Lecture / Ecriture
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Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur de Thomas H. Cook

Thomas H. Cook
  Les rues de feu
  Les Feuilles mortes
  Mémoire assassine
  La Preuve de sang
  Les leçons du mal
  Les liens du sang
  Au lieu-dit Noir-Étang…
  L'Etrange destin de Katherine Carr
  Le dernier message de Sandrine Madison
  Le crime de Julian Wells
  Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur

Thomas H. Cook est un écrivain américain né en 1947.

Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur - Thomas H. Cook

La force des premières amours
Note :

   Il faut l’avouer, contrairement au titre "au lieu-dit Noir- l’Etang", la magie n’a pas opéré dès le début de la lecture. Quelques banalités, des phrases riches un peu longues… Et puis le mécanisme s’enclenche et l’on entre dans le tableau.
   
   Une petite ville d’Alabama, 1962, une jeune fille du Nord emménage, une yankee ; c’est la nouvelle du lycée, qui ne rentre pas dans les standards de beauté ; cependant, elle fascine : elle n’a pas de père, elle écrit de la poésie… Le narrateur, réservé de nature, fait partie des garçons qui se sentent attirés par elle. A défaut de lui déclarer sa flamme, il devient son meilleur ami.
   
   Au travers de son témoignage au présent, il se souvient de leur jeunesse et des évènements qui se déroulèrent avant le drame. Des flash-back, tels des touches pointillistes, croisés avec ce que sont devenus les protagonistes, amènent crescendo le lecteur à tenter de comprendre ce qui s’est passé. Le narrateur sème des indices, de multiples pistes. Il se tait depuis tant d’années, tourmenté, il accepte enfin de lever le voile, trente ans après.
   
   Il y est question de la force des premières amours, des mœurs qui agissent comme un carcan, d’espoirs à jamais piétinés, de la violence sourde et ressentie d’autant plus injustement qu’elle fauche de jeunes existences, d’un chagrin qui ne guérit pas. Et comme souvent avec cet auteur, un lieu géographique devient quasiment un personnage du roman. Sur les hauteurs du mont Crève-Cœur planent une légende et un contexte historique lié à l’esclavagisme, et jouent un rôle dans l’histoire.
   
   Dans le dernier tiers du roman, l’intensité du récit ne cesse de croître et jusqu’aux dernières pages, le lecteur est tenu en haleine. Alors on refait l’histoire à l’envers, le temps d’assimiler les dernières révélations…
   
   L’auteur a toujours ce grand talent pour nous restituer un contexte, partager une atmosphère, nous faire rencontrer des personnages vibrants.
   
   "c’était une société où l’on ne se fiait aux gens que s’ils étaient en tous points identiques à soi."
Et celui qui est capable de violence n’est pas forcément le marginal… Le conformisme dresse des barrières, fait porter des œillères. Et j’ajouterai "l’entre soi" : j’ai ressenti le fait que cette communauté provinciale est plus victime ou coupable de son manque de culture, d’horizon. L’auteur nous le donne à ressentir, nous immerge dans cette société plus qu’il ne dénonce. C’est là, toute sa subtilité.
   
   Et la luminosité de la jeune fille dont on entend en parallèle grincer les rouages du destin nous touche profondément. La maîtrise littéraire du passé et du présent qui se répondent l’un l’autre, instille l’irrémédiable et donne toute son intensité, son émotion à la lecture.
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critique par Nathalire




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Thomas H Cook n'est pas un auteur de polars
Note :

   J’ai très peu lu de polars cet été, exceptés ces deux romans qui ne sont pas pour moi à ranger dans cette catégorie malgré l’obstination de l’éditeur à les classer ainsi.
   
   Ma première découverte de Thomas H Cook remonte aux débuts de mon blog avec un roman qui se déroule au temps de la lutte pour les droits civils aux USA ("Les rues de feu"). Un excellent récit qui pointe bien le rôle très trouble que la police jouait alors.
   
   Depuis j’avais abandonné cet auteur mais grâce à Christw je m’y suis intéressée de nouveau.
   
   Attention un petit bémol, ne lisez pas ces deux romans à la suite car les modalités du récit qui font la particularité de l’auteur se retrouvent d’un livre à l’autre, cela ne m’a pas gênée, j’ai même été heureuse de retrouver son style, sa manière de raconter mais mieux vaut étaler un peu la lecture.
   
   Pour les deux romans Thomas H Cook fait parler un protagoniste, on connait dès le début la victime et même peut être le coupable.
   
   Alors me direz-vous comment l’auteur parvient-il à tenir son lecteur en haleine ? Par un art très subtil de la narration, ses retours en arrière ne sont pas de simples flash back mais s’inscrivent totalement dans le récit au point de nous faire oublier si nous sommes aujourd’hui ou hier.
   
   Il distille savamment les informations sur les différents protagonistes, ceux qui touchent de près la victime ou le narrateur, ceux dont on a envie immédiatement de se méfier, ceux qui éveillent la sympathie ou la colère.
   
   Thomas H Cook sait aussi avec art faire le tableau d’une société, une petite ville d’Alabama ou de Nouvelle Angleterre.
   
   Tous les personnages sont passés au crible, les boutiques et les lieux chauds, le lycée qui est sur le devant de la scène dans les deux cas.
   
   Le lecteur se laisse prendre par la main pour creuser le secret qu’il devine, attendant à tout moment à voir s’écrouler ses certitudes.
   
   Il est toujours question avec Thomas H Cook de personnages en marge, de ceux qui viennent rompre le prêt-à-penser que ce soit sur l’amour, sur les droits des noirs, sur les rapports parents-enfants.
   
   Son habileté est époustouflante et une fois entamé il n’est pas question de poser le livre.
   Je vous invite à découvrir la vie provinciale qui peut avoir des accents bien noirs.
   
   Je vous sens frustrés alors j’ajoute quelques détails :
   Dans l’un l’arrivée d’un nouveau professeur Mrs Channing va faire basculer la communauté de la petite ville de Chatham en Nouvelle Angleterre, dans l’autre c’est Kelli jeune fille brillante et prometteuse qui va agiter la ville de Choctaw en Alabama, deux femmes qui se refusent à suivre les chemins tracés. Les deux romans se déroulent dans les années soixante.

critique par Dominique




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