Lecture / Ecriture
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Soie de Alessandro Baricco

Alessandro Baricco
  Soie
  Sans sang
  Novecento: pianiste
  Homère, Iliade
  Cette histoire-là
  Emmaüs
  Mr Gwyn
  City
  Châteaux de la colère
  La Jeune Epouse
  Smith & Wesson
  Trois fois dès l’aube

Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien né en 1958 à Turin.

Soie - Alessandro Baricco

Soie, le bien nommé
Note :

   Il paraît que ce livre est un best seller. Heureusement que je ne le savais pas au moment de le lire, sinon vous ne liriez pas ce post. Pourtant c’était écrit sur la quatrième de couverture : « Soie, publié en Italie en 1996…est devenu en quelques mois un roman culte ». Certes, il n’y a pas l’énorme bandeau rouge « Best Seller » qui clignote autour de lui, mais ça veut dire ce que ça veut dire (les fourbes).
   
   Je me suis donc laissée surprendre par ce livre minuscule (quel soulagement après les pavés de ces derniers mois !) dont je ne connaissais rien. Et c’était bien agréable, même si je n’avais pas la conscience tout à fait tranquille en le lisant. Parce que c’était un cadeau pour l’Homme. Il fallait donc faire attention à ne pas corner les pages, laisser tomber des miettes de gâteau, des gouttes de thé aux fleurs orientales. Question de principes. Puis l’Homme m’a dit d’envoyer mes principes ramasser des champignons en Antarctique. Il est bien ce garçon. Mais du coup le livre en a pris plein la tronche.
   
   Le pitch : L’histoire commence en 1861. « Flaubert écrivait Salammbô. » nous dit l’incipit. (Comment ne pas se sentir en confiance avec une telle référence kulturelle ? ) Hervé Joncour achète des vers à soie. Il est envoyé au Japon car c’est là qu’est produite la soie la plus fine du monde. Alors que sa vie avait toujours été un long fleuve tranquille, ni heureuse, ni malheureuse, elle bascule lorsqu’il croise le regard d’une femme. « Ses yeux n’avaient pas une forme orientale et son visage était celui d’une jeune fille ». Chaque année, il fera ce voyage jusqu’au bout du monde pour la voir mais revient toujours auprès de son épouse qui l’attend, telle une nouvelle Pénélope, bien moins lisse qu’il n’y paraît (admirez la façon dont le suspens s’installe).
   
   C’est un récit très simple, à l’écriture tout en finesse et sobriété, allant droit à l’essentiel. Il semble imiter le raffinement délicat de la calligraphie japonaise. C’est l’histoire d’un éternel recommencement, les voyages formant un cycle dans la vie de cet homme oscillant entre l’Ici et l’Ailleurs jusqu’à la fusion des deux. L’auteur survole les années, la distance pour se concentrer sur des détails, toujours les mêmes, troublants du fait de leur isolement : le flamboyant d’une robe, d’un regard, le toucher de la soie. J’ai trouvé ce roman hypnotique, justement à cause de son côté «variations sur le même thème». Il s’agit de le lire lentement pour savourer les détails. Mais d’autres peuvent trouver ça chiant comme la pluie.
   
   Ce roman est très sensuel. On nous dit le soyeux d’un tissu, le velours d’une voix. Le plus important n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est suggéré, ce qu’on nous donne à imaginer, d’autant plus qu’il y a peu de paroles. Il y a vraiment un contraste entre la sobriété du style et la passion que l’on perçoit en filigrane dans le triangle formé par l’homme et les deux femmes. Cette passion apparaît dans tous les sens du mot : amour spirituel, désir, souffrance, soumission (On dirait le pitch d’un épisode de Sunset Beach, c’est terrible.)Tous les trois sont rattachés par un fil de soie, fragile et ténu en apparence, mais en réalité très solide et précieux. Leur histoire peut sembler invraisemblable, en fait elle l’est, mais on s’en fout. Il s’agit de se laisser porter.
   
   C’est incroyable à quel point ce tout petit livre, réutilisant les mêmes mots tout bêtes, est riche, jamais monotone dans sa lenteur. D’autant plus que le coup de théâtre final nous fait revenir en arrière pour relire le livre sous un autre jour, créant ainsi un roman dans le roman. En même temps c’est très léger, comme en suspension, une toile d’araignée. Soie, le bien nommé.
   Ce que ce roman nous apprend, ainsi qu’au héros, c’est la force de l’amour qui nous submerge sans même qu’on le sache. Et qu’on comprend parfois trop tard. C’est la minute Nat King Cole : «♪ The greatest thing you’ll ever learn is just to love, ♫and be loved in return♪ ».
   Et ce que j’ai bien aimé, c’est que l’auteur ne nous assène pas de grosse leçon de morale en nous faisant les gros yeux. Encore une fois, c’est à nous de le comprendre.
   
