Lecture / Ecriture
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Dans la foule de Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier
  Dans la foule
  Seuls
  Des Hommes
  Apprendre à finir
  Ce que j’appelle oubli
  Autour du monde
  Continuer

Diplômé en arts plastiques, Laurent Mauvignier est un romancier français né en 1967.

Dans la foule - Laurent Mauvignier

Emportée par un récit haletant et poignant
Note :

   Pour bien commencer l'année, j'ai décidé de vous parler d'un magnifique roman qui mérite amplement qu'il ouvre mes lectures de 2007 .
   
   J'avais déjà lu des livres de Laurent Mauvignier, j'avais aimé, sans plus, gênée par son écriture je crois et par des romans qui ne racontaient peut-être pas une vraie histoire à mon sens. Alors je n'étais pas spécialement attirée par "Dans la foule" bien qu'il ait eu le prix du roman Fnac 2006. Mais je me méfie des livres comme des films encensés par tout le monde à l'image d'Amélie Poulain qui m'avait laissé perplexe. Pourquoi tant de louanges autour de ce film... Mais "Dans la foule" était au programme de mon prochain comité de lecture et une amie pouvait me le prêter. Donc je l'ai ouvert, sans grande conviction !
   
   Il est des rencontres auxquelles on ne s'attend pas ! Et qui sont d'autant plus magiques qu'on ne les prévoyait pas. "Dans la foule" en fait partie. J'ai été immédiatement happée par l'ambiance de ce roman fort, consistant, qui ne ressemble à aucun autre, avec une intrigue et en même temps une réflexion sur la vie, sur nos misérables vies, qui ne tiennent qu'à un fil.
   
   "Dans la foule" c'est l'histoire de trois frères qui s'apprêtent à partir, dans la joie et l'euphorie, leurs billets en poche, rejoindre Bruxelles pour assister au match de football du siècle ; c'est l'histoire de Virginie et Gabriel à qui Adrienne a offert des billets pour cette fameuse coupe du monde un vrai miracle,"quand on sait que les billets s'étaient envolés tout de suite, qu'à la radio on mettait en garde contre des faux vendus au marché noir, et des vrais aussi, mais des vrais billets revendus des centaines de fois leur prix. Alors Virginie et moi on était restés bouche bée, sidérés, dans le restaurant chinois où l'on était allés dîner tous les quatre avant d'échouer dans ce bar, quand on s'était retrouvés et qu'Adrienne m'avait tendu le petit paquet jaune orangé, avec le bolduc doré ficelé en croix, sa mèche frisonnante, en disant, c'est de la part de Benoît et moi".
   
   C'est aussi l'histoire de Jeff et Tonino qui leur voleront ces billets après avoir sympathisé avec eux. Enfin, c'est celle de Francesco et Tana, jeune couple d'amoureux, fraîchement marié et qui a choisi comme voyage de noces de se rendre "jusqu'à Amsterdam avec, comme si ça ne suffisait pas, un arrêt à Bruxelles du 28 au 30 mai à l'hôtel Bellevue et deux billets pour la finale de la coupe des coupes, rien que ça, la coupe d'Europe des clubs champions".
   
   Je ne vous en dirai pas plus. J'ai lu ce livre d'une traite. Le match de football n'est qu'un prétexte, qu'un fond pour mieux raconter une magnifique histoire, comme un décor nécessaire, sans quoi rien n'existerait mais qui n'est pas l'essentiel.
    L'écriture est très rapide, presque sans souffle et l'on reste d'ailleurs sans voix devant cette description de la folie et de l'impuissance des hommes broyés par le destin. Tout est bien rendu : l'ambiance festive, l'émotion devant la tragédie collective et les tragédies individuelles et puis la vie qui continue malgré tout même si elle n'est plus tout à fait la même.
   
   Comment parler de ce que si souvent on tait : la brièveté de nos vies, l'amour, le vrai, celui qui vous rend magnifique et heureux à en pleurer, la mort enfin et l'impuissance des hommes.
   
   Laurent Mauvignier a superbement réussi ce roman qui m'a plu jusqu'à la dernière page et pourtant il me semble encore plus difficile de finir un très bon roman.
   
   Merci monsieur Mauvignier.
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critique par Clochette




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Dans la foule, tout peut arriver
Note :

   A Bruxelles, le 28 mai 1985. Geoff et ses deux frères sont partis de Liverpool, leur ville, assister au match de football qui oppose le club de cette ville, (dits les Reds) à la Juventus de Turin.
   
   Geoff aurait préféré rester, il n’aime pas le foot, et n’ignore pas que ses frères, Doug en tête, sont des voyous. Pourtant, il espère depuis toujours, lui le petit dernier, se faire admettre dans la tribu familiale (tout en souhaitant s’en détacher) ; on boit beaucoup, on jette des canettes de bière dans les pneus des voitures, on insulte tout le monde ; puis Geoff se rend compte que ses frères rejoignent un groupe de hooligans.
   
   Jeff et Tonino eux aussi sont à Bruxelles ; ils viennent de Vendée. Étudiants en histoire de l’art, ils sont venus s'offrir quelques jours de détente. Tonino est originaire d’Italie du Nord. Ils font la connaissance d’un couple de jeunes, Gabriel et Virginie. Ceux-ci ont des billets pour le match que Gabriel vient juste de se faire offrir et il s’en vante imprudemment.
   
   Le lendemain, Tonino et Jeff font connaissance d’un couple d’italiens jeunes mariés Francesco et Tana à qui leurs parents ont payé un voyage de noces qui comporte d’assister au fameux match.
   
   Gabriel, furieux, rôde autour du stade pour retrouver Tonino et Jeff, qui ont volé leurs billets la veille.
   
   La catastrophe a lieu : les hooligans et leurs copains (dont Geoff et ses frères) ont prit d’assaut une tribune et provoqué l’effondrement d’un mur et la chute d’un groupe de spectateurs : tombé les uns sur les autres, ils s’écrasent.
   
   Polyphonique, le récit repose sur plusieurs monologues : Geoff le petit frère des hooligans qui a participé aux brutalités, Jeff l’ami de Tonino, et son rival malheureux en amour ; Gabriel qui assiste à la catastrophe de l’extérieur ; Tana, perdue dans la tourmente avec son jeune époux.
   
   Les personnages sont complexes, travaillés par des élans conflictuels.
   
   Le texte est très travaillé, souvent d’une grande beauté, et, le sujet s’y prête, d’une grande violence aussi. Les propos sont très vivants très dialogués, avec de longues plages de réflexion, et soudain l’affolement, et puis la stupéfaction. Fréquents changements de rythmes. Des leitmotivs scandent les récits, témoignant du ressassement des protagonistes, et poétisant le texte. C’est un récit élégiaque, surtout dans la seconde partie. Certains paragraphes s’apparentent au genre de la déploration.
   
   Une belle œuvre.

critique par Jehanne




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