Lecture / Ecriture
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La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

Mariam Petrosyan
  La maison dans laquelle

La maison dans laquelle - Mariam Petrosyan

De ces romans qu’on n’oublie pas
Note :

   "La maison dans laquelle" nous plonge dans un univers insolite : celui d’un pensionnat pour jeunes handicapés. Enfants et adolescents s’y côtoient, vivant en autarcie, et souffrant tous d’un handicap mental ou physique. Chaque élève se voit d’ailleurs affligé dès son arrivée d’un surnom en lien avec son infirmité : Aveugle, Sauterelle, Lord, Chacal, etc. Ils sont répartis en différents groupes qui deviennent bien vite des clans : les Oiseaux, les Rats, les Faisans, etc. chaque clan a un mode de vie ou un code singulier. Les professeurs et les éducateurs font partie prenante du décor, malgré le rôle secondaire qu’ils jouent dans l’histoire. Les parents sont inexistants, et toute l’éducation repose sur la vie dans ce pensionnat hors norme.
   
   Le récit démarre par l’arrivée d’un nouveau : Fumeur, qui va rapidement être exclu de son groupe des "Faisans" et atterrir dans le groupe 4, mené par l’énigmatique et charismatique Aveugle.
   
   Ces enfants ne quittent pratiquement jamais cette "maison", sauf l’été lorsque les éducateurs les emmènent en vacances pour un mois. Mais l’extérieur, même s’ils l’ont bien connu lorsqu’ils vivaient dans leurs familles respectives, reste un inconnu, perçu comme une menace. En parler est difficile tant c’est un sujet tabou. Les "grands "doivent pourtant finir par s’y rendre, à leur majorité, c’est pourquoi ils redoutent l’arrivée de leurs 18 ans. Car à ce moment-là ils sont obligés de quitter la "maison".
   
   Le récit retrace la dernière année de l’ultime promotion des pensionnaires de cet endroit, mais des intermèdes dans le récit nous permettent de découvrir un bout du passé de la maison. Cela va nous permettre de comprendre le drame qui s’y est passé quelques années auparavant, et que je tairai pour ménager le suspense.
   
   Premier et seul roman d’une écrivaine arménienne s’exprimant en russe, voici un livre absolument fabuleux, d’autant qu’il n’était à la base pas destiné à être publié et qu’il a d’abord été écrit comme une sorte d’exutoire dans un cahier pendant 10 ans. On sent très vite que ce récit choral est une métaphore de l’adolescence et de ses tourments, avec la peur de devenir adulte. Mais aussi une réflexion sur le handicap, à travers les descriptions très visuelles et terrifiantes de tous ces jeunes porteurs d’infirmités qui leur compliquent grandement la vie : comment lire sans bras, marcher sans jambe, voir en étant aveugle…, et par là même une métaphore du rapport compliqué que les adolescents entretiennent avec leur corps. On plonge dans un univers hors norme, d’une incroyable originalité, proche du conte et du monde merveilleux tout en restant profondément réaliste par certains côtés.
   
   J’ai été complètement subjuguée par ce roman de plus de 950 pages, un roman dense et inclassable, de ces romans qu’on n’oublie pas.

critique par Éléonore W.




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