Lecture / Ecriture
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L'insolite évasion de Sebastian Wimer de Stéphane Héaume

Stéphane Héaume
  Le contemplateur
  La nuit de Fort-Haggar
  L'insolite évasion de Sebastian Wimer

Stéphane Héaume est un écrivain français né à Paris en 1971.

L'insolite évasion de Sebastian Wimer - Stéphane Héaume

Ambiance
Note :

   Karlotta-Pietra est une ville-état fortifiée, bientôt fermée par les nationalistes qui y ont pris le pouvoir. La répression y est terrible, aussi beaucoup veulent la quitter. Sebastian Wimer, styliste de mode le projette également avec la complicité de son associé et ami Dimitri Waltz. Un soir, Sebastian vient au secours d'une femme qui se fait violenter, la ramène chez lui et croit reconnaître en elle Agathe, sa femme morte depuis trois ans. Mais les papiers de la jeune femme inconsciente révèlent une autre identité. Aidé de Léos, un étudiant en histoire, Sebastian envisage alors d'attendre le réveil de l'inconnue et de s'enfuir avec elle, mettant en scène un plan lié aux Mémoires de l'empereur qui gouverna la ville des années auparavant.
   
   Quel roman, les amis, quel roman ! Un grand merci à Zazy qui me le prêta, car franchement, j'ai pris un pied monstre et me suis régalé du début à la fin. L'histoire est folle folle folle -comme dirait Bertand Belin, aucun rapport mais ça me faisait plaisir d'en parler- et l'écrin somptueux. Ce que j'aime par dessus-tout, outre cette histoire, c'est l'écriture de Stéphane Héaume et l'ambiance qu'il crée. Bien que son roman se déroule de nos jours, et qu'il soit donc parfaitement contemporain -ce qui, vous l'avez remarqué est une répétition-, par la grâce de l'écriture, les descriptions des personnages, leurs vêtements, leur élégance, leur langage, leur port, leur distinction, les descriptions des lieux, cette ville close à l'histoire dense, ... il a un air d'intemporalité très forte. On pourrait invoquer ici quelques grands noms de la littérature qui ont ce talent, sans vouloir comparer mais juste pour l'inspiration, des écrivains de diverses époques que je ne citerai pas ici, chacun pourra ainsi mettre les noms qui lui viennent à l'esprit.
   
   L'écriture donc est magnifique, travaillée, belle, châtiée ; lisez cela : "Le canal exhalait un parfum doucereux, cette odeur si troublante que l'on ne percevait qu'en hiver et qui ce soir prenait un sens étrange car souvent l'on disait qu'il sentait le sang frais." (p.37), ou bien ceci : "Soucieux de circonscrire cette régression -ou, au contraire, planifiant son maintien (qu'en savions-nous ?)-, le gouvernement avait décidé, au nom du passé, de redonner à Karlotta-Pietra son statut de ville close. Rappelant les conflits dont elle était toujours sortie victorieuse, le président avait annoncé aux habitants cette mise en quarantaine sous prétexte de veiller au bien général. Fallacieuse promesse." (p.25)
    J'adore ça, quel plaisir de lire de belles phrases, bien construites, sans faute de quoi que ce soit, des phrases avec du sens, qui même lorsqu'elles décrivent des lieux ou des personnages ne sont jamais ennuyeuses, au contraire, elles enjolivent l'action qui suit.
   
   L'histoire maintenant : elle est réjouissante, originale, forte en tensions et rebondissements. Les rapports entre les protagonistes sont admirablement décrits, si bien qu'à part Sebastian dont on ne doute jamais vraiment de l'honnêteté, tous les autres à un moment ou un autre nous incitent à la prudence, à tort souvent... Critique des nationalismes, des intégrismes de tout genre, l'ouvrage pousse à l'extrême les idées et comportements de certains chantres de l'isolationnisme et du repli sur soi.

critique par Yv




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