Lecture / Ecriture
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Numéro 11 de Jonathan Coe

Jonathan Coe
  La maison du sommeil
  Bienvenue au club
  La Femme de Hasard
  Le cercle fermé
  Les Nains de la Mort
  Testament à l’anglaise
  La pluie, avant qu'elle tombe
  La vie très privée de Mr Sim
  Dès 11 ans: Le miroir brisé
  Expo 58
  Désaccords imparfaits
  Une touche d’amour
  Numéro 11

Jonathan Coe est un écrivain britannique, né en 1961.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1998 pour "La Maison du sommeil".

Numéro 11 - Jonathan Coe

Après Testament à l'anglaise
Note :

   Une lecture fort plaisante et tout à fait captivante avec ce dernier Jonathan Coe. Un très bon roman, qui parle bien de notre temps et dans un sens, si on savait bien le lire, nous en dit tout.
   
   Nous allons suivre pendant environ une quinzaine d'années Rachel et Alison, deux petites anglaises (une noire, une blanche), les meilleures amies du monde, qui vont témoigner d'une société britannique qui se désagrège. Jonathan Coe ne va pas le faire de façon démonstrative, mais par la penture de multiples scènes, anecdotes et péripéties des existences de ces deux filles, de leurs mères, de leurs proches, qui sont criantes de vie et qui toutes, nous rappellent des choses que nous avons vues de ce coté-ci de la Manche...
   
   Les grands-parents de Rachel, ont beau être conservateurs et un peu racistes, ils n'en ont pas moins gardé un fond de "braves gens" qui ne s’accommode pas des magouilles gouvernementales quand un couac de la mise en scène révèle le dessous honteux des cartes. De scandale en scandale, ils perdent toutes leurs illusions sur ceux entre les mains desquels ils avaient mis leurs espoirs et placé les rênes du pouvoir."Plus personne ne pouvait faire semblant de croire que nous étions gouvernés par des gens honorables." Cela ne vous fait penser à rien ?
   
   La grand-mère, puis le grand-père traversent de graves problèmes de santé au fil des ans et ne tardent pas à s'apercevoir que la santé, voire la vie, ont un prix et que tout le monde ne peut pas l'acquitter. Cela ne vous fait penser à rien ?
   
   La mère d'Alison musicienne et chanteuse, a été l'idole d'un seul tube il y a des années de cela et maintenant, la vie est dure pour elle qui vivote d'un emploi de bibliothécaire dont les restrictions budgétaire successives réduisent les heures et donc, le salaire. Elle rêve bien sûr toujours de revenir sur le devant de la scène mais est seule à y croire. Et puis un jour, on lui propose une place dans une "téléréalité" de jeu de survie dans la "jungle" mais qui pour l'ambiance faisandée a des relents de ce qu'on a vu en France avec les derniers "La Ferme célébrités". C'est poignant, et les montages assassins livrent in fine au public une version totalement fausse. Le sadisme des épreuves a pour seule limite de ne pas tomber sous le coup de la loi et les foules décérébrées des réseaux sociaux aiguillonnées par les séquences truquées se déchainent d'une façon absolument abominable et inhumaine. Si cela ne vous fait penser à rien, inscrivez-vous sur les réseaux sociaux.
   
   Pour les jeunes, les études sont difficiles à payer et les petits boulots harassants et peu rémunérateurs, à la fois désirés et haïs...
   
   J. Coe nous fait vivre un moment dans ces mondes. Il nous montrera aussi celui de ceux qui toujours plus riches, jamais rassasiés deviennent fous de l'absence de limites de leur pouvoir, de l'incroyable capacité qu'ils ont de réaliser leurs désirs toujours plus énormes, sans atteindre ni leurs limites, ni, en fait, la plénitude. Et toujours inassouvis, quelque soit le gigantisme de leur fortune, ils continuent à être prêts à sacrifier tout le monde (et Le monde) pour l'accroitre encore !
   
   Bref, un monde réellement fou, qui court vers l’implosion, une humanité qui devrait avoir honte d'elle et cependant, pas un roman moraliste ou triste, mais au contraire des aventures captivantes et poignantes, un tas de personnages qu'on croise plus ou moins longtemps, mais qui ont une incroyable réalité (bravo M. Coe) dans un décor qui apparaît en transparence et qui est bien comme cela, hélas.
   