   Au final, même si ce livre n’a pas complètement bouleversé toutes mes certitudes littéraires, historiques et mathématiques, je l’ai trouvé très beau, et je suis sortie de la lecture sereine et apaisée.
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critique par La Renarde




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Presque par hasard
Note :

   Presque par hasard, juste histoire de balader un livre plus léger que ma lecture en cours, je me suis lancée dans Soie d'Alessandro Baricco. Et je n'ai pas été déçue du voyage. Car il y a bien voyage dans ce court roman.
   
    Dans les années 1860, Hervé Joncourt entreprend une série d'expéditions au Japon dans le but d'en ramener des oeufs de vers à soie sains, la France étant touchée par une épidémie. Ce qu'il vit, plus qu'un dépaysement ou un choc des cultures, est une histoire d'amour et de passion sans parole et sans issue.
   
   Cette belle histoire, servie par une plume légère et musicale m'a touchée et laissée un instant rêveuse. Un beau moment de lecture, jalonnée de petites phrases qui restent longtemps en tête. On pense presque à un poème, ou à un chant avec les répétitions qui scandent le déroulement des chapitres jusqu'à un dénouement qui surprend et serre le coeur. On est vraiment envoûté par la musique des mots qui s’enchaînent. Les personnages sont très beaux, de quelque côté du monde qu’ils se situent. L’art d’Alessandro Baricco est de parvenir à nous faire sentir ce qu’ils sont en très peu de phrases et de les rendre attachants immédiatement. Nul besoin de longues descriptions.
   
   J'ai particulièrement aimé ces mots, tirés d'une des plus belles déclarations d'amour que j'aie pu lire jusqu'à aujourd'hui, empreinte d'une charge émotionnelle et d'un érotisme forts: "Reste ainsi, je veux te regarder, je t'ai tellement regardé,mais tu n'étais pas pour moi et à présent tu es pour moi, ne t'approche pas, je t'en prie, reste comme tu es, nous avons une nuit pour nous seuls, et je veux te regarder, jamais je ne t'ai vu ainsi, ton corps pour moi, ta peau, ferme les yeux, et caresse-toi, je t'en prie [...].."
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critique par Chiffonnette




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Aérien, vaporeux, un rêve.
Note :

   « Soie » est un bref roman, bref mais intense et qui présente les qualités de la fibre dont il parle : la fluidité, la chatoyance, une certaine idée de l’accomplissement (le technicien textile que je suis tient définitivement la soie comme le must des fibres ; la plus belle et la plus confortable).
   
   Ce roman est bref mais l’art d’Alessandro Baricco parvient, par divers procédés stylistiques, par l’exactitude des sentiments exprimés et des mots pour le dire, à en rendre la lecture et la réflexion post-lecture extrêmement fécondes.
   
   L’histoire elle-même n’est pas primordiale en la matière. Davantage les réflexions et les sentiments qu’elle inspire, de la même manière qu’un abat-jour n’est pas l’élément le plus admirable mais bien plutôt la qualité de lumière qu’il contribue à diffuser. Et il est étonnant de constater l’unanimité enchantée des lecteurs de « Soie », tous généralement touchés par le ressenti de l’étrange histoire imaginée par A. Baricco. Beaucoup ont pu le comparer à Maxence Fermine, et notamment son « Neige ». Par le niveau des réflexions générées par « Soie », on est bien au-delà. Il faut beaucoup d’amour et de sensibilité, à l’enseigne de la femme d’Hervé Joncour, le héros, pour faire passer un message d’amour d’une telle intensité.
   
   On ne saurait parler de la soie, la matière soie, sans parler de l’Extrême Orient, en l’occurrence Japon et Chine. Pour situer un peu plus les choses, disons qu’Hervé Joncour est un acheteur, acheteur de vers à soie, seconde moitié du XIX ème, qui va faire à quatre reprises le voyage vers le Japon pour acheter et ramener, à temps, les précieux oeufs qui, à leur éclosion, en Ardèche, donneront ces vers à soie qui fileront leur cocon fait d’une gigantesque fibre magique : la soie.
   
   Hervé Joncour se met donc à voyager au Japon en un temps où l’on pouvait pendre des étrangers pour si peu. Là il fera connaissance, révélation faudrait-il dire, d’une jeune femme qui deviendra pour lui l’absolu féminin. La suite n’est pas racontable tant on est dans le suggéré, dans la finesse et la subtilité. Et tout ceci en si peu de lignes ! Et d’ailleurs l’histoire telle que je viens de la brosser est éminennement réductrice. Non, il faut la lire vous dis-je ! Le seul moyen …
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critique par Tistou




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Le Japon en 1860
Note :

   Un petit livre qui nous emmène en 1860, dans un petit village du nom de Lavilledieu et qui nous fait découvrir la vie de Hervé Joncour, spécialiste en larves de vers à soie…
   
   Si ce métier est original en ces temps anciens, et si ce personnage a une vie particulière (il vit avec sa femme, sans enfant, et part d’Octobre à Avril, tous les ans, pour de longs voyages), il va lui arriver une aventure bien singulière et dans un pays hors du commun et inconnu, surtout pour cette époque, le Japon.
   
