Lecture / Ecriture
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Le Chant de la Tamassee de Ron Rash

Ron Rash
  Un pied au paradis
  Serena
  Le monde à l'endroit
  Une terre d'ombre
  Incandescences
  Le Chant de la Tamassee
  Par le vent pleuré

Ron Rash est un auteur américain de poèmes, de nouvelles et de romans né en 1953.

Le Chant de la Tamassee - Ron Rash

Sentiments mêlés
Note :

   Titre original : "Saints in the River"
   
   Le prologue relate la noyade de Ruth Kowalsky, une fillette de 12 ans, qui s’est imprudemment avancée dans l’eau de cette rivière de montagne, frontière entre la Caroline du Sud et la Géorgie
   
   Ruth a été prise dans un tourbillon (le ressaut hydraulique), et gît sous un gros rocher.
   
   Ce récit préliminaire est magnifique.
   
   La suite, ce sont les parents de Ruth qui veulent récupérer le corps, et, comme il est interdit de toucher à la Tamassee, pour protéger l’environnement, ils font intervenir un avocat, pour qu’un ingénieur puisse faire un barrage amovible destiné à détourner momentanément le cours de la rivière et repêcher Ruth.
   
   Les gens du coin, et les militants écologistes locaux sont opposés à cette action qu’ils jugent néfaste pour la rivière et dangereuse. Non seulement l’écosystème en souffrirait, mais le barrage ne tiendrait pas…
   
   L’histoire est conduite par Maggie, une jeune reporter photographe, qui a passé son jeune âge dans cette contrée et y charrie des souvenirs plus ou moins douloureux. Elle est entre deux hommes, le journaliste qui couvre l’affaire avec elle, présumé futur amoureux, et son ancien ami Luke, militant actif. D’autres soucis l’attendent, notamment son vieux père…
   
   Ce récit m’a moins plu que les précédents, en dépit du très beau prologue. Les descriptions de la nature en été et automne sont simplement magnifiques ; le combat entre les écologistes et les constructeurs du barrage, l’aveuglement de ces derniers, l’issue de leur action, ce processus est vraiment intéressant et bien conduit. Ce qui m’a agacée, ce sont les histoires d’amour et de famille de Maggie ; je ne suis pas rentrée dans ces récits-là. D’autre part le sentiment religieux très appuyé qui imprègne l’histoire m’a pesé.
   
   Dans l’ensemble, c’est tout de même Ron Rash, un style, une écriture de grande qualité.
    ↓

critique par Jehanne




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Sans manichéisme
Note :

   "C’était ce que croyaient les Celtes - que l’eau était un passage vers l’autre monde. Ils avaient peut-être raison"
   

   Ruth a douze ans. Lors d'un pique-nique en famille au bord de la rivière Tamassee, elle s'aventure dans les eaux froides et meurt tragiquement, emportée par le courant. Effondrés, les parents de Ruth réclament la mise en place d'un barrage amovible pour récupérer le corps de leur fille. Les écologistes défenseurs de la rivière dite "sauvage", protégée par les lois fédérales, s'y opposent avec force. La population est partagée. Maggie, une jeune photographe, originaire du comté d'Occonee et Allen, journaliste, mal remis d'un drame personnel, sont envoyés sur le terrain pour couvrir les évènements...
   
   Les nouvelles de Ron Rash m'avaient éblouie et j'ai été ravie de le retrouver dans ce beau roman, qui prend pour thème la sauvegarde d'une nature de plus en plus menacée par la cupidité des hommes. Dans les deux camps, les positions restent fermes et l'affrontement entre les pro et les anti-barrage pourrait bien déclencher un nouveau drame...
   
   J'ai beaucoup aimé ce roman et ses personnages fouillés, l'attachante Maggie (qui est aussi la narratrice) l'obstiné Luke, le fragile Allen et surtout la tumultueuse et dangereuse Tamassee. La rivière est le symbole de la lutte pour l'environnement dont Ron Rash se fait le porte-parole avec passion, sans pour autant négliger la question de l'humain, au cœur du récit. Que vaut-elle, cette nature que l'on entend préserver à tout prix, face à la douleur d'une famille dévastée par la mort de son enfant? Le débat est posé avec finesse, évitant l'écueil du manichéisme, tout en maintenant une tension dramatique qui rend le roman- car il s'agit bien d'un roman et pas d'un manifeste écologique- passionnant à lire. Et puis cette écriture si sensible, si poétique... je l'adore, ce Ron Rash décidément.
   
   Une bien belle lecture !
   
   "Elle se souvient de son cours de sciences naturelles de sixième, du glougloutement de l’aquarium au fond de la classe le matin où le professeur a tenu un prisme hors de la fenêtre pour qu’il s’emplisse de couleur, elle a une dernière et belle pensée – qu’elle est maintenant à l’intérieur de ce prisme et sait quelque chose que le professeur lui-même ne savait pas, que les couleurs du prisme sont des voix, des voix qui tournoient autour de sa tête comme une couronne, et à cet instant ses bras et ses jambes, dont elle ne se doutait même pas qu’ils s’agitaient, s’arrêtent, et la voilà qui fait partie de la rivière".

critique par Une Comète




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