Lecture / Ecriture
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Un monde vacillant de Cynthia Ozick

Cynthia Ozick
  Un monde vacillant
  Les papiers de Puttermesser
  Le Messie de Stockholm

Cynthia Ozick est une écrivaine américaine née en 1928 à New York.

Un monde vacillant - Cynthia Ozick

Un magnifique roman sur fond de tragédie historique
Note :

   « Professeur, arrivé de Berlin 1933, enfants 3-14, recherche aide, réinstallation NY. Répondre Mitwisser, 22 Westerley". C'est en répondant à cette petite annonce que Rosie, âgée de 18 ans, entre au service des Mitwisser, une famille de juifs allemands qui a fui son pays face au nazisme. Nous sommes en 1935, dans le Bronx.
   
   Cet emploi lui permet aussi de quitter son cousin Bertram, qui l'hébergeait jusque là. Mais il vient de tomber fou amoureux de Ninel, révolutionnaire dans l'âme, qui n'a que faire de Rose. Mais c'est une drôle de famille qu'elle va découvrir : le père, spécialiste des Karaïtes, secte juive née au IXème siècle, se noie dans les livres, la mère ne peut se résoudre à cette nouvelle vie et semble sombrer dans la folie, les cinq enfants sont livrés à eux mêmes entre Annielese, l'aînée, qui fait quelques rares confidences à Rose et Waltraut ,la plus jeune, qui souffre cruellement du manque d'affection de sa maman. Pour parfaire ce tableau, ils vivent dans un grand dénuement jusqu'à l'arrivée de leur bienfaiteur attendu avec impatience, l'énigmatique et riche James. Et dans ce "monde vacillant", tous ces individus essaient de vivre malgré le destin qui les frappe.
   
   Une galerie de personnages à la fois attachants et redoutables, difficiles à cerner, un regard sans concession sur le déracinement, la douleur de l'exil et la difficulté de vivre et de survivre des réfugiés qui oscillent entre tragédie de l'histoire et drame personnel et enfin un conte merveilleux grâce au personnage de James, figure énigmatique, dont le père a créé un personnage de contes de fée le Bear Boy.
   
   Voici un livre qui a du souffle, qui fut pour moi une des très agréables surprises de la rentrée littéraire 2005 avec une fin comme je les aime et qui m’a laissé éblouie jusqu'à la dernière page par le talent de Cynthia Ozick.
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critique par Clochette




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Chronique de la folie ordinaire …
Note :

   Cynthia Ozick est née dans le Bronx en 1928, de parents russes chassés par les pogroms du début du siècle. Fille spirituelle de Franz Kafka et de Henry James, elle a bâti une œuvre qui interroge l'identité juive, ses traditions et son histoire. Lauréate de la fondation Guggenheim, de l'American Academy and National Institute for Arts et du D'Henry Prize, elle collabore régulièrement au New Yorker et au New York Times.
   
   Son « monde vacillant » n’est pas sans rapport avec son histoire personnelle :
   Rose, orpheline, a dix-huit ans lorsqu'elle entre au service des Mitwisser, une famille d'intellectuels juifs de Berlin exilés dans le Bronx à la montée du nazisme. Dans cette famille, chacun vit sa vie, l’un à côté de l’autre, entre tensions, indifférence et incompréhension. Rudolph Mitwisser, le père, illustre homme de lettres, spécialiste des Karaïtes - une secte juive dissidente du IXe siècle - vit plongé dans ses livres. Elsa, sa femme, refuse ce nouveau monde et cette nouvelle langue, et semble avoir perdu la raison. Autour d'eux leurs cinq enfants, sous la houlette de l'aînée, l'arrogante et passionnée Anneliese, découvrent l'Amérique, sa brutalité et ses vices.
   En 1935, le Bronx n’est alors qu’un espace sauvage aux confins de la grande ville. Déchus, déracinés, tous attendent avec espoir le retour de leur bienfaiteur, l'énigmatique et richissime James A'Blair. Lequel James A’ Blair est lui-même prisonnier de l’image que son père a faite de lui à travers la création d’un conte pour enfants très coté. «Il n’allait nulle part, il n’y avait pas de ligne d’arrivée. A la fin de la course, il ne retrouvait que lui-même : le même, toujours le même. Plus il avançait, plus il aboutissait à lui-même… Vivre sans préméditation, voilà ce qu’il fallait»
    Rose, spectatrice fascinée des divagations solitaires des uns et des autres, navigue à vue dans cet univers fantasque où les folies et les rêves se frôlent, dans un silence inquiétant où égoïsme, solitude, et violence sourde nous conduisent sur le seuil d'un monde vacillant...
   Cynthia Ozick raconte le déracinement, l'exil et la folie qui guette chacun des protagonistes.
   
