Lecture / Ecriture
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Post-scriptum de Alain Claude Sulzer

Alain Claude Sulzer
  Post-scriptum
  Un garçon parfait

Alain Claude Sulzer est un écrivain suisse alémanique né en 1953.

Post-scriptum - Alain Claude Sulzer

279 pages et une très belle découverte !
Note :

   1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.
   
   Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.
   
   Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint là le panel des sentiments et des émotions : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.
   
   A travers ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte !
   
   "Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire. "

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critique par Clara et les mots




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Un roman comme on n’en fait plus
Note :

   L’univers romanesque de l‘écrivain suisse Alain Claude Sulzer est bien caractérisé et spécifique. C’est celui d’un temps suspendu (ici celui de l’entre deux guerres mondiales) dans lequel tentent de surnager des personnages plus ou moins en perdition, toujours en proie aux doutes, en décalage entre les apparences qu’ils donnent d’eux-mêmes et ce qu’ils sont en réalité.
   
   Lire un roman de Sulzer fait immanquablement penser aux trames et fresques brossées avant lui par Thomas Mann ou bien encore Stefan Zweig parce que les personnages qui s’agitent (de façon très relative car il s’agit de rester policé) sont éminemment représentatifs d’une Mitteleuropa désormais balayée par la furie de l’Histoire.
   
   Dans le dernier ouvrage de Sulzer, deux hommes se font principalement face. D’un côté Kupfer, une star du cinéma muet allemand venu se reposer en villégiature hivernale dans le palace du Waldhaus à Sils-Maria en Suisse. Adulé des foules, la quarantaine venue, il est en proie aux doutes liés à l’inquiétante montée du parti fasciste d’Hitler et de sa clique qui s’en prennent sans vergogne à ce qui fait l’essence de ce qu’est vraiment Kupfer : un Juif et un homosexuel. De l’autre, un anonyme, Walter, responsable du bureau de poste de la petite ville, homosexuel discret et effacé, admirateur transi de Kupfer.
   
   Entre les deux se tissera une brève relation par l’entremise involontaire de la veuve un brin excentrique d’un riche homme d‘affaires allemand. Pour Walter, ce sera l’histoire de sa vie qui lui donnera l’allant de se projeter tout autrement. Pour Kupfer, une aventure sans conséquence mais dessinant une étape décisive pour la suite de sa vie marquée par une séparation douloureuse avec son amant véritable devenu un suppôt du parti nazi et la fuite vers une Amérique où son nom et sa carrière n’ont jamais existé.
   
   A distance de ces brefs moments d’insouciance et de vie luxueuse, nous suivrons la vie de ces deux hommes si différents et appelés malgré tout à se recroiser un jour tout en feignant de s’ignorer, conventions sociales et bienséance obligent, alors que les cœurs et les âmes chavirent pour des raisons différentes et que nous finirons par comprendre.
   
   Un roman comme on n’en fait plus, au charme suranné.

critique par Cetalir




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