Lecture / Ecriture
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Contes noirs de Ambrose Bierce

Ambrose Bierce
  Morts violentes
  Contes noirs

Ambrose Gwinnett Bierce est un écrivain et journaliste américain né en 1842 et décédé vraisemblablement en 1914, date à laquelle il a disparu après avoir rejoint l’armée de Pancho Villa.

Contes noirs - Ambrose Bierce

Aux sources de la fiction horrifique
Note :

   L'écrivain belge Bernard Quiriny se réjouit dans le Magazine Littéraire (juillet-août 2016) que les douze Contes noirs d'Ambrose Bierce reviennent hanter les librairies. Cet auteur de récits fantastiques peut figurer aux côtés d'un maître tel que Poe et son beau style m'a rappelé Hawthorne. En beaucoup moins prolixe toutefois, car Bierce réussit dans certaines de ses nouvelles ("Par une nuit d'été", "Les funérailles de John Mortonson") à condenser la terreur en un minimum de mots.
   
   Terreur, le thème est posé, Ambrose Bierce démonte le mécanisme de la peur avec minutie. Sans recourir aux méthodes gore, il pratique à la manière d'un Hitchcock et se montre très convaincant, comme le souligne la préface : "Son procédé est simple : il consiste à entasser les détails concrets pour rendre le récit plus réel, et nous passons ensuite, sans en avoir nettement conscience, dans le domaine du surréel.", réussissant "ce tour de force de nous fasciner par des récits absolument statiques dans lesquels il ne se passe presque rien."
   

   Il parvient même à rendre crédible l'autre côté, faisant s'exprimer les morts à la première personne, esprits languissants qui hantent leurs lieux de vie dans un crépuscule éternel, pour induire ce constat que "la vérité que nous cherchons en vain ici-bas nous sera également refusée au-delà de la tombe". Les incursions troublantes dans le royaume du surnaturel se font sans le cynisme ni la misanthropie qu'a manifestés Bierce dans d'autres œuvres et il montre de la compassion pour la misère humaine.
   
    Un rien suffit à susciter l'angoisse, les personnages s'enferment eux-mêmes dans la panique, savoir-faire de psychologue : "La peur vient du dedans : elle n'est que vaine chimère", écrit Papy.
   
   Les nouvelles sont d'un genre qui me galvanise car leur centre de gravité est dans la chute, avec élégance. Avec de l'humour aussi, noir bien entendu, et pour vous en convaincre, il suffit de citer l'incipit du premier conte du recueil : "Le fait qu'Henry Amstrong fût enterré ne lui semblait pas prouver qu'il fût mort : il avait toujours été difficile à convaincre."
   

    Par-delà son œuvre fantastique, Bierce fut d'ailleurs un des meilleurs humoristes de son temps.
   
    Bizarrement, on sait peu de la disparition de ce bon écrivain, il aurait rejoint l'armée de Pancho Villa au Mexique en 1910. Jacques Papy l'a fait connaître chez nous dans les années cinquante avec une cinquantaine de traductions dont ces "Contes noirs". L'essentiel de Bierce est aujourd'hui disponible en poche.

critique par Christw




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