   A cause d’une épidémie qui ravage les larves de vers à soie en France, Hervé Joncour se voit dans l’obligation de partir encore plus loin que ses destinations habituelles, il doit se rendre au Japon. Il va traverser toute l’Europe de l’Est, la Russie, pour pouvoir atteindre les côtes du Pays du soleil levant…et ce pendant trois années. Mais ce voyage n’aura pas pour seul but de trouver des larves de bonnes qualités, il y rencontrera également un personnage mystérieux, plus précisément une femme au regard si particulier… Hervé ne lui parlera pas, il ne verra que ses yeux et pourtant il voudra retourner au Japon, coûte que coûte, sans vraiment savoir pourquoi…
   
   Sa vie va être bouleversée, changée, ses retours au pays seront hors du temps, il sera comme déconnecté de la réalité…
   
   Ce court roman nous entraîne dans la vie de ce personnage à la vie simple, aux joies simples et qui va se retrouver malgré lui dans une histoire qu’il ne peut contrôler.
   
   J’ai beaucoup apprécié le style utilisé, l’écriture avec ces répétitions dans les chapitres je me suis aisément laissée entraîner dans cette histoire, une histoire de passion, de joies, de tristesse… Un très beau roman. A lire !
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critique par Mme Patch




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La route de la soie
Note :

    Nous somme en 1861, Hervé Joncourt est un jeune homme promis à une belle carrière militaire et qui partira à la recherche d'oeufs de vers à soie pour alimenter l'industrie des soyeux lyonnais: "On était en 1861. Flaubert écrivait Salammbô, l'éclairage électrique n'était encore qu'une hypothèqe et Abraham Lincoln, de l'autre côté de l'Ocan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin" (p 9).
   En effet, une épidémie lamine la production française de vers à soie et une seule solution s'impose à tous: pénétrer dans l'espace interdit du Japon, l'autre bout du monde du XIXè siècle finissant.
   
   Hervé Joncourt part donc par monts et par vaux à travers l'Europe, la Russie extrême orientale avant de traverser la mer pour accéder, clandestinement, sur les rives japonaises. Un voyage long et périlleux comme tous les voyages à cette époque, une épopée qui se répètera chaque année.
   
   Ce fut l'épreuve de vérité qui mettra en lumière l'extraordinaire prédisposition d'Hervé Joncourt à se faire accepter par l'Autre. En effet, au jeu du "poker menteur" il joua habilement, suffisamment pour prouver au seigneur japonais, Hara Kei, qu'il était digne de confiance! Une étrange relation amicale va se nouer entre les deux hommes... avec comme point d'orgue la présence d'une jeune fille, muette, superbe aux yeux "qui n'avaient pas une forme orientale" (p 36).
   
   Entre cette belle jeune fille inconnue et Hervé Joncourt se tisse une histoire d'amour aussi douce et légère qu'un voile de soie japonaise, silencieuse et désespérée. Une sensualité extraordinaire se dégage des scènes, notamment celle du coup de foudre:
    "La jeune fille souleva légèrement la tête.
   Pour la première fois, elle détacha son regard d'Hervé Joncourt, et elle le posa sur la tasse.
   Lentement, elle la tourna jusqu'à avoir sous ses lèvres l'endroit exact où il avait bu.
   En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé.
   Elle écarta la tasse de ses lèvres.
   La replaça doucement là où elle l'avait prise.
   Fit disparaître sa main sous son vêtement.
   Reposa sa tête sur les genoux d'Hara Kei.
   Les yeux ouverts, fixés dans ceux d'Hervé Joncourt.(...)
   Hervé Joncourt baissa les yeux. Devant lui, il y avait sa tasse de thé. Il la prit et commença à la faire tourner et à l'examiner, comme s'il cherchait quelque chose, sur le fil coloré de son bord. Quand il eut trouvé ce qu'il cherchait, il y posa ses lèvres, et but jusqu'au fond." (p 38 et 39)

   
   Hervé Joncourt rentrera chez lui, par le même chemin qu'à l'aller, éternel rituel du voyage.
   
   Un court roman étrange, qui laisse, une fois la dernière page tournée, le lecteur dans une atmosphère difficile à décrire. L'impression d'être sur sa faim, de vouloir que l'histoire continue et dure un peu plus longtemps, pour finalement s'apercevoir que tout est dit avec subtilité et qu'il n'y a rien à ajouter.
   
   Le rythme de certains passages, ritournelles presque à l'identique, sont les fils d'une navette sur un métier à tisser, des fils qui vont et viennent pour construire, avec délicatesse, une très belle histoire d'amour et de passion. Un petit roman qui garde son lecteur longtemps sous son charme.

critique par Chatperlipopette




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