Lecture / Ecriture
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Les souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe

Johann Wolfgang von Goethe
  Les Affinités électives
  Les souffrances du jeune Werther

Johann Wolfgang von Goethe, né le 28 août 1749 à Francfort et mort le 22 mars 1832 à Weimar, est un poète, romancier, dramaturge, théoricien de l'art et homme d'État allemand, fortement intéressé par les sciences, notamment l'optique, la géologie et la botanique.
(Wikipedia)

Les souffrances du jeune Werther - Johann Wolfgang von Goethe

Chagrin d’amour impossible
Note :

   Parfois il est bon de tout oublier.
   Effacer de notre mémoire tout élément parasite extérieur. Se concentrer sur le texte, rien que le texte.
   
   Je mets un point d’honneur à ne jamais me laisser spoiler par une quatrième de couverture vantant un peu trop les mérites d’une histoire. Un bon roman n’a pas besoin de publicité. De même, les préfaces ne doivent être considérées que comme des explications de texte et, de ce fait, lues après le roman.
   
   Dans l’occurrence qui nous occupe, comme dans généralement le cas de tout auteur mort et enterré ayant un tant soit peu de renommé, on se doit d’écarter les pages "dossier" qui constituent souvent plus que l’œuvre elle-même, sacrifier consciencieusement les diverses préfaces et ne se laisser distraire par les notes de bas de pages que lorsqu’elles se contentent de préciser un terme, une situation et non fournir un commentaire de texte appuyé. Plus difficile, il est également recommandé d’oublier les vagues souvenirs de lycée que le temps, grand mérite lui fasse, s’est bien souvent chargé de diluer en fines molécules s’évaporant au travers d’une mémoire poreuse.
   Bien. Nous pouvons commencer.
   
   Goethe a cette réputation de n’être pas tout à fait ce que j’appellerais un rigolo de la première heure, désopilant au fil des pages et à se tordre entre les lignes. Il faut de tout pour faire un monde. Même la gaieté peut être ennuyeuse.
   
   Bref, en ouvrant un tel bouquin on sait d’emblée que ça finira mal. Pendaison, duel qui tourne mal, coup de feu fatal, noyade, que sais-je? Déchéance physique et décrépitude de l’âme.
   
   Pourtant ça commençait bien. Le jeune Werther découvre la vie simple et rustique d’un séjour à la montagne. On est fin XVIIIème et le romantisme bat son plein outre Rhin. Werther se réjouit de promenades dans les parcs et de quête de nature, il se régale d’un contact direct avec les éléments, le vent giflant son visage, le soleil réchauffant sa peau, il exulte. Le paradis terrestre enfin retrouvé. Les références religieuses ne manquent pas tout au long du roman qui est construit comme une succession de lettres à un ami très cher. Une sorte de journal. Mais l’exergue ne nous trompe pas : cette correspondance nous est livrée par un tiers, à la façon d’un enquêteur qui nous dévoilerait des pièces à conviction. Lorsque le courrier stoppera, cette voix reviendra prendre le relais afin d’en combler les carences.
   
   Werther a tôt fait de rencontrer une jeune paysanne qui le charme par sa simplicité mais c’est une certaine Charlotte qui le trouble, l’émeut et bientôt le bouleverse et l’entraine malgré elle dans la spirale infernale de l’amour non partagé. Aurait-il dû jeter son dévolu sur la paysanne? Le combat entre culture et nature, cher aux romantiques, se déploie dans les ressentiments de Werther contre l’âme humaine, trafiquée, qui corrompt du coup l’environnement. Au fil des lettres, le paysage devient plus sombre. Du jardin de l’Eden, on passe progressivement aux bas-fonds de l’enfer. Tout ceci se déroule dans la tête du pauvre Werther, que l’innocente Charlotte a le malheur de prendre pour ami. Amour et amitié ne font jamais bon ménage, du moins lorsque l’un pense et agit amoureusement et l’autre amicalement. Relation bancale. D’autant que la pure Charlotte est promise à un homme responsable. Werther fait office de jeune garçon, trop idéaliste, qui ne connait pas la vie, n’a aucune expérience et ne se maitrise pas. Globalement, Werther additionne son amour non partagé et son refus du monde tel qu’il est.
   
   Des générations de profs de littérature ont disséqué l’œuvre de Goethe, lui ôtant finalement tout son suc.
   
   J’avoue ne pas avoir été emballé par cette histoire trop souvent lue, et quelquefois même vécue.
   En fait, "les Souffrances du jeune Werther" pâtissent d’avoir été lues trop tard, venant après toutes les imitations, toutes les répliques, les copies, parfois les plagiats qui ont émaillé les années, les siècles. En découvrant ce roman aujourd’hui, j’ai mis la charrue avant les bœufs. Enfin, l’inverse, vous m’avez compris.
   
   Reste tout de même les réflexions sur la société exposées par le jeune Werther, qui sont parfois en contradiction et préfigurent les classiques du XX° (l’attrape cœur, ne tirez pas sur l’oiseau moqueur). Un texte fondateur donc. Une histoire ordinaire devenue un classique.
    ↓

critique par Walter Hartright




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Le suicide comme aboutissement romantique
Note :

   Edition La Pléiade
   
   En ce temps-là, 1954 donc, les volumes de la Pléiade n'avaient pas encore l'épaisseur - ni le prix - de ceux d'aujourd'hui. Il s'agissait avant tout de rassembler des textes et l'appareil critique, devenu le principal argument de la collection, n'avait pas autant d'importance. Ici, Groethuysen se contente de trois pages de présentation et de quatre pages de notes, ce qui est quand même un peu léger : il ne donne même pas le titre original et n'indique pas si la version qu'il propose est la traduction de la version de 1774 ou de celle, remaniée, de 1782. Qu'importe, il n'est pas nécessaire de suivre de longues gloses pour comprendre que Goethe a vécu l'amour qu'il prête ici à Werther et que le seul élément importé est la fin tragique de son personnage. La sincérité, la justesse de la description du sentiment amoureux qui avait fait tant de ravages parmi les jeunes lecteurs de l'époque n'ont pas vieilli :
   "Je la quittai en lui demandant la permission de la revoir le jour même; elle y consentit, et je l'ai revue. Depuis ce temps, soleil, lune, étoiles, peuvent s'arranger à leur fantaisie; je ne sais plus quand il est jour, quand il est nuit : l'univers autour de moi a disparu."

   Souvenons-nous : c'est tout à fait ça.
    Achevé en quatre semaines, Werther témoigne cependant d'une maîtrise remarquable dans la construction : une série de lettres que Werther adresse à son ami Wilhelm, puis celui-ci prend la parole pour conter la fin tragique de l'amoureux, récit entrecoupé par des passages de la dernière lettre écrite par Werther à Charlotte. Le seul passage qui a pris la poussière n'est d'ailleurs pas de Goethe, ce sont les chants d'Ossian dont l'auteur propose des extraits traduits par Werther et dont on a peine à concevoir l'engouement qu'ils suscitaient à l'époque.

critique par P.Didion




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