   Le fil fantastique levé au début du roman, avec le mystérieux jeu de cartes à l'araignée, se faufile tout au long du roman jusqu'aux toutes dernières pages, parfumant une peinture en réalité épouvantablement réaliste, d'un halo trompeur de terreurs primaires.
   
   Nous retrouvons ces bons vieux Winshaw, et il est fait plusieurs fois au long du roman, allusion à un certain roman qui raconterait la vie de cette famille influente... Ne vous inquiétez cependant pas si vous n'avez pas lu "Testament à l’anglaise "ou si vous l'avez bien oublié, cela ne vous empêchera pas de bien profiter de celui-là.
   
   
   PS: 11 comme plein de choses et entre autres, 11 Downing Street et 11ème roman de l'auteur...
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critique par Sibylline




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445 pages et (encore) un avis mitigé
Note :

   Rachel et Alison sont deux amies âgées de dix ans un peu avant les années 2000. Tout commence par des vacances chez les grands-parents de Rachel dans la campagne anglaise où certains s’indignent de la venue d’étrangers non désirables. Puis changement de décor quelques années plus tard avec Val, la mère d’Alison, qui a connu une gloire éphémère plus jeune avec une chanson dans une émission célèbre. Bibliothécaire, ses heures de travail sont réduites et les fins de mois souvent difficiles. Mais elle est subitement appelée par son agent pour une émission de télé-réalité pour remplacer un candidat qui s’est désisté au dernier moment. Elle pense qu’enfin la roue tourne. Sauf qu'il s'agit d'une sorte de Koh-Lanta qui se déroule en Australie avec des vedettes célèbres et où la pauvre Val endure le pire. L’émission diffusée est un montage, plus dur sera le retour.
   Dans les trois autres parties, on découvre le monde des classes des plus riches. Rachel travaille pour l’une de ses familles les Gunn en donnant des cours particuliers aux enfants. Le couple possède plusieurs maisons dont une à Londres. Spacieuse mais encore trop petite, ils ont décidé de l’agrandir en y ajoutant onze étages souterrains.
   
   "Numéro 11" a pour sous-titre "Quelques contes sur la folie ordinaire". Et c’est bien de le savoir avant de l’entamer car ce livre peut désarçonner par sa construction en cinq parties où chaque nouvelle partie donne l’impression de pas être connectée aux autres. Et pourtant elles le sont bel et bien avec des changements de registre. Car il y a beaucoup de sujets abordés (l'accès aux soins, la presse, les vieux films, le système des Universités) avec des personnages pas forcément permanents. Seules Rachel et Alison sont présentes du début à la fin.
   
   Politique, économie mais aussi télé-réalité, Jonathan Coe fustige et dénonce avec acidité les travers de la société britannique de ces dernières années en montrant comment les écarts se creusent de plus en plus. La démesure, les envies extravagantes de la population la plus riche qui vit dans sa bulle est décrite avec froideur. Il flotte un parfum d'amertume, de mélancolie et de désenchantement dans ce livre.
   
   Cette suite de "Testament à l'anglaise" a été une lecture en montagnes russes (car hélas de l'ennui s’est fait sentir) malgré une dernière partie plus intéressante où le fantastique s’intègre parfaitement bien mais où la fin m'a laissée sur ma faim.
   
   "Faustina et Jules était originaire de Majuro, la plus vaste des îles Marshall, poignée d'atolls coralliens au nord de l'équateur dans le Pacifique. Ils travaillaient pour les Gunn depuis un peu moins de deux ans.
   Ils étaient réservés, gentils et ne se plaignaient jamais. Si le style de vie de Sir Gilbert, Madiana et leur famille leur semblait insolite, ils n'en disaient rien. Il s'acquittaient de leurs charges respectives avec un soin exemplaire. Faustina veillait à ce que les jumelles soient propres et agréables à regarder en toutes circonstances mais aussi qu'elle se restaurent à intervalles réguliers. Pendant ce temps, Jules remplissait la même fonction auprès des voitures."

critique par Clara et les mots




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