Lecture / Ecriture
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Rouge écarlate de Jacques Bablon

Jacques Bablon
  Rouge écarlate

Rouge écarlate - Jacques Bablon

Court, mais efficace
Note :

   Joseph vit seul. Vieillissant, il veut descendre Marcus son voisin coupable d'avoir écrasé son chien ; il veut aussi dessouder Rosy, la femme de Marcus, sa maîtresse, coupable de ne plus le faire bander.
   
   Pour une fraise, Salma, la fille de Joseph passe près d'un viol, l'évite en se fracturant deux côtes et le nez ; elle laisse le mec pour mort, le corps cassé par un engin agricole.
   
   Marcus, entre autres activités est comptable, et il a d'autres soucis que l'infidélité de Rosy, qu'il ne soupçonne d'ailleurs pas : son business secret et sa vie sont menacés par des Coréens très en colère.
   
   Un roman noir qui paraît partir dans tous les sens ce qui, évidemment, n'est pas le cas, car toutes ces histoires se mêlent, par voisinage, liens du sang ou d'amitié. Jacques Bablon a un style direct, épatant qui fait mouche ; je l'ai déjà dit pour son roman précédent, Trait bleu, je le répète très volontiers ici, haut et fort même pour que cela se sache et que ça se diffuse largement.
   
   Cent quatre-vingt-dix pages de pur plaisir, qu'on ne peut lâcher au risque d'une courte nuit. "Décalé, poisseux, intense" est-il écrit sur la couverture, eh bien, les éditions Jigal ne mentent pas c'est tout cela et bien plus. En peu de mots, l'auteur sait décrire des situations fortes, des personnages attachants avec leurs fragilités et leurs forces. Phrases courtes, dialogues itou, point n'est forcément besoin de 500 pages pour être efficace. La preuve !
   
   Ah, comme j'aimerais pouvoir écrire comme lui pour faire un billet court et tentant, un billet tellement bath que tout le monde dirait que c'est mon meilleur -jusqu'au suivant- et se précipiterait en librairie acheter Rouge écarlate. Las, je suis engoncé dans mes habitudes et je crains donc une certaine platitude dans mon article qui ne colle pas du tout avec le bouquin décrit. Tant pis, je continue quand même.
   
   J'aime ce livre en entier, je l'aime aussi pour certains détails comme la description du visionnage d'une vidéo d'un concert de La Callas, d'abord version Salma :
   "On voit une femme qui attend, les bras croisés sur une sorte de châle à col montant. Elle ne chante pas, au début, elle écoute l'orchestre. Le chant d'une flûte s'installe sur un tapis de cordes dont le motif répétitif fait comme une houle qui s'emploie à s'attaquer une falaise." (p.26)
   

   et ensuite, version Joseph :
   "Il y a une bonne femme avec des bijoux partout, elle est moche, elle a l'air malheureuse, on la sent prête à pleurnicher, finalement elle chante." (p.28)
   

   Ça ne paraît pas grand chose, un détail, mais c'est ce genre de détails qui me plaisent, qui apportent un plus à ma lecture -un truc simple, un événement vu par deux personnages différents, dans deux style différents-, ça me fait kiffer comme disent les jeunes de maintenant et les moins jeunes qui veulent le rester ou tentent au moins de le faire croire.
   
   Trait bleu, Rouge écarlate, ne manque plus qu'un jaune quelque chose et les trois couleurs primaires seront réunies, et comme on sait qu'à partir d'icelles, toutes les autres couleurs sont possibles, je m'attends à des explosions de lecture, des moment d'intensité folle, un arc-en-ciel de sensations -oui, je sais je m'emballe- dans mes futures lectures de Jacques Bablon. Laissez-vous tenter mais attention, addiction assurée !

critique par Yv




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