Lecture / Ecriture
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La couleur des ombres de Colm Toibin

Colm Toibin
  La bruyère incendiée
  Brooklyn
  Le bateau-phare de Blackwater
  L'épaisseur des âmes
  Désormais notre exil
  Bad Blood
  Le Maître
  Le testament de Marie
  La couleur des ombres
  Nora Webster

Colm Tóibín est un écrivain irlandais né en 1955.

La couleur des ombres - Colm Toibin

Ballade exi(r)landaise
Note :

   La couleur des ombres – Colm Toibin et retour aux lettres irlandaises dont je ne m'éloigne jamais très longtemps. Colm Toibin, la soixantaine, est l'un des plus connus parmi les contemporains d'Erin. Je l'ai beaucoup lu, romans et nouvelles confondus. Je suis très porté sur les nouvelles, difficiles à chroniquer toutefois. Le recueil "La couleur des ombres" m'a semblé moins riche que "L'épaisseur des âmes". Voire "Mères et fils". Au passage qu'on m'explique pourquoi le titre original est celui de la nouvelle "La famille vide" alors qu'en France on a choisi la nouvelle "La couleur des ombres". Neuf textes donc dans ce livre mais où je n'ai pas retrouvé l'émotion du précédent recueil. Loin de là.
   
   S'il est souvent question de départ, de retour, de transit, de deuil dans ces textes, Colm Toibin explore aussi beaucoup les liens familiaux, notamment entre fils et mère. Les deux premières nouvelles sont très belles. Un moins un raconte un courrier d'un homme à un ancien amant, courrier où il revient sur la mort de sa mère, et comment il a ressenti ce voyage in extremis de New York à Dublin."Il était trop tard désormais pour expliquer quoi que ce soit. Nous avions épuisé notre réserve de temps". Dans "Silence" l'auteur met en scène, autour de la poésie, le secret de Lady Gregory, d’après une histoire rapportée par l'écrivain Henry James, l'un des auteurs favoris de Toibin auquel il a d'ailleurs consacré "Le Maître". Bien des points leur sont communs.
   
   Colm Toibin qui a vécu longtemps en Espagne consacre trois nouvelles à ce qui reste comme son pays de cœur. La première, nommé "Barcelone 75", ne m'a pas intéressé, entièrement vouée aux vingt ans de l'auteur dans cette ville et à ses aventures homosexuelles (Toibin est un militant) sur fond de mort du Caudillo, une sorte d'Almodovar mais sans ses magnifiques portraits de femmes. "La nouvelle Espagne", plus sensible, c'est le retour à Minorque, après la mort de Franco, d'une jeune Espagnole après un exil londonien. Avec son lot de déceptions. Colm Toibin marque parfois un peu fort son territoire social et culturel mais cette nouvelle est forte, on ne revient jamais tout à fait de son exil. "La rue" conjugue immigration et homosexualité et le relatif anticonformisme de Toibin pâlit un peu.
   
   Mais les choses s'arrangent avec la nouvelle-titre "La couleur des ombres". Tante Josie est une vieille dame en fin de vie. Paul son neveu s'en occupe le mieux possible, plus proche d'elle que de l'"autre", sa propre mère, sœur de Josie à qui il jure qu'il ne la reverra pas. Bouleversant, on ne saura pas vraiment pourquoi Paul a rejeté sa mère, l'alcoolisme, ou est-ce l'inverse. Une nouvelle, j'aime bien qu'elle reste posée là, sans réponse à tout. Colm Toibin, là, est magnifique, et tellement plus intéressant. Vous le savez, les militants m'emmerdent vite. Je préfère de loin les silences familiaux.
   
   Attention l'Irlandais Colm Toibin n'est pas un grand irlandophile. "Je ne crois pas à l’Irlande. Pourtant, il arrive que l’Irlande vienne à moi" lance le narrateur de "Un moins Un". Toibin parle surtout de Toibin. Un sujet qu'il connait bien. Et parfois l'Irlande le reprend dans sa main et le meurtrit sans ménagement. Je crois qu'il n'arrivera pas à détester ça.

critique par Eeguab




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