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La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane Benhamou

Stéphane Benhamou
  La rentrée n'aura pas lieu

La rentrée n'aura pas lieu - Stéphane Benhamou

Je me retiens de tout citer
Note :

   Rentrée littéraire 2016
   
   Il y a du vrai dans ce texte. Bien dans l’air du temps, la fable sonne comme si elle avait été rédigée hier soir.
   
   Tout part d’un événement somme toute bénin. Alors que le mois d’Aout touche à sa fin, on constate un peu partout un non retour des vacanciers. Petit à petit, le mouvement ressemble à une vague, paralysant tout sur sa déferlante.
   "Comme chaque année, pour les traditionnels retours des vacanciers, Bison futé avait prévu que les 26 et 27 août seraient des journées noires sur les routes. Mais aux péages, comme dans les gares et les aéroports, on ne vit personne revenir. Onze millions d’Aoûtiens avaient, semble-t-il, décidé de faire la rentrée buissonnière.
   Cette année-là, sans se concerter, sans obéir au moindre mot d’ordre, 11 millions d’Aoûtiens ne reprirent pas le chemin du travail et de l’école à la fin août.
   Pandémie de burn-out face à la crise qui n’en finissait plus, au terrorisme qui, on ne cessait de le répéter, ne manquerait pas de frapper encore, abstention généralisée devant la menace de moins en moins fantôme d’une élection présidentielle terrifiante ?
   Tous ceux qui avaient l’habitude de chroniquer et de disserter doctement, observateurs et acteurs de la vie politique, économique et sociale, se trouvèrent aussi désemparés pour comprendre le phénomène que le gouvernement pour trouver des solutions à cette rentrée buissonnière.
   Les patrons menacèrent de licencier en masse, les banques de bloquer les comptes des "déserteurs" et, passé le mouvement de sympathie amusée des premiers jours, l’agacement puis la colère s’emparèrent de ceux qui avaient repris le travail.
   Les Aoûtiens, eux, ne demandaient chaque jour qu’un autre jour pour reprendre le souffle qui leur avait manqué quand il s’était agi de prendre le chemin du retour.
   Objets de toutes les préoccupations, sujets des études les plus alarmantes et cibles des haines les plus féroces, les Aoûtiens découvraient un nouveau monde et une vie dont ils étaient privés jusqu’à cette rentrée."
   

   Il y a un peu de tout dans le style. Une approche parfois qui sonne comme une pièce de théâtre, d’autres moments qui rappellent les chroniques de Nicolas 1er version Rambaud. Un regard acerbe sur des mœurs très prévisibles que ce soit dans la haute fonction publique ou chez les anciens présidents. Peu d’action, mais un saisissement de l’air du temps remarquable. On suit les tribulations dans la France d’un fonctionnaire mal à sa place dans son ministère mais qui par le fait du hasard devient tour à tour rouage indispensable du pouvoir avant de se retrouver porte parole d’un mouvement dont les structures n’existent pas.
   
   Ensuite, ce qui est appréciable c’est l’absence de parti pris politique. Jamais une orientation ne l’emporte sur une autre. Comme si l’auteur avait suivi la maxime de Coluche, "y en aura pour tout le monde".
   "Un médecin du travail pour qui, comme on le disait de certains à l’école, les Aoûtiens étaient présents-absents". Au cours de l’année, il en avait vu des centaines qui se comportaient déjà comme eux, mais il n’imaginait pas que la crise qui couvait était si grave. Il aurait fallu qu’il les mette en arrêt maladie, mais à ce compte là on placerait une bonne partie de la population au repos.
   Un délégué de l’assurance-maladie eut ensuite à répondre. Pourquoi avait-on refusé la reconnaissance du burn-out ? Il expliqua que cette branche de l’assurance-maladie était entièrement à la charge des patrons et qu’il suffisait d’imaginer ce qui arriverait si tout ce beau monde se déclarait en burn-out. Les estimations les plus optimistes du Medef parlaient l’année précédente d’un minimum de deux millions de prétendants possibles au burn-out. Pour un cout de plusieurs milliards d’euros.
   Un responsable du Parti communiste rappela qu’à cette date il devrait etre avec les camarades à la Courneuve, en train de préparer la Fête de l’Huma. Pour la première fois on avait dû l’annuler car non seulement les Aoûtien n’étaient pas rentrés mais en plus, ils n’avaient aucune conscience de classe."
   

