Lecture / Ecriture
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Comme au premier jour de Stefan Hertmans

Stefan Hertmans
  Guerre et térébenthine
  Comme au premier jour
  Le cœur converti

Stefan Hertmans est un écrivain belge né en 1951.

Comme au premier jour - Stefan Hertmans

Déréliction
Note :

    La quatrième de couverture de "Comme au premier jour" indique qu'il s'agit "d'un roman en récits". De fait, chaque "chapitre" représente une histoire qui peut être lue indépendamment, comme une nouvelle. Des détails épars, des indices comme ce mystérieux "fil d'argent", tracent entre eux une destinée unique répartie en trois étapes, celle d'un enfant entre jeux de guerre et idylle, celle d'un adolescent débridé parfois cruel et enfin celle d'une maturité perturbée et inquiétante, filant dans une spirale turpide. Parmi la diversité des récits (tonalités, noms,...), on garde l'impression d'un développement progressif focalisé sur le même personnage.
   
   La presse belge francophone n'est pas très diserte à propos de Stefan Hertmans, particulièrement pour ce roman que le Gantois inclut dans un triptyque à côté de deux titres non traduits en français "Naar Merelbeke" ("Vers Merelbeke") et "Harder dan sneeuw" ("Plus dur que la neige").
   
    Un article de Claire Devarrieux (Libération) offre une élégante recension du livre et y voit le monde se dérober dans "une descente aux enfers contemplée, et peut-être provoquée, par l'œil tétanisant d'un paon. Un paon de basse-cour, une basse-cour peinte, une peinture flamande du XVIIe siècle, en réalité une copie. Le tableau, fréquenté depuis l'enfance, a contaminé le personnage principal, Simon, dont la conscience sombre un peu plus à chaque étape".
   

    Hertmans n’est pas seulement un artiste érudit qui jongle avec des savoirs et des données encyclopédiques, il s’intéresse aussi à l’homme derrière l’œuvre d’art, à l’artiste. Ses thèmes centraux vont au caractère inconnaissable du moi et de la réalité, et ceci est particulièrement sensible dans ce livre dense et saisissant.
   
    L'auteur explique (dans un entretien pour Rekto:verso) que dans chaque ouvrage de la trilogie, est abordé le même questionnement en indiquant les résidus du sacré dans les comportements délictueux de gens qui vivent ce qu'il appelle une "déchristianisation" (ontkerstening). Le roman, écrit à l'époque de l'affaire Dutroux, montre comment certains peuvent s'égarer dans leur désir obsessionnel de toucher la pureté.
   "Pour Dutroux et autres Fourniret, il s'agit du viol de la figure de la "ballerine", ainsi que Fourniret qualifiait Isabelle Brichet. La noirceur de cette confusion gouverne mon livre. Il s'agit d'une réflexion sur la criminalité issue d'un rêve de pureté. "
, dit Stefan Hertmans.
   La quête de l'Image sublime dans les passions humaines, initiée dès l'enfance, contribue ici aux catastrophes intimes et aux déviances de psychopathes.
   
    Une œuvre littéraire ambitieuse et, selon moi, remarquablement aboutie et loin d'être aussi sombre que la gravité du thème peut le laisser penser. Ceci malgré le développement un peu complaisant de la dernière scène pornographique en fin du livre. Le premier texte "Paysage aux oiseaux" est un réel chef-d'œuvre : "L'obscurité hurlait dans la lumière".
   
    Et je continue à m'interroger sur la conclusion – ironique ? – de Pieter van Os (De groene Amsterdammer) : "Quelque épouvantable que puisse être le personnage central de ce livre, Hetmans ne doit pas, à tous égards, s'en sentir très éloigné."

critique par Christw




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