   C'est un roman étrange et déroutant, qui nous plonge dans une atmosphère particulière de déchéance et d'abandon. Ses personnages qui ont tous perdu leur identité et leurs racines nous conduisent au delà des sentiers ordinaires et nous obligent à nous interroger quant à l’aptitude humaine à vivre en abandonnant ses repères.
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critique par Jaqlin




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Aux confins de la raison
Note :

   Etrange livre que ce «Monde vacillant». Nous sommes à l’aube de la seconde guerre mondiale et Rudolph et Elsa Mitwisser sont des sommités reconnues dans leur pays ; l’Allemagne. Particularité : ils sont juifs, et parviennent à fuir le pays avant que l’irréparable se produise. Ils parviennent aux Etats-Unis, en exil. Saufs ? De corps oui. Mais leur âme n’a pas été sauvée entièrement, voire même pas du tout pour Elsa. Elsa qui était une physicienne de pointe, travaillant ni plus ni moins avec Schrödinger, et mettant la main à la pâte des fameuses équations du même Schrödinger, régresse du jour au lendemain, jusqu’à l’abandon total de soi, ne supportant pas de devoir son salut quotidien aux dons d’un étrange A’Bair, James.
   
   Rudolph, perd son statut de sommité lui aussi et s’enferme dans des considérations monomaniaques qui n’intéressent guère que lui sur une secte juive disparue du IX ème siècle. Pour tout dire, ils dépendent entièrement de James, de l’argent de James, des soins de James…
   
   Ils ont cinq enfants. Trois garçons joueront un rôle mineur dans le roman, et deux filles; l’aînée, Anneliese, quasi personnage principal a seize ans et Waltraut, la petite dernière, délaissée par Elsa en un moment crucial de son développement et qui vire vers l’autisme.
   
   C’est le début du roman. La famille Mitwiser vient d’arriver dans une petite ville de l’Est américain, comme un corps étranger dans la coquille de l’huître. En sortira-t-il une perle ou simplement des irritations, de la douleur et de la souffrance?
   
   C’est Rose, jeune femme démunie, qui vient rejoindre la famille suite à une annonce, comme … babysitter de Waltraut? Secrétaire de Rudolph? Confidente d’Elsa? … qui va nous disséquer tout ceci à travers le filtre de sa propre histoire déja compliquée.
   Et je ne vous parle pas davantage de James A’Bair car pour le coup, c’est à la nef des fous que crierez!
   
   Une espèce d’Ovni qui aborde une foultitude de thèmes, entremêlés, dans une histoire forte et sans trop de sens, peut-être comme dans la vie finalement: l’exil, l’abandon, l’estime de soi, ...
   
   Un monde vacillant, ça oui. Rose doit avoir le pied sacrément marin pour garder un cap dans cette «dinguerie» généralisée!
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critique par Tistou




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Un roman magistral
Note :

   À peine avais-je terminé la lecture de ce roman magistral, je sus pertinemment que le souvenir de cette lecture ne me quitterait jamais. Pourtant, comme les commentaires précédents pour ce livre en témoignent, nous sommes loin de ces histoires légères, attachantes et qui font du bien!
   
   «À mesure que ce monde vacille, le lecteur, lui, chavire.» Lire, septembre 2005.
   Voilà qui résume le mieux, les émotions que j'ai ressenties tout au long de cette lecture inoubliable. Un huis clos qui permet un regard perçant sur des personnages dont l'épaisseur de chacun est celle d'un héros de tragédie. Un huis clos, situé au coeur d'un Bronx qui n'est alors qu'une vaste étendue sauvage aux confins de la grande ville, dans l'Amérique de la Dépression.
   
   Un regard perçant sur des anti-héros qui ne sont pas seulement des expatriés mais des réfugiés. Ce n'est pas la même chose. Tout est là, dans l'affirmation de cette différence: contrairement à d'autres qui décrivent la fusion des émigrés dans le Nouveau Monde, Cynthia Ozick raconte l'impossibilité de se fondre dans une société qui fonctionne pourtant comme une gigantesque machine à avaler "l'autre", littéralement!
   
   L'ombre et la lumière alternent en permanence. L'auteure éclaire un monde à la fois surnaturel et déchiré. Ce déchirement de l'exil est admirablement dépeint, sous les différentes nuances dépendant du caractère de chacun des personnages. La lisière ténue entre folie et normalité, notamment concernant le personnage d'Elsa, la mère, est d'une finesse infinie. L'intrigue est menée habilement, jusqu'à un dénouement à la fois tragique et terriblement "moderne". L'écriture est sublime, puissante, très dense, mais jamais obscure, jamais ennuyeuse.
   
   À la lecture de ce roman magistral, j'ai fait la connaissance, à mon humble avis, de l'une des meilleures romancières américaines.
   
   Cette lecture m'a fait plus que du bien, elle me laisse ébahie!

critique par Françoise




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