Lecture / Ecriture
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La tête de l'Anglaise de Pierre d'Odvidio

Pierre d'Odvidio
  La tête de l'Anglaise
  Etrange sabotage

La tête de l'Anglaise - Pierre d'Odvidio

Violence intériorisée
Note :

   Joël, fermier bourru et taiseux est accusé d'un meurtre. Mais avant cela, Joël est le fils d'un sous-officier pendant la guerre d'Algérie, violent, une brute qui ne croit qu'aux coups et aux brimades pour dresser -et non pas élever- ses enfants, et pourquoi pas sa femme également. Très tôt confronté à ce père, Joël devient taciturne, solitaire et craintif. L'âge n'aidera pas à son intégration dans son village, se renfermant sur lui et sa ferme, malgré quelques tentatives pour se faire des relations, notamment un mariage assez vite fini. Lorsque le meurtre est avéré, c'est assez facilement que les soupçons pèsent sur lui.
   
   Élevé par un père adepte de la violence et du dressage, Joël est un enfant triste :
   "Un garçon taciturne, avait diagnostiqué sa maîtresse dès la première année de sa scolarité. "On ne l'entend pas beaucoup, votre garçon, Josiane. Il est comme ça à la maison ?" "Affirmatif" aurait dit Alphonse. Josiane s'était contentée d'un "oui" étranglé, à peine audible. L'institutrice avait soupiré. Fin de l'entretien. Elle avait eu tort de rapporter l'avis de l'institutrice à son mari : le gamin s'était fait engueuler. Déjà qu'on ne l'entendait pas beaucoup, maintenant, il ne parlait que pour répondre aux questions directes. Un taiseux." (p.18/19)
   

   La suite n'est guère mieux et Joël subira toute son enfance cette violence tant physique que psychologique. Il n'est finalement guère surprenant de le retrouver quelques années plus tard au rayon des faits divers... Mais qu'on ne s'y trompe pas, le roman de Pierre d'Ovidio est bien plus fin que cette relation de cause à effets basique. Par une construction étonnante, absolument pas linéaire qui suit plutôt les méandres de la pensée qu'un rapport de police ou qu'un article de journaliste, le romancier excelle à brouiller les pistes. Il passe d'une période à une autre très rapidement et habilement, parfois dans le même paragraphe ; curieusement, le lecteur n'est pas dérouté, chaque fois, il s'y retrouve. Et pourtant, en plus de cela, Pierre d'Ovidio procède par allusions pour évoquer un événement pas encore connu, qu'il expliquera quelques pages plus loin, ce qui pourrait perdre un peu plus le lecteur. Que nenni, jamais je ne me suis senti largué, au contraire, cette construction puzzlesque maintient le lecteur en éveil jusqu'à ce que toutes les pièces lui soient données, elle augmente le suspense et tient en haleine jusqu'au bout du livre, tout au bout...
   
   L'écriture ajoute également à la tension, nerveuse, rapide, parfois très oralisée. C'est rural poisseux, ça colle aux basques comme la boue aux bottes de Joël. L'histoire se déroule au fin fond de la France, elle pourrait être transposée au cœur des États-Unis, dans un état rural et ça en ferait un roman noir américain excellent, sans doute remarqué, car remarquable. Du made in France à ne pas rater, de la belle ouvrage, des personnages qui marquent et restent en mémoire.

critique par Yv




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