Lecture / Ecriture
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Condor de Caryl Férey

Caryl Férey
  La jambe gauche de Joe Strummer
  Zulu
  Mapuche
  Famille Nucléaire
  Condor
  Les nuits de San Francisco
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  Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale
  Utu

Caryl Ferey est un écrivain français né à Caen en 1967.

Condor - Caryl Férey

Et le condor passa…
Note :

    Retour en Amérique du Sud, au Chili plus précisément, avec le dernier roman de Caryl Férey. Le Chili après l’Argentine, deux pays voisins, proches par leurs histoires contemporaines, dictatures militaires et répressions féroces sous le regard complice des U.S.A. et laxiste de l’opinion internationale.
   
    Trois parties dans ce thriller trépidant passant des bas-fonds de Santiago au vaste désert d’Atacama situé au nord du pays : "Guet-apens", "La femme magnétique" et "L’infini cassé".
   
   Une jeune femme, Gabriela, indienne Mapuche, passionnée de cinéma demande l’aide d’Esteban, avocat des causes perdues pour l’aider à comprendre puis à résoudre la mort mystérieuse de plusieurs jeunes du quartier de la Victoria.
   
    Zone déshéritée, morts sans importance dont tout le monde se fout, et la police a bien d’autres délits à s’occuper. Mais le dernier mort Enrique est le fils de Stéfano, ami et mentor de Gabriela, qui gère le Ciné Brazil et qui l’héberge. Après analyses la cause de la mort est surprenante pour ne pas dire stupéfiante, absorption de cocaïne pure ! Une drogue beaucoup trop chère pour le niveau de vie du quartier ! L’affaire semble avoir des ramifications plus importantes que prévues.
   
    Edward, autre avocat ami et associé d’Esteban s’est suicidé, enfin c’est la version officielle. Il avait des problèmes de couple mais de là à se donner la mort, encore une anomalie pour Gabriela et Esteban.
   
    Et ils ne vont pas être au bout de leurs mauvaises surprises dans un pays et une démocratie qui se cherche, traumatisée par des années de dictature qui ne s’effacent pas à coups de lois ou de décrets. Surtout que certains cadres de l’ancien régime sont encore en place, sous de fausses identités, à des postes clefs, toujours avides de pouvoir et d’argent et peu regardant sur la manière de les obtenir.
   
    La quête de la vérité sera longue, semée de cadavres, petits truands voulant devenir grands, hommes d’affaires et policiers corrompus, parfois des gens honnêtes qui malheureusement seront aux mauvais endroits aux mauvais moments !
   
    Il y a malgré tout plusieurs personnages attachants dans ce roman :
    Esteban, fils indigne d’une richissime famille, mouton noir familial, sa révolte, son travail d’avocat au service des déshérités. Contre l’establishment qu’il hait et qui le lui rend bien.
    Gabriela, jeune indienne Mapuche, elle aussi en lutte, son arme sa caméra, et aussi parfois les rites et les incantations tribales dans lesquels elle a été élevée.
    Stéfano et le père Patrico hommes bons, courageux et rescapés d’une autre époque ainsi que quelques autres.
   
    Grâce à ce roman j’ai approfondi mes connaissances sur le Chili et le rôle néfaste de Pinochet, des militaires, des U.S.A. et de la C.IA., belle brochette d’assassins !
   
    Il n’était pas possible dans un roman sur le Chili de ne pas citer le grand poète et martyr, Victor Jara !
   
    Extraits :
   
   - "Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu'enfin nous nous déguisons à nous-mêmes", cita-t-il de mémoire.
   
   - Aucun oiseau ne viendrait se poser sur ses branches : Jorge se croyait chêne, il n'était qu'épouvantail.
   
   - L'immeuble, la rue, les feuilles des arbres, le visage des gens : le monde était devenu hostile.
   
   - Seuls les États-Unis n'avaient pas ouvert d'enquête concernant les crimes du plan Condor, et Kissinger, la tête pensante de l'époque, avait toujours refusé de témoigner.
   
