Lecture / Ecriture
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Marcher droit, tourner en rond de Emmanuel Venet

Emmanuel Venet
  Marcher droit, tourner en rond
  Rien
  Ferdière, psychiatre d’Antonin Artaud
  Précis de médecine imaginaire

Emmanuel Venet est un auteur français né en 1959.

Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel Venet

Syndrome d’Asperger
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   Aurais-je de la chance en ce moment dans le choix de mes lectures ? Deuxième lecture de la rentrée littéraire et deuxième très bonne lecture. J’avais repéré cette lecture car le narrateur est atteint du syndrome d’Asperger, sur lequel j’ai un peu lu.
   
   Le narrateur, âgé d’une quarantaine d’années, atteint donc du syndrome d’Asperger, assiste à l’enterrement de sa grand-mère paternelle. Comme beaucoup d’enterrements, c’est l’occasion de dire beaucoup de sornettes sur la personne décédée qui passe de vieille bourrique à sainte. Sauf que pour un Asperger, cela ne passe pas : la vérité doit être dite quoi qu’il arrive ! Il ne peut supporter ces conventions sociales qui ne sont que fausseté manifeste. Cependant, notre narrateur n’a plus dix ans et a donc appris à se taire. Cela ne l’empêche pas de penser. C’est donc son monologue intérieur durant cet enterrement que l’on peut lire ici.
   
   On y apprend tous les secrets de famille possibles et imaginables : la grand-tante a eu un enfant du grand-oncle (ils étaient donc frère et sœur), la grand-mère a trompé le grand-père avec un notable, elle a eu un enfant avec lui, le grand-père s’est noyé dans l’alcool, les tantes sont soient des bigotes, soient des allumeuses, qui pensent être profondes tout en disant beaucoup de platitudes, les cousines sont des femmes qui profitent de leurs amis ou bien qui traitent dans des affaires louches, le cousin est homosexuel. Il vit seul avec son père, depuis que ses parents se sont séparés quand il avait quinze ans, et tous les secrets lui ont plus ou moins été dévoilés par celui-ci, même s’il en a découvert plusieurs seul. Tout cela est su par tout le monde mais jamais discuté. Le narrateur perce à jour tant les actions que les discours incohérents. Il raconte comment lorsqu’il dit ce qu’il pense, il est rabroué par son entourage. Il se tait donc beaucoup.
   
   Cela entraîne, comme on s’en doute beaucoup de ressassement. L’auteur arrive très bien à retranscrire cela, sans pour autant être lourd. Ainsi, il ne traite pas chacun des personnages du cercle familial à tour de rôle, mais ceux-ci reviennent. J’ai pensé que peut-être que cela accompagnait le regard du narrateur lors de l’enterrement. Pour faire ressentir l’Asperger du narrateur, l’auteur utilise des tics de langage, parle de manière très convaincante des passions un peu particulières du narrateur. On sent que celui-ci s’anime de manière très joyeuse quand il les évoque.
   
   Ce qui se dégage de tout cela est tout de même une grande solitude issue d’une trop grande rectitude : la vérité doit être absolue, tout comme l’amour. C’est un des symptômes du syndrome d’Asperger. Le problème est que nos sociétés ne peuvent pas tenir comme cela (c’est pour cela qu’on utilise beaucoup de non-dits et de convenances). Le narrateur est ainsi condamné à vivre seul, malheureusement.
   
   Deux citations :
   
   "Preuve que même dans les dialogues les plus ordinaires, chacun n’entend que ce qu’il veut entendre et entretient ainsi l’illusion d’une convergence de vues ou d’un désaccord avec un interlocuteur qui, dans la plupart des cas, ne parle pas de la même chose."
   
   "J’aspire à ce que mon entourage, un jour, me comprenne vraiment, ainsi qu’il arrive parfois en rêve. J’aimerais tellement que, dès leur amorce, mes idées soient entendues comme par télépathie dans toute leur complexité ; que mes pensées les plus subtiles se transmettent, intactes, dans un simple échange de regards, mes intentions dans une simple ébauche de sourire […]."

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critique par Céba




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Portrait de famille
Note :

    Ce livre est un véritable plaisir de lecture, une petite merveille, drôle vive et intelligente comme sait l'être la littérature quand elle nous surprend.
   
    L'auteur qui est psychiatre met en scène un anti-héros âgé de 45 ans atteint du syndrome d'Asperger. Pas de retard de langage ni de trouble intellectuel, mais une difficulté profonde dans les rapports avec autrui, qui l'empêche d'avoir une vie sociale normale. Il a du mal à se représenter les émotions et respecter les principes sociaux.
   
    Le narrateur aime profondément ce qui est clair, précis, il est franc et n'aime pas les mensonges.
   
    Il adore le scrabble, consacre son temps aussi aux recherches sur les origines de tous les crashs aériens, et aime depuis son enfance Sophie et l'aimera toujours même si elle vit une autre vie.
   
    Alors qu'il assiste aux obsèques religieuses de sa grand-mère, il se trouve fort mécontent de constater que l'hommage rendu à cette femme est un mensonge absolu. Pourquoi faut-il toujours dire que les disparus étaient les meilleurs ?
   
    Dans un long monologue intérieur, il invective toute la famille qui joue le simulacre des apparences et des bonnes pensées depuis toujours. Le portrait qui en est fait est tout à fait désopilant et nous renvoie une image pas très honorable de la famille.
   
    A travers le portrait de cette famille plus vraie que nature, c'est le constat d'une société qui s'arrange et s'accommode et dont les compromis empêchent de voir la vérité. Une critique des relations humaines basées sur l'hypocrisie et l'indifférence qui nous interpelle.
   
    L'humour et l'ironie émaillent les réflexions de l'homme qui nous touche beaucoup en raison d'une grande solitude et souffrance qu'il vit.
   
   Alors à lire absolument, sans réserve.

critique par Marie de La page déchirée




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