Lecture / Ecriture
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Babylone de Yasmina Reza

Yasmina Reza
  L'aube le soir ou la nuit
  Art
  Le dieu du carnage
  Hammerklavier
  Heureux les heureux
  Babylone

Yasmina Reza est une auteure française de théâtre, romans et scenarios, née en 1959.

Babylone - Yasmina Reza

Qu'advienne quelque chose...
Note :

   Prix Renaudot 2016
   
   
   Dans "Babylone", Yasmina Reza recourt à un dispositif qui ne lui est pas coutumier, le meurtre. Je lis dans une critique qu'il s'agit d'un "polar burlesque teinté de mélancolie", l'expression sied bien au prix Renaudot 2016. Mais "polar", n'exagérons rien, une sexagénaire, la narratrice, organise une fête dans son immeuble, à l'issue de laquelle le voisin sympathique du quatrième vient sonner à la porte dans la nuit, il a tué sa compagne. Il faut prévenir la police mais Jean-Lino espère d'abord transporter le corps de Lydie. La scène devient cocasse et crispante. Trop sans doute pour ne pas être prétexte d'auteur.
   
   Ce récit, aux allures d'une nouvelle étirée, dépasse beaucoup la farce vaudevillesque car Yasmina Reza y apporte la dimension qui tient son œuvre théâtrale et ses romans précédents, cette musique triste de "l'existence livrée aux attaques de l'insignifiance, aux blessures de la solitude, à l'usure du temps" (Jean Birnbaum, Le Monde des Livres). Bien qu'un rire impétueux la couvre, les oreilles sensibles aux amertumes de la dramaturge, convertie en adroite romancière, entendent bien cette grise mélodie.
   
   "Aux rives des fleuves de Babylone, nous nous sommes assis et nous avons pleuré,
   nous souvenant de Sion".
   

   Le vertige du passé est palpé en feuilletant un livre de photos de Robert Franck : "... ce que saisit n’importe quelle photo, un instant pétrifié qui ne se répétera plus, et n’a peut-être même pas eu lieu comme tel".
   
   "Pour supporter la vie sur terre on s’accompagne d’éléments fabuleux. Ce sont eux qui me captivent quand je regarde le monde arrêté des photographies, tous ces détails comme des élégies. Fringues, bricoles, talismans, tous les fragments d’attirail chics ou miteux soutiennent les hommes en silence."

   
   Rire ou pleurer. Rire et pleurer. Une réussite de Yasmina Reza.
    ↓

critique par Christw




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Tiède
Note :

    "Babylone" de Yasmina Reza a été récompensé par le Prix Renaudot 2016. L'auteure de pièces de théâtre savoureuses, comme 'Art', a choisi d'écrire ici un roman. Et pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, elle y conserve le style théâtral et les thèmes qui lui sont chers.
   
    Le lecteur retrouve les portraits de bobo parisiens et de leurs soirées bien arrosées, leurs conversations pseudo intello-bio-politiques et leurs échanges mi-profonds mi-absurdes autour du vide de leur existence finalement banale.
   
    L'héroïne, Elizabeth, a la soixantaine et le blues qui va avec. La jeunesse est partie pour toujours, et l'idée du plus jamais, l'angoisse fort le matin.
   
    Avec son mari elle habite un appartement de banlieue parisienne et décide d'organiser une fête du printemps avec ses amis et collègues et aussi les voisins du dessus.
   
    Un couple un peu atypique, lui Jean-Lino, un homme sensible et gentil, peut-être trop et qui fait tout pour se faire aimer. Mais il a du mal, même auprès du petit-fils de sa femme, qui n'est pas le sien. Même avec son chat avec lequel il déploie beaucoup de patience et d'abnégation.
   
    Son épouse, Lydie est une flamboyante rousse, chanteuse dans des bars de jazz, qui lit à l'occasion dans les lignes de la main et qui est surtout bio à fond.
   
