Lecture / Ecriture
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Nuit de septembre de Angélique Villeneuve

Angélique Villeneuve
  Grand Paradis
  Un Territoire
  Les fleurs d'hiver
  Dès 04 ans: Le festin de Citronnette
  Nuit de septembre

Angélique Villeneuve est une auteure française née en 1965.

Nuit de septembre - Angélique Villeneuve

Douleur sans nom
Note :

   "à ce jour, les chansons sont la solution qui te reste. Tu les entends, on tend vers toi leurs perches auxquelles t'agripper, presque au hasard, et alors, tu t'élances, tu te croches."
   

   C'est un cadeau rare, précieux et déchirant que nous offre ici Angélique Villeneuve. Celui d'un texte qui met à la fois à distance la narratrice mais s'adresse aussi à chacun de nous par le "tu" employé, nous englobant dans une douleur que, secrètement, nous ne souhaitons pas connaître.
   
   Il n'est en effet pas de mot en français pour désigner les parents dont l'enfant vient de mourir, rompant ainsi l'ordre des générations. Ce mot, la narratrice le découvrira pourtant dans une langue étrangère et nous l'offrira, tout comme elle nous révèlera quasiment à la toute fin du texte le prénom de son fils disparu.
   
   Baume des mots, vigueur des arbres pour remonter vers la lumière et cueillir les fleurs d'hiver, titre d'un autre roman de l'auteure.
   
   Si les yeux se brouillent parfois de larmes, aux moments les plus inattendus en ce qui me concerne, il ne faut pourtant pas oublier la grande douceur qui se dégage de ce texte, la grande pudeur aussi, les autres membres de la famille, restant en retrait du texte où se dévoile, un peu, la narratrice.
   
   Un livre nécessaire, lumineux et poétique.
   
   154 pages pleines de vie.
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critique par Cathulu




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Fouiller dans l'intime
Note :

    "Le mot suicide, sifflant, corrosif, qui glisse et coule et partout se déverse en rongeant les peaux et les os."
   

   Ce petit livre qui tient dans une main signifie beaucoup. Il est le récit qu'Angélique Villeneuve a voulu faire après, après la perte du fils. Il ne s'agit pas de parler de lui, pas vraiment, mais surtout du parcours de la douleur en soi et du chemin de la vie, qui prennent les mêmes routes. Après cette nuit de septembre, dont elle continue d'être sidérée, s'enchainent les rencontres pour ce livre qui a du succès, le quotidien. Elle vient parfois s'asseoir dans cette chambre dans laquelle il a décidé d'arrêter, et le temps passe, les objets changent de place, subrepticement, les premières fois après l'évènement s'accélèrent. Tous ces moments sans lui sont pourtant à vivre. Ça va aller, se dit-elle. Mais ils sont étonnants et doucement violents, muets, ces moments, et non ça ne va pas aller réellement tous les jours. Il manque quelqu'un dans le creux de la paume, dans le creux des hanches, il y a une présence, invisible et vibrante, où se niche toute la souffrance. Comment savoir que faire de soi après cette perte qui n' a pas de nom dans la langue française... comme un déni d'existence.
   
   Je lis beaucoup en ce moment sur le sujet (les livres arrivent ainsi), ce récit m'a également touchée en plein cœur. Surtout qu'il m'est arrivé d'échanger plus personnellement avec Angélique Villeneuve et que j'ignorais tout de cette nuit de septembre. Alors ce livre est tombé comme une bombe sur mes genoux. J'espère avoir trouvé les mots pour en parler, j'espère que vous le lirez, parce que je crois très fort au pouvoir de l'écriture mais qu'il ne fonctionne jamais autant que quand les mots écrits sont lus. L'auteure délaisse ici son style habituel de romancière pour fouiller plus profondément dans l'intime, et chaque phrase interpelle, arrache son petit lambeau de tristesse, tout en laissant petit à petit, page après page, entrer de plus en plus la lumière.
    ↓

critique par Antigone




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Un témoignage précieux
Note :

   "Tu ris presque autant qu'avant. Si tu reviens trois ou quatre mois en arrière, si tu compares, alors c'est vrai, tu dis à peu près autant de bêtises qu'autrefois.
   Cependant, lorsque de bonnes nouvelles se profilent - puisqu'elles existent toujours, dirait-on, les bonnes nouvelles - tu ne sais que faire de la liesse qui te vient. La dynamique des fluides a perdu ses chemins, comme si la joie donnée ne pouvait fouir plus loin que la surface de ta cervelle et de ta peau. A l'intérieur, pas très profond, deux millimètres, le système est pris dans les glaces".
   

   Il est des livres que l'on n'ouvre pas le cœur léger, des livres dont on sait qu'ils nous toucheront profondément, des livres dont on devine toute la force qu'il a fallu aller puiser en soi pour les écrire.
   
   Celui-ci en fait partie, l'auteure y relatant les mois qui ont suivi la mort de son fils de vingt-et-un ans, mort d'autant plus indicible que le jeune homme a choisi de s'arrêter là.
   
   Ne craignez ni l'impudeur, ni le voyeurisme, ni la plainte dans ce court récit, il n'y a en pas. Tout juste saurons-nous le prénom du garçon à la fin du livre. Il s'agit plutôt de continuer à vivre avec ceux qui sont là, le compagnon, les deux filles et puis l'entourage, quelquefois maladroit, parce que dépassé par l'inimaginable douleur qui lui fait peur.
   
   L'utilisation du "tu" par la narratrice met le plus difficile à distance, mais la plume sensible et poétique d'Angélique Villeneuve nous cueille au détour d'une phrase, l'émotion surgit soudain de ce qui est dit en filigrane. La sidération des premiers jours, les pauses interminables dans la chambre du jeune homme, les images que l'on voudrait oublier, les savons gardés précieusement dans la salle de bain, l'absence de mot pour désigner un parent qui perd son enfant.
   
   Puis il y aura les réminiscences, les questionnements inévitables, les chansons d'avant qui reviennent, la nature qui est toujours là, l'importance des arbres, des rencontres, des gestes quotidiens.
   
   C'est étrange de dire d'un tel livre qu'il est plein de douceur, de moments lumineux, de beauté, pourtant c'est bien l'impression qu'il me laisse, c'est un livre qui peut parler à chacun d'entre nous, tellement il va au delà du deuil et du chagrin de l'auteure. Un témoignage précieux.

critique par Aifelle




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