Lecture / Ecriture
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La vie d’un simple de Emile Guillaumin

Emile Guillaumin
  La vie d’un simple

La vie d’un simple - Emile Guillaumin

Chronique d’avant
Note :

   Quand Emile Guillaumin relate la vie d’un paysan du XIXème siècle, présenté comme son voisin, en publiant ce récit en 1902, le monde paysan n’a pas encore trop évolué depuis le temps des seigneurs.
   
   Cette chronique a donc à peine plus d’un siècle et cette vie-là nous semble déjà aussi lointaine que des traditions moyenâgeuses.
   
   La force de ce roman, on pourrait parler de biographie, est qu’il est magnifiquement écrit. Comme si, une fois n’est pas coutume, on avait mis l’exigence de la littérature au service des petites gens. D’autres s’y sont essayé sans autant de talent. Seules exceptions : Henri Vincenot et ses "chroniques des friches et des bois" situées non loin du bourbonnais d’ailleurs. Ou encore la délicieuse "soupe aux herbes sauvages" d’Emilie Carle qui raconte une vie simple dans un paysage désolé des Hautes Alpes. La littérature campagnarde que l’on nomme régionalisme est nettement de moins haute volée.
   
   Guillaumin laisse son voisin, le père Tiennon, se raconter simplement. Et cette simplicité est ce qu’il y a de plus difficile à atteindre.
   
   Dans ce monde de métayers qui préfigure ce que sera l’agriculture intensive de la seconde moitié du XXème siècle (on évoque déjà ici l’utilisation d’engrais chimiques, le paradoxe étant que c’est le propriétaire qui est plus rétif à ces nouvelles pratiques), on vit chichement, toujours ignoblement exploité par des maitres qui ne laissent que les miettes à leurs fermiers. Et encore, il existe une hiérarchie dans la misère, puisque le père Tiennon n’en est pas réduit à se louer de ferme en ferme pour subsister, sinon survivre. Il est, d’une certaine façon, son propre patron… aux ordres de son maitre.
   
   Une époque, pas si lointaine donc, mais qu’on a du mal à penser, à concevoir, à considérer, tout comme la fille de Tiennon partie à la capitale, qui revient avec son mari passer une semaine à la campagne : on peut y noter tout le décalage entre la vie moderne des villes et le passéisme des régions. Mais Tiennon est lucide : il sait qu’en ville aussi, des miséreux sont exploités et que leur situation n’est point enviable. Plus qu’un roman, c’est un formidable et très juste témoignage de ce que fut la vie de nos arrières grands-parents. En y réfléchissant un brin, on s’aperçoit que rien n’a réellement changé et que la cupidité n’a ni frontière ni temporalité, elle est présente partout et en tout temps. Les exploiteurs ont juste changé de costume et de discours.
   
   Cette chronique d’un paysan qui voit se dérouler presque un siècle entier où les avancées technologiques sont légion, est tempérée par l’éloignement. Bien sûr, la vie est meilleure au moment de la vieillesse du personnage mais sans avoir tout bouleversé dans un monde qui semblait alors immuable. Il faudra attendre le siècle suivant pour que la majorité de la population voit sa vie quotidienne changer vraiment.

critique par Walter Hartright




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