Lecture / Ecriture
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Du vent de Xavier Hanotte

Xavier Hanotte
  Ours toujours
  Du vent

Du vent - Xavier Hanotte

Profond et léger
Note :

   Jérôme, correcteur dans une maison d’édition juridique grise et terne est aussi écrivain. Un écrivain exigeant et reconnu par sa belle maîtrise de la langue et de l’écriture, ses sujets pas faciles, son amour des détails et sa minutie. De fait il ne publie pas beaucoup.
   
   Jérémie est son ami, lui aussi écrivain. Tout le contraire : une sorte d’Alexandre Dumas, toujours à fuir les créanciers, à écrire deux ou trois romans en même temps pour tenter de rembourser ses dettes. Lorsqu’il demande à son ami de le couvrir auprès d’un éditeur, Jérôme se sent alors obligé de se lancer dans l’écriture d’un roman commandé sur les mésaventures d’une jeune lieutenant de l’armée, mais dans le même temps, il n’abandonne pas son idée d’un roman sur Lépide, l’un du triumvirat formé avec Octave et Antoine, du temps de l’empire romain.
   
   Xavier Hanotte est généreux, il écrit, non pas un, ni même deux, mais trois romans en un. Le premier, celui qui ouvre "Du vent", est celui du lieutenant Bénédicte Gardier qui arrive dans sa nouvelle affectation et qui, avant de prendre ses fonctions descend dans un hôtel dans lequel elle est immobilisée et ficelée pendant que son agresseur, Sophie Opalka prend sa place.
   
   Le deuxième est celui de Lépide qui contre la volonté d’Octave entre en Sicile et avance en gagnant ses batailles. Il sait qu’Octave lui en voudra, d’autant plus que Lépide a la fâcheuse tendance à ne pas exécuter ses adversaires.
   
   Enfin, le troisième roman est celui de Jérôme et Jérémie.
   
   Ces trois histoires forment un roman profond et léger, d’un humour à la Devos, absurde et érudit, intelligent quoi. A l’instar de son personnage Xavier Hanotte est minutieux et si le diable n’est pas forcément dans ses détails, l’humour lui, y est, d’abord parce qu’il s’amuse à nous raconter comment il a récolté telle ou telle particularité de telle ou telle corde, son immersion au sein d’un magasin de bricolage est une scène joyeuse, et ensuite parce qu’une fois qu’il a les informations, on les attend dans le récit, et lorsqu’on les lit, c’est la récompense ultime. Ce qui, pour certains, pourrait paraître comme des digressions oiseuses, des divagations ou des danseuses d’auteur intellectuel est ce qui m’a fait le plus d’effet, j’ai ri, souri (un peu moins sur le roman sur Lépide, moins drôle et un peu plus long). Mais franchement, avez-vous lu des lignes plus belles et plus drôle bien qu’inutiles au déroulement de l’histoire que celles-ci :
   
   "Le soir tombait avec nonchalance. Dans les coulisses du firmament, le soleil invisible pliait bagage à l’anglaise, trop honteux de sa prestation du jour pour conférer à son coucher une quelconque solennité. Profitant de sa dérobade, le ciel et la terre essayaient des cocktails variés de gris qui, avec la lenteur propre aux crépuscules, teintaient indifféremment les campagnes rases, les bois dévêtus et les bourgs engourdis."(p.325) ?
   
   

   Xavier Hanotte aborde pas mal de thèmes dans son roman, mais l’essentiel est celui de l’écriture, du travail de l’écrivain et surtout la littérature. Comment naît-elle ? Comment et qui décide de ce qui est littérature ou pas ? L’éternelle question sur la bonne ou la mauvaise littérature : les livres de Jérémie sont-ils moins nobles que ceux de Jérôme ? Il est un fait que certains sont plus exigeants à lire et à écrire car écrits dans un langage plus soutenu et demandant une documentation importante. "Du vent" est un pur plaisir à lire, on croise les histoires sans se perdre, mais au contraire avec l'envie de retrouver chaque héros. Malgré un fond sérieux et cartésien, au départ au moins, le livre part et se déconnecte de la réalité, l’auteur n’hésite pas à recourir à des explications ou des personnages étonnants et barrés.
   
   
   Décidément, j'aime cette collection chez Belfond grâce à laquelle je découvre un auteur belge qui écrit depuis une vingtaine d'années. Franchement -si je suis les conseils de l'éditeur, je devrais arrêter adverbes et adjectifs... j'essaie- n'hésitez pas à lire "Du vent", je me suis régalé de bout en bout. Lu et approuvé.
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critique par Yv




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Un roman bien ficelé
Note :

    Le billet de Yv m'avait convaincue, surtout que je gardais un excellent souvenir de "Ours toujours", du même Hanotte.
   
    Tout d'abord je ne peux qu'admirer le travail du concepteur de la couverture, absolument raccord avec le contenu, et sans trop en dire.
   
    Tout en occupant un travail de correcteur dans une administration bruxelloise, Jérôme Walque écrit des romans, du solide, pas forcément dans l'air du temps. Mais il est doté d'un vieil ami, Jérémie, à qui il ne peut refuser de l'aide. Alors tout en poursuivant son projet de biographie romancée de Marcus Aemilius Lepidus (dit Lepide), membre d'un triumvirat romain avec Antoine et Octave, il se lance -sous la signature de Jérémie- dans l'écriture d'un roman différent, où le lieutenant Bénédicte Gardier tombe dans un guet-apens et se retrouve expertement ficelée.
   
    L'on pourrait penser qu'un roman contenant des romans en cours d'écriture n'a rien de nouveau (tout en restant une bonne idée), sauf qu'avec l'arrivée d'un couple de petits escrocs mystérieux et d'un non moins étrange policier, l'affaire se corse, les narrations se répondent, et le pauvre Jérôme (et le lecteur) se trouve embringué dans une folle histoire.
   
    Dire que voilà un roman bien ficelé serait un poil attendu, mais demeure la vérité. Je me suis follement amusée avec les aventures de Jérôme et Bénédicte, l'histoire de Lépide demeurant d'un classicisme moins débridé, forcément, et méditation sur le pouvoir et la vie.
   
    Allez, des extraits
   
    "Je ris.
    'Le pouvoir, Octave, c'est du vent!'
    Il ferme les yeux, pose sa tête en sueur sur un coussin de brocart.
    ' Le vent, Lépide, souffle où il veut.'
    D'un geste las, il me congédie.
    Le triumvirat a vécu.
    Devant la tente, je respire enfin. Le poids qui m'écrasait les épaules depuis si longtemps s'est envolé. Il me semble voir un aigle tournoyer très haut, là-bas, dans le soleil."
   
    "Selon lui [Jérémie], tout écrivain digne de ce nom devait suivre sa pente naturelle et sacrifier la sécurité au profit de l'audace créatrice. Au lieu de peaufiner en amateur, avec une maniaquerie de miniaturiste, ses gros romans tellement étrangers à l'air du temps, pourquoi Jérôme ne se lançait-il pas dans la grande foire d'empoigne du monde littéraire, où vie quotidienne et écriture se mêlaient dans une exaltante étreinte?
    De son côté, Jérôme s'attristait de voir Jérémie donner aux imprimeurs une succession de produits semi-finis, de plus en plus ressemblants sinon redondants, en tout cas bien inférieurs à ce dont il le pensait capable - même si, en son for intérieur, il lui arrivait de douter que son ami pût encore concocter autre chose que les bluettes sentimentales dont il s'était fait, sous son vrai nom, le fournisseur patenté et satisfait."

critique par Keisha




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