    Voilà une fête de printemps, plutôt réussie dans l'ensemble malgré certaines discordances, certaines réflexions. Et puis au milieu de la nuit, Jean-Lino frappe à la porte de l'appartement d'Elizabeth, il vient d'assassiner sa femme. La nuit va se poursuivre dans le drame et le burlesque comme sait si bien le faire l'auteure.
   
    Autour de thèmes profonds, comme la vieillesse et le temps qui passe, le couple et la mortelle habitude ainsi que les actes irréversibles, Yasmina Reza crée une histoire qui reste malgré tout dans le superficiel.
   
    Les propos sur l'existence, les regrets, même s'ils sont justes restent des propos sans profondeur.
   
    Alors on peut penser que dans une pièce de théâtre, il y aura du tonus dans ces répliques, on est ici dans une lecture, une certaine réflexion. Or ça ne vient pas et on s'ennuie un peu. La deuxième partie du livre, quand le meurtre a été commis aurait pu être la source d'un rebondissement mais non, quant à la fin...
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Une soirée arrosée
Note :

   Juste la soixantaine, Elisabeth Jauze est une personne sérieuse, chargée des brevets à l'Institut Pasteur, fidèle à son mari Pierre au profil insipide. Elle décide d'inviter chez elle des amis, des relations, et le couple Manoscrivi, les voisins du dessus, pour une "fête de printemps" après quoi un grand dérapage se produit dans sa vie et l'entraîne. Or, elle, la narratrice, n'est pourtant pas du genre à tout gober dans l'air du temps et à suivre, passive, le cours des choses ni à se laisser entraîner dans n'importe quoi.
   
   C'est ainsi qu'elle se moque des formules creuses, des "concepts creux" qui ont envahi notre langage, par exemple "devoir de mémoire", "travail de deuil", ou encore "créer du lien" — ces trucs de bobos qui ne veulent rien dire selon elle. Ainsi, un brin d'esprit critique ne lui déplait pas. Jean-Lino le voisin du dessus et surtout son épouse Lydie sont justement dans cette ligne non-conformiste : Jean-Lino qui parle en italien avec son chat Eduardo, l'a emmenée découvrir l'univers des courses hippiques, Lydie l'a invitée avec Pierre au cabaret où elle chante en plus de son travail de thérapeute new age... Bref un couple qu'on ne peut pas confondre avec celui de la narratrice. Mais le sérieux d'Elisabeth est peut-être un vernis qui ne demande qu'à se fissurer et craquer.
   
   Après une soirée arrosée ironiquement racontée, avec juste un incident entre les Manoscrivi à propos de poulet biologique ou pas, mais pleine de dialogues savoureux qui montrent le savoir-faire de Yasmina Reza en matière théâtrale, le départ des invités aurait pu laisser la place au train-train quotidien. Or ce qu'il advient d'Elisabeth quand en pleine nuit Jean-Lino revient leur dire qu'il a assassiné Lydie n'a plus rien à voir avoir l'attitude qu'on est en mesure d'attendre d'une juriste comme elle ! Le roman tourne au polar à suspense et le lecteur ne s'ennuiera pas une seconde. Et le lendemain, Elisabeth ne se sentira plus coupable de rien... Quelques jours plus tard, le lecteur aura probablement presque tout oublié, sauf cette histoire de poulet bio et de grosse valise rouge.
   
   Roman superficiel alors ? L'écriture de l'auteure paraît le laisser croire car tout se déroule simplement ce qui nous piège en quelque sorte. Jean-Lino, par qui le drame est arrivé, est en fait un personnage perturbé. Son origine juive italienne a été perdue de vue et déjà son père ne se remémorait plus grand chose de sa culture ancestrale sinon ce verset des Psaumes : "Sur le bord des fleuves de Babylone, nous étions assis, et nous pleurions en nous souvenant de Sion…" Ses relations avec le fils de Lydie sont plus difficiles qu'avec son chat Eduardo. Elisabeth est peu sensible face à la mort de sa mère comme à celle de Lydie ; c'est ainsi que l'expression "travail de deuil" ne lui paraît pas faire sens. De l'art en somme d'évoquer des questions graves en faisant mine de rester dans la légèreté.

critique par Mapero




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