Lecture / Ecriture
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Le Dernier Démon de Isaac Bashevis Singer

Isaac Bashevis Singer
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  Le Dernier Démon

Isaac Bashevis Singer est un écrivain juif polonais naturalisé américain, né en 1902 et mort en 1991. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1978 "pour son art de conteur enthousiaste qui prend racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises et ressuscite l'universalité de la condition humaine".

Le Dernier Démon - Isaac Bashevis Singer

Un vieux livre yiddish
Note :

   Ce vieux livre d'occasion jauni, une relique, offre un aspect immémorial et si étrange – la tête d'Isaac Bashevis Singer en couverture paraît un fantôme – qu'y plonger, sans rien en connaître, s'apparente à entrer dans un autre monde, un peu magique, peuplé d'êtres aux coutumes singulières, aux prises avec des croyances et des puissances surnaturelles très envahissantes : bref, dépoussiérer l'inconnu, joie d'archéologue. Les nouvelles qui le composent ne sont pas si anciennes, leur écriture remonte à une cinquantaine d'années (1961 à 1964).
   
   Je suis venu à cet auteur pour avoir gardé en mémoire l'admiration que lui voue le nouvelliste américain Richard Burgin (L'écume des flammes). Dans la tradition des conteurs yiddish, Singer mêle la vie quotidienne et le merveilleux dans une satire des mœurs juives contemporaines. Les êtres surnaturels, esprits malins, ressuscitent la culture hébraïque et travers et problèmes sexuels sont abordés sous le couvert de démons malicieux. "Nombre de ses livres évoquent dans un mélange d'humour, de grotesque, de noirceur et de fantaisie narrative et verbale, la vie des Juifs polonais avant la Seconde Guerre mondiale." lit-on sur Wikipédia. Des onze nouvelles de ce recueil, deux ne se déroulent pas dans une communauté juive provinciale de Pologne, dont l'une des deux, "Seul", est ma parmi mes préférées, pour des raisons liées au champ fantastique et à son traitement épuré.
   
   Le style, la progression des intrigues, la singularité et le comique des situations m'ont fait éprouver l'envie de lire chaque récit – le mot "conte" convient très bien – à voix haute, pour une oreille amie, ce qui témoigne de la réussite du conteur. Car le texte est traduit du yiddish, une langue orale avant tout, dont on dit qu'elle est celle de l'humour, de la dérision, de l'absurde, une langue insolente et narquoise. Le prix Nobel de littérature 1978 étant réputé pour en être un orfèvre, espérons que la traduction française rend suffisamment l'ampleur de ce talent.
   
    "Tous les personnages de l’univers de Singer, tous ces humbles, ces pauvres, ces riches, ces excentriques, ces fous et ces sages, ces anonymes de la vie juive pour lesquels il nous fait partager une immense tendresse, tous ces personnages ont été des vivants, mais ont été exterminés et la Pologne n’est plus irrémédiablement pour Singer – et pour quelques autres – qu’un espace vide, qu’un cimetière sans tombe nimbé de cendres qui doucement chantonnent en yiddish. Singer qui, du fait de son exil new-yorkais, a échappé au massacre, a dressé son œuvre comme une stèle face à un ciel de silence, comme un défi à l’oubli, comme une véhémente affirmation vitale contre la mort. Comme le double désormais éternellement palpitant d’un original à jamais disparu." (Paul Fuks - Isaac Bashevis Singer et ses doubles)
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critique par Christw




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