Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Fin de l'histoire de François Begaudeau

François Begaudeau
  Entre les murs
  Le moindre mal
  B comme: Mâle occidental contemporain
  Antimanuel de littérature
  Molécules
  Au début
  Fin de l'histoire
  La blessure la vraie

François Bégaudeau est un écrivain, critique littéraire et scénariste français, né en 1971.

Fin de l'histoire - François Begaudeau

La vie, c'est parler
Note :

   Florence Aubenas est revenue, libérée après cinq mois de captivité. Elle donne une conférence de presse. Elle est là pour répondre aux attentes des journalistes, avides de détails croustillants, de révélations ; elle est là pour donner des faits en pâture... mais ce n'est pas réellement ce qu'il va se passer. En 45 minutes et 14 secondes de récit, Florence Aubenas va incarner, avec humour, une femme... dans l'Histoire, une femme qui ne souhaite pas rentrer dans la légende... et François Bégaudeau est là, attentif aux sens cachés, aux sous-entendus, à ce qui peut-être compris et incompris, à ce qui est tu.
   
   Mon avis ? J'ai lu ce titre, loin de la polémique qu'il a suscitée, loin de l'indécence que l'on peut trouver dans ses lignes... J'ai lu ce titre comme si le temps avait fait son œuvre, et l'oubli aussi... Et j'ai aimé le lire.
   
   Bien entendu, je me suis demandé en le parcourant, si Florence Aubenas était en accord avec le fait que l'on parle d'elle, aussi intimement. Apparemment, une décharge a été signée... Apparemment, elle n'a pas lu ce roman. Et là n'est sans doute pas l'important, en somme, et autant le comprendre, pour apprécier le fond de cette fin d'histoire.
   
   François Bégaudeau y est égal à lui-même, à ce qui fait son charme, à ce qui provoque l'agacement aussi. Sur le même ton sur lequel il rédige, dans Muze, sa rubrique "Accroc à mon héroïne" il nous dresse ici le portrait de Florence Aubenas. Il s'appuie sur son discours, et en profite pour parler des femmes, de sa vie, avec des mécanismes d'écriture reconnaissables, par moment un brin macho, mais pour moi assez attrayants. En bref, j'ai aimé ce jeu d'écriture, sorti à mon avis trop tôt après la libération de l'ex-otage...
   
   Un extrait...
   "Donc c'que je vous propose, la façon d'faire qui me paraît la plus simple...je suis désolée j'ai la voix cassée, parce que j'ai pas parlé pendant cinq mois, là j'ai repris mon niveau normal, c'est-à-dire pour ceux qui me connaissent parler tout le temps rires donc du coup les cordes vocales se remettent en service Pendant cinq mois c'est pas sa famille qui lui a manqué, pas les Vins divins de son pays, ni ses livres si elle lit, ni ses enfants si elle en a, ni les crèmes hydratantes de sa salle de bains si elle habite quelque part. C'est parler. Là on lui offre une plage de quarante-cinq minutes, quarante-cinq minutes de talk show prononcez à l'américaine, trop beau pour être vrai, elle s'en lèche les babines avec sa langue bien pendue, la vie c'est parler ou alors c'est pas la peine, pour le silence on a toute la mort devant soi Donc c'que je vous propose... si vous n'en n'êtes pas d'accord poussez un hurlement, j'vous fais confiance... c'est de vous faire un récit un peu chronologique des choses"

critique par Antigone




* * *