Lecture / Ecriture
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L'improbabilité de l'amour de Hannah Rothschild

Hannah Rothschild
  L'improbabilité de l'amour

L'improbabilité de l'amour - Hannah Rothschild

Pavé de 701 pages
Note :

   Annie, cuisinière, veut offrir un cadeau à son nouvel amoureux et trouve un vieux tableau chez un antiquaire. Le jeune homme ne vient pas et avec lui disparaissent les illusions de la jeune femme quant à l'amour (et sa probabilité), mais le tableau, lui, est bien là. Peut-être n’est-il pas, somme toute, une vieille croûte? Avec l’aide d’un jeune peintre et une restauratrice, elle commence des recherches qui l’orientent vers un tableau de Watteau intitulé : "L’improbabilité de l’amour".
   
   Parallèlement, Annie est engagée comme cuisinière chez les Winkleman propriétaires richissimes d’une célèbre galerie de peintures que Memling Winkleman, un juif survivant de l’holocauste, a créée et qu’il administre avec sa fille Rebecca. Mais pourquoi la réapparition de ce tableau - qui avait disparu et qui appartenait à sa famille exterminée à Auschwitz - provoque-t-elle une telle angoisse chez le patriarche? Rebecca va chercher à comprendre l’attitude de son père et cela va la mener fort loin.
   
   Hannah Rothschild dirige le conseil d’administration de la National Gallery, c’est dire qu’elle a de grandes connaissances artistiques. Quant à Watteau, maître de l’art rococo, contemporain de Louis XIV puis de Louis XV, elle en est tombée amoureuse à l’âge de seize ans en visitant le Louvre.
   
    J’ai apprécié ce roman même si Watteau n’est pas ma tasse de thé à présent. Mais je me souviens l’avoir beaucoup aimé moi-même quand j’avais seize ans! C’est de toute façon, un grand peintre à l’art subtil et savant. En faisant du tableau un personnage à part entière, Hannah Rostchild nous présente d’une manière vivante et parfois humoristique l’histoire de l’œuvre, comment elle a été conçue, ce qu’elle signifie, à quels grands personnages elle a appartenu. En même temps nous découvrons la vie de Watteau (1684-1721), sa manière de peindre, son importance dans la naissance d’un art nouveau, le Rococo..
   
   Autre centre d’intérêt du roman, la double enquête menée par les différents personnages: celle liée au tableau lui-même, recherche dans les archives et analyse savante de la peinture. Nous apprenons ainsi quels moyens technologiques permettent d’élucider le secret d’un tableau.
   Et puis l’enquête menée par Rebecca sur la famille de son père, ce qui la conduit jusqu’à Berlin dans un retour vers le passé de l'Allemagne nazie. Le thème de la spoliation des juifs par Hitler et son état-major qui pillaient les œuvres d’art apparaît alors.
   
   Le parallèle établi entre l’art pictural et l’art culinaire est aussi original et sonne juste. Annie est, elle aussi, à sa manière, une artiste. Elle déploie autant d’imagination dans ses dîners à thème qu’un grand peintre. Et, si elle est attentive au goût, elle ne l’est pas moins à tous les autres plaisirs des sens, le mariage des couleurs, l’importance des textures et des formes, la délicatesse des odeurs.
   
   Enfin, sous la brosse ironique et acérée de l’écrivaine apparaît tout une galerie de personnages pittoresques liés au monde de l’Art. Rien de bien reluisant ! Altesses royales, princesses, émirs, comtes et comtesses, lords, ministres, riches américaines, maffieux russes, stars et parvenus peuplent les salles de vente où les enchères peuvent monter démesurément selon les égos (et la fortune) de chacun. Une exacerbation de l’orgueil qui n’a rien à voir avec l’amour de l’art mais plutôt avec le désir de paraître et de dominer pour les uns et le mercantilisme, l’appât du gain pour les autres.
   
   Le roman est donc plaisant à bien des égards et la richesse des thèmes permet de faire un lecture agréable et enrichissante.

critique par Claudialucia




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