Lecture / Ecriture
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Les yeux bandés de Siri Hustvedt

Siri Hustvedt
  Tout ce que j’aimais
  Les yeux bandés
  L'envoûtement de Lily Dahl
  Yonder
  Elégie pour un Américain
  Les mystères du rectangle
  Un été sans les hommes
  Un monde flamboyant
  La femme qui tremble - Une histoire de mes nerfs

Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les yeux bandés - Siri Hustvedt

Dr Iris & Mister Klaus
Note :

   "Les yeux bandés" est le premier roman de Siri Hustvedt, mais le second que j'ai lu d'elle.
   J’ai un peu moins apprécié ce roman que « Tout ce que j’aimais », mais sans doute simplement, parce qu’avec le premier, j’avais éprouvé une sorte de summum et parce que le sujet ici m’ est moins proche, ce qui est un critère de jugement injuste. Je suis la première à l’admettre. Le talent de Siri Hustvedt ne m’en semble pas moins incontestable et même… frappant.
   Avec quelle maîtrise elle endosse ici le costume de cette jeune femme toujours au bord du déséquilibre et nous fait partager ses déboires et ses sentiments !
   
   Il y a pourtant quelque chose que je n’ai pas bien saisi au début du roman. Il semble qu’elle parte dans une direction pour l’abandonner totalement alors qu’elle s’y est pourtant beaucoup engagée. On se dit qu’elle y reviendra forcément avant la fin… mais non, ou à peine. Il s’agissait donc d’une aventure différente, annexe, comme nos vies en sont pleines. Nos vies, mais pas les romans. Dans les romans, généralement, l’auteur n’évoque que des faits ayant un rapport entre eux et rejoignant d’une façon ou d’une autre l’histoire principale qui est racontée. Il élimine le reste, on peut le supposer. Ici, ce début fait exception et entraîne pour le lecteur, tout au long de la suite du livre, comme un sentiment d’attente et d’interrogation : « Comment tout cela s’organise-t-il pour… ? » mais, comme dans la vraie vie, tout ne s’organise pas forcément pour donner une cohérence aux faits. Les choses arrivent et s’entraînent les unes les autres certes, mais certaines également arrivent et restent sans conséquences. Cela ne veut pas dire qu’elles sont sans importance.
   
   Bon, j’essaie de cadrer quand même un peu l’histoire : Iris (anagramme de Siri), étudiante, connaît ce qu’hélas de nombreux étudiants connaissent, à savoir une misère noire. Cette misère la contraint à accepter à peu près n’importe quel emploi. Ces « n’importe quel » emplois, vont lui rendre de plus en plus difficile la poursuite de ses études. D’autant que, pour lutter contre le stress et la frustration permanente qui deviennent ses compagnons les plus fidèles, elle prend l’habitude de baguenauder la nuit dans les boîtes sous les apparences différentes et pseudo masculines de « Klaus ». Les troubles psychologiques et psychosomatiques s‘y mettent, traduisant mais rendant encore plus difficile et périlleux ce mode de vie funambulesque.
   
   C’est un récit de la douleur, l’histoire d’une chute, d’une lutte et d’une défaite en cours, mais pas sans un rude et fier combat ; mais New York est sans pitié pour les pauvres, surtout pour les femmes intelligentes.
   
   Un roman qui n’a rien d’anodin.
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critique par Sibylline




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De l’art de plaire…
Note :

   Ou comment rendre justice à un auteur incontournable en ayant attendu plus d’un mois pour faire cette chronique ?
   Petit 1 : D’abord tenter de faire abstraction de la dizaine de bouquins plus ou moins bons lus entre temps.
   Petit 2 : Arrêter de dire qu’Hustvedt est un auteur incontournable, génialissime et, on l’espère, un futur Nobel. Honnêtement, Lou, ce prosélytisme en matière hustvedtienne va finir par desservir ta noble cause.
   Petit 3 : Vous rappeler cependant qu’une bibliothèque sans un livre d’Hustvedt, c’est un peu comme un livre sans mots, ou, plus prosaïquement et pour ne pas verser dans la poésie de bas étage, comme une tartine sans nutella (là, forcément, je sais que cet argument de poids va parler à bon nombre d’entre vous).
   