   - Esteban était tombé amoureux d'une fleur, une rose rouge du nom de Catalina, par aversion pour les siens : un choc dont il ne s'était pas relevé.
   
    - Victor Jara aux mains cassées, Catalina, les héros de ses livres étaient des morts.
   Il s'était trompé... La politique, ses amours : il s'était trompé toute sa vie.

critique par Eireann Yvon




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Au nom de la justice et liberté
Note :

    Caryl Férey nous revient avec un roman vibrant et haletant pour nous raconter une histoire violente où les personnages évoluent sur un fil, dans un pays qui me touche particulièrement, le Chili.
   
    Un peu tout à la fois, polar, politique, historique, ce livre nous emporte de plus en plus fort dans une course ultime au nom de la justice et liberté.
   
    Revenant à travers ses héros, sur le 11 septembre 1973, jour qui a vu la chute et le suicide du président élu démocratiquement, Allende et l'avènement de la dictature de Pinochet et de ses militaires sanguinaires. Le Chili entre alors dans la période la plus noire de son Histoire. Une chape de plomb s'est abattue sur la nation andine et les pleurs et la peur se sont installées pour longtemps.
   
    20 ans après et des milliers de massacres, de tortures, de disparitions, commis par les militaires, le Chili n'a pas pansé ses blessures malgré le retour des exilés et de nouvelles élections.
   
    Les coupables n'ont pas tous été punis et certains ont continué leur vie, sous une autre identité avec une autre histoire en toute impunité.
   
    Le Chili croit en un renouveau et celui d'aujourd'hui a du mal à oublier celui d'hier. Bourreaux et victimes vivent sur le même sol.
   
    De Santiago au désert d'Atacama, Stefano, le vieux militant fidèle à Allende avec Gabriella la belle indienne mapuche et Estèban, l'avocat des causes perdues mais fils de famille deviennent des enquêteurs au service de la justice dans un trafic de drogue.
   
    L'air est chaud, il brûle même et les paysages nous envoûtent. L'esprit chamanique n'est pas loin et les charognards non plus.
   
    Le rythme s'intensifie et devient haletant, l'histoire est très fouillée et presque documentaire parfois.
   
    Même si je trouve juste que les personnages font trop dans la caricature sociale, il n'en reste pas moins l'ombre de Neruda sur les mots et le chant de Victor Jara.
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critique par Marie de La page déchirée




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Superficiel
Note :

   Je dois être particulièrement difficile en ce moment. Après une grande adoration pour la trilogie maori puis l’Afrique du Sud, les romans courts anglais, voire les livres pour enfants, j’ai plus de mal à suivre Caryl Ferey dans son périple sud américain. "Mapuche "comportait des éléments déplaisant, frôlant la complaisance (le cannibalisme forcé). Ici, on révise son histoire chilienne, ainsi que la façon dont on a glissé les restes sous le tapis au nom de la réconciliation. Mais tout reste superficiel. Entre les moments hallucinés des passages du roman inachevé d’Esteban, le héros sans peur vengeant symboliquement Ché Guévara et toutes les révolutions d’Amérique Latine, les luttes des peuples premiers, rien finalement n’est traité en profondeur. Qui trop embrasse mal étreint dit la sagesse populaire. La partie la plus symbolique de la lutte écologique débarque dans la dernière partie en ayant été amenée par des intermèdes dont on ne comprend pas la présence au départ entre deux chapitres.
   
   Roman réécrit à plusieurs reprises d’après les dires de l’auteur, il aurait gagné à être mieux conseillé. Quitte à nous le faire sur deux tomes avec des héros dont on se sépare et d’autres qui apparaissent en route.
   
   Bien sûr cela se lit, mais mon attente de ce nouveau Férey était sans doute trop forte et comme qui aime bien châtie bien…
    ↓

critique par Le Mérydien




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