   Si ce n’est pas le futur prix Goncourt, ce livre possède d’indéniables qualités à commencer par me rappeler que les vacances c’est bientôt et que mourir au travail ne rapporte rien car comme le disait Clémenceau, les cimetières sont remplis de gens irremplaçables. Une histoire pour bien commencer la rentrée littéraire, moins noire que les quelques livres glauques remplis de meurtres et de complaisance sur la douleur et la souffrance. Un livre court, sur un sujet dont je ne doute pas que l’anticipation finira par être rattrapée par la réalité. J’aurai bien mis d’autres extraits, mais comme il est court je vous laisse le découvrir.
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critique par Le Mérydien




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Une petite fable bien sympathique
Note :

   Où?
    Le roman se déroule en France, principalement dans le Sud du pays et à Paris, même si la première ville citée est Sainte-Menehould. On passe notamment par les péages autoroutiers ainsi que par les lieux de villégiature suivants : Lyon, Orange, Valence, Marseille, Castellane, Gardanne, Gap ou encore Millau, Virsac, Courchevel, Montagnac, Saint-Arnoult, Lançon, Châteauroux, Saintes, Saint-Martin-en-Ré, Cogolin, Eygalières, Le Luc, Biarritz-La Négresse, Agen-Porte d’Aquitaine, Montélimar-Nord, Nîmes-Ouest, Gallargues-le-Montueux, Cambarette Nord, Confrécourt. Bien entendu le PC routier de Rosny-sous.Bois y jour son rôle ainsi que Moustiers, au cœur des gorges du Verdon, qui devient le lieu symbolique de la résistance.
   
   Quand?
    L’action se déroule du 27 août au 15 septembre, dans un futur plus ou moins proche.
   
   Ce que j’en pense
    ***
    Voilà une petite fable bien sympathique qui nous met une très grande partie des Français en scène. Je veux parler de tous ceux qui prennent leurs vacances en août et se donnent rendez-vous dans le Sud du pays. Pour son premier roman, Stéphane Benhamou a choisi de faire durer le plaisir en imaginant que ces aoûtiens décident de rester sur le lieu de villégiature au lieu de reprendre le chemin du bureau ou de l’école.
   
    Du 27 août au 15 septembre, cette "parenthèse inattendue" a quelque chose de sympathique et d’effrayant. Après tout, qui n’a pas rêvé de pouvoir prolonger ses vacances Mais si des millions de personnes le font en même temps, cela pose quelques problèmes. Un premier rapport ministériel explique que la fin août n’a pas opéré "comme le sas habituel entre repos et travail. Quelque chose s’est déréglé dans la mécanique inexorable de la rentrée et a laissé une béance à sa place. Les gens ne veulent plus parler. Ils attendent chaque jour le lendemain pour gagner une nouvelle journée et se sentir plus forts. Septembre est un rivage que ne peut atteindre, pour l’instant, ce monde flottant."
   
   Michel Chabon, dont la profession consiste à rédiger les messages d’information sur les panneaux d’autoroute – et qui se retrouve du coup sans occupation en raison d’une circulation quasi inexistante – est chargé d’analyser cette "sorte de grève générale sans préavis ni revendication.".
   Il se rend à Moustiers au bord du Verdon, devenu en quelques jours le lieu symbolique d’un mouvement qui met en cause la place du travail dans la société, les cadences infernales qui mènent au burn-out, l’exaspération face à une économie qui tourne au ralenti, la peur du terrorisme ou encore la démission du pouvoir.
   
    De fait, au sommet de l’État, c’est la sidération qui domine et les solutions tardent à venir. "Ce qui se passe aujourd’hui est d’une gravité qu’il ne faut ni sous-estimer ni exagérer." Du côté des patrons, des banquiers et des "rentrés" le ton est plus dur, les slogans plus directs. Il faut couper les vivres à ces dangereux sécessionnistes, avant qu’ils n’infestent la société avec ce "virus qui avait infesté le corps national en mai 1968 et dont l’organisme n’avait jamais pu guérir."
   
   D’un côté on ressort quelques tubes dont la bande son marque bien la volonté de profiter de l’arrière-saison, de l’Aquoiboniste de Gainsbourg à l’Auto-Stop de Maxime Le Forestier, de l’Été indien de Joe Dassin au Sud de Nino Ferrer, en passant par Le lundi au soleil de Claude François, tandis que de l’autre on réclame des licenciements en masse, l’arrêt des approvisionnements et le retrait de l’argent dans les distributeurs bancaires : "Pas de rentrée, pas d’argent. La peur va changer de camp."
   
   Michel, qui retrouve Martine, sa chef du personnel, allongée au bord de la rivière et pas forcément décidée à regagner son bureau, va devenir le porte-parole de ces aoûtiens qui hésitent entre déprime et révolution.
   
   Leur histoire nous aura permis de découvrir, sous couvert d’un conte bien enlevé, les racines du mal français, les arcanes de la politique, le jeu des extrêmes et une nouvelle sociologie du travail. Le tout en moins de 200 pages qui se lisent avec les images des dernières vacances et ce refrain tout aussi nostalgique en tête :
   "Le lundi au soleil
    C’est une chose qu’on n’aura jamais
    Chaque fois c’est pareil
    C’est quand on est derrière les carreaux
    Quand on travaille que le ciel est beau…

critique par Le Collectionneur de livres




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