   Alors, pour que cette note présente un vague intérêt et parce que je suis une chic fille, je vais vous dire en deux mots de quoi il s’agit : The Blindfold (en français : « Les yeux bandés ») est le premier roman de l’illustre auteur dont nous parlons aujourd’hui. Il ne vous échappera pas que l’héroïne s’appelle Iris (anagramme de Siri) et que l’histoire est sans doute par quelques aspects autobiographiques. Iris est donc étudiante en lettres. Jeune femme brillante mais fauchée, elle multiplie les petits boulots et les rencontres étranges : entre un homme mystérieux qui lui demande de décrire les objets ayant appartenu à une morte (l’aurait-il assassinée ?), un amour ravageur, un photographe inquiétant et un confident un peu trop bavard, Iris, bien mal entourée, voit sa santé décliner de jour en jour. Son comportement change lui aussi, et bientôt, après s’être travestie pendant des soirées en un personnage de roman aux pulsions malsaines, la jeune femme souffrant de troubles de la personnalité sent que le fil entre réalité et fiction est ténu.
   
   Art et littérature se mêlent ici avec brio. Le travestissement, thème cher à l’auteur, est ici abordé à travers une histoire fascinante, où le fait de se déguiser en un personnage masculin hautement symbolique pousse l’héroïne à transgresser les codes et à finir par dépasser sa recherche de liberté en adoptant un comportement dangereux. Iris, passant d’un extrême à l’autre, se révèle être sa pire ennemie, mais ce sont son évolution, ses doutes et ses impulsions qui rendent ce roman si subtil et dense à la fois. Foisonnant de personnages complexes, le récit passionnant donne en soi une excellente raison de découvrir ce roman. Ajoutons à cela l’écriture fluide et la plume superbe de Siri Hustvedt, et voilà un splendide premier roman !
    ↓

critique par Lou




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Les yeux d’Iris
Note :

   En lisant ce livre, dès les premières lignes, j’ai pensé: «quelle capacité à embarquer le lecteur dans un monde en quelques pages!». Première qualité de cette auteur dont j’avais lu un livre il y a pas mal de temps duquel me reste encore précisément des images de lieu et de situation. J’apprécie vraiment cette facilité à peindre un monde en quelques mots. Tout en finesse de trait et en richesse des couleurs.
   
   Au travers les yeux (d’Iris…), anti-chronologiquement, nous sont racontées des rencontres avec plusieurs personnages plus ou moins décalés voir bizarres. Nous sommes à New-York. Iris est une étudiante.
   
   D’abord, Mr Morning, écrivain solitaire, moyennant salaire, lui demande de rédiger de longues descriptions d’objets qu’il lui donne dans des boîtes fermées. Il ne lui dit rien mais elle va découvrir par elle-même l’origine mystérieuse et perturbante de ces objets.
   Ensuite sa rencontre avec Stephen, son petit ami et Georges, l’ami de son ami. Ce dernier est photographe. On devrait dire plutôt artiste-photographe puisque son goût tend à intellectualiser ses prises de vues. Toujours à la limite du bon goût, Iris va goûter à la difficulté de devenir une prise de vue.
   
   Une troisième partie dont je ne parlerais pas pour ne pas dénaturer la lecture et une quatrième plus longue racontant sa rencontre avec un professeur important pour l’étudiante qu’elle est, le professeur Rose. Un livre qu’elle traduit pour lui va perturber sa vie pas toujours simple. Mais il y a aussi Paris, personnage haut en couleur «Lagerfeldien», superficiel et profond à la fois.
   
   La recherche de soi, l’influence de la lecture sur l’humain, la difficulté d’aimer et d’être aimé sont parmi les thèmes de ce livre (une première œuvre). Impressionnant.
   
   Un petit extrait:
   
   « Sans savoir ce que je disais, je lançai, comme une idiote:
   Tu ne m’as jamais aimé
   Le visage de Stephen se détendit, et je me souviens d’avoir pensé comme c’est facile de parler par clichés, d’emprunter une réplique à un roman à l’eau de rose et de la laisser tomber. De toute façon, avec nos propres mots, nous n’arrivons jamais qu’à errer aux alentours de l’inexprimable, et il y a quelque chose de rassurant à répéter ce qu’on a déjà entendu. Stephen avait une réponse toute prête.
   Je t’ai toujours aimé, dit-il. Je ne t’aime pas comme tu voudrais, c’est tout.» P 57

critique par OB1




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