Lecture / Ecriture
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Les Intéressants de Meg Wolitzer

Meg Wolitzer
  La doublure
  Les Intéressants

Meg Wolitzer est une écrivaine américaine née à Brooklyn en 1959.

Les Intéressants - Meg Wolitzer

Au fond, qu'est-ce qui fait la différence ?
Note :

   C‘est la rencontre avec l’auteur au festival America qui m’a décidée à sortir ce roman alors que je l’avais depuis un bon moment. J’ai eu envie d’un roman avec un bonne dose de nostalgie et j’avais cru comprendre que j’en trouverais dans celui-ci. Mon verdict? J’ai aimé. Mais c’est tout à fait le genre de roman qui ne plaira vraiment pas à tout le monde. Parce que, entendons-nous, c’est un récit qui n’est pas truffé de rebondissements. On nous raconte la vie de plusieurs personnes s’étant rencontrées dans un camp de vacances pour artistes, camp qui semble avoir été pour la plupart, une parenthèse magique et inoubliable, symbole de leur jeunesse et des espoirs qu’ils nourrissaient alors.
   
   C’est surtout à travers le regard de Julie, une jeune fille de milieu modeste qui habite avec sa mère et sa sœur. À l’été 1974, elle a une bourse pour le camp Sprit in the woods, où elle rencontrera ceux qui s’appellent eux-mêmes "Les intéressants". Ash, la jolie Ash qui veut devenir actrice. Son frère, Goodman, le beau gosse par excellence, charmeur, qui fait gaffe sur gaffe mais s’en sort toujours. Ethan, profondément laid mais qui semble promis à un bel avenir avec ses animations. Cathy, qui veut danser mais que son corps trop féminin trahit. Et Jonah, fils d’une chanteuse folk autrefois célèbre, doué pour la musique. Avec eux, Julie devient "Jules" et a l’impression qu’elle découvre la vie et qu’elle n’est heureuse que quand elle est au camp, avec eux.
   
   De ces six personnes, quatre demeurent proches à l’âge adulte. À quel point ont-ils trahi l’ado qu’ils ont été? Est-ce que le talent suffit? Est-ce qu’il fait la différence? Est-ce que ces gens, qui semblaient si extraordinaires à la lueur d’un feu de camp le sont vraiment? C’est un peu ce qui est exploré dans le roman. Jules se cherche et se désole de sa vie "ordinaire", sans lustre selon elle, comparativement à celle de ses amis. C’est l’histoire du deuil de cette vie rêvée à l’adolescence, qui prend parfois du temps, qui se fait, ou qui ne se fait pas. Le succès fait-il la différence?
   
   Ce que j’ai aimé là-dedans, c’est le côté "vraie vie". Ces personnages sont loin d’être parfaits, ni même toujours "intéressants". C’est parfois anti-climatique, un peu comme la vraie vie, comme de nombreux espoirs démesurés. J’aime ce genre d’histoires, où l’on découvre les personnages petit à petit, où l’on comprend peu à peu les réactions des personnages, avec l’alternance des points de vue et des époques. Du coup, ça m’a beaucoup plu et j’ai été souvent attristée par ces personnages qui ont tellement de talent pour se voiler la face et pour vivre dans un passé qui n’existe plus. Je pense que si vous me lisez depuis longtemps, vous savez qu’entre moi et les trucs nostalgiques, ça fonctionne le plus souvent, n’est-ce pas!
   
   Ceci dit, je n’ai pas été hyper enthousiasmée par le style (du moins, celui de la traduction, sous lequel j’ai souvent vu poindre l’anglais) et certains tics m’ont agacée (pourquoi TOUJOURS nommer le personnage de Robert par son nom complet? Pour que nous n’oubliions pas qu’il est japonais?). De plus, si on "dit" souvent que Jules est drôle et pleine d’esprit, elle ne brille pas nécessairement pas sa répartie et son côté comique dans le roman. Elle est plutôt transparente et surtout jalouse de Ash et Ethan, passant son temps à se comparer à elle. Disons qu’elle n’est pas nécessairement très agréable ni attachante. Pour ma part, ça ne m’a pas dérangée. J’aime bien ces losers pas nécessairement sympathiques.
   
   Du coup, j’ai beaucoup aimé et j’ai passé un excellent moment. Mais je peux aussi vous dire que plusieurs seront agacés un maximum et vont s’endormir dessus. À vous de voir dans quel camp vous êtes!

critique par Karine




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