulé, bien que le point de vue basé du côté Bahram ne nous donne peut-être pas assez à voir la vision chinoise des choses. Elle est évoquée, et fort bien même, quand par exemple, le marin raconte la destruction de sa famille par l'opium dont les Anglais distribuent de petites quantités avec les salaires, mais sans doute pas suffisamment montrée. Mais le récit est déjà tellement riche !...
   
   L'écriture est superbe, le récit passionnant, et les plus de six cents pages se tournent avec le regret qu'il n'y en ait pas plus, mais, si cette page de l'histoire est visiblement tournée, nous offrant une fin si nous ne désirons pas poursuivre, nous savons aussi que si nous le voulons, nous retrouverons bien des personnages dans un troisième tome et cette pensée nous console.
   
   Relevé:
   "Quand on n'a pas un mot pour l'exprimer, comment peut-on savoir ce qu'on ressent ?"
   
   
   "La démocratie est une chose merveilleuse, Mr Burnham, dit-il d'un air rêveur. C'est un merveilleux tamasha qui occupe les gens du commun de façon que les hommes comme nous puissent prendre soin de toutes les affaires importantes."

   
   
   Trilogie de l'Ibis
   
   Un océan de pavot - Sea of Poppies
   Un fleuve de fumée - River of Smoke

   (à venir) - Flood of Fire

critique par Sibylline




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