Lecture / Ecriture
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Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7 de Philip Kerr

Philip Kerr
  L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
  La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
  Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
  La Mort, entre autres - Trilogie berlinoise - 4?
  Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
  Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
  Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
  Prague fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8

Philip Kerr est un auteur britannique né en 1956 et mort d'un cancer en 2018.

Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7 - Philip Kerr

Un coup de mou pour Bernie
Note :

   Philip Kerr est allé trop vite dans la biographie de son personnage, Bernie Gunther, un policier berlinois témoin de la montée et de l'apogée du nazisme. Après avoir commencé par les années 1930, il se retrouve, au septième volume, avec un héros plus tout jeune qui vit à Cuba en 1954. La solution qu'il a trouvée dans le volume précédent, "Hôtel Adlon", est simple, c'est celle du retour en arrière. Il l'utilise encore ici en parallèle avec la progression naturelle de son héros. Ainsi, les démêlés de Gunther avec les Américains, les Français et les Allemands de l'Est de 1954 l'amènent à revenir sur ses années de guerre, ses relations pas toujours très nettes avec les Nazis, son séjour dans un camp de prisonniers en Russie, son passage en France occupée et bien d'autres épisodes. On sait Philip Kerr très méticuleux en ce qui concerne la reconstitution du cadre historique de ses romans et il semble ici atteindre son apogée dans ce domaine. Ce sont des centaines de noms, d'organismes ou de personnes, qui sont livrées au lecteur dans une succession de courtes biographies ou d'histoires qui finissent par donner le vertige. Si l'on ajoute à cela une traduction mal assurée (l'urgence ?) et un fil principal plutôt tordu, on est en droit de considérer cet épisode comme le moins réussi de la série. L’œuvre de Philip Kerr est unique, on a vu que ses imitateurs comme Richard Birkefeld et Göran Hachmeister ne lui arrivaient pas à la cheville, mais on est devenu exigeant avec lui.
   
    L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
    La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
    Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
    La Mort, entre autres - Suite Trilogie berlinoise - 4
    Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
    Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
    Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7

    Prague Fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8
    Les Ombres de Katyn - Suite Trilogie berlinoise - 9
    La Dame de Zagreb - Suite Trilogie berlinoise - 10
    Les Pièges de l'exil - Suite Trilogie berlinoise - 11
    Bleu de Prusse, Seuil - - Suite Trilogie berlinoise - 12
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critique par P.Didion




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Le héros est fatigué
Note :

   "De là, je me dirigeais à pied vers le sud, convaincu qu'au moins une des prédictions de Hitler avait fini par se réaliser. Aux premiers jours de sa victoire, il nous avait annoncé : "dans cinq ans, vous ne reconnaîtrez plus l'Allemagne", et c'était un fait. Jadis l'une des artères les plus florissantes de Berlin, le Kurfurstendamm n'était plus qu'une succession de ruines".
   

   Ce n'était peut-être pas une bonne idée de faire la connaissance de Bernie Gunther avec le septième volume de ses enquêtes. Encore que dans celui-ci, il s'agit plus d'espionnage que de police. J'en ressors la tête pleine de dates, d'intrigues, de personnages, de va-et-vient entre différentes époques, la lecture ne souffrait aucune distraction. Il a eu mille vies cet homme-là !
   
   Commençons par ce qui m'a plu. Le côté historique, avant, pendant, après la deuxième guerre mondiale. C'est sans doute solidement documenté et montre à quel point c'était difficile de trouver sa place en tant que policier allemand entre les nazis et les communistes et en gardant les mains propres. Soit vous vous compromettiez avec des gens peu recommandables, soit vous mouriez d'une manière ou d'une autre.
   
   Le roman se déroule en grande partie en 1954, l'histoire commence à Cuba où s'était réfugié Bernie. Elle se poursuit à New-York, Berlin, Paris, où Bernie est successivement emprisonné interrogé par les services secrets. Tous cherchent à lui soutirer des informations sur ce qu'il sait, notamment à propos d'un ancien SS qu'il a bien connu, Erich Mielke, présentement numéro deux de la toute jeune Stasi. C'est l'occasion de retours en arrière dans le passé de Bernie, lorsqu'il était simple policier, puis membre des S.S. et prisonnier de guerre des Russes. Tout le monde en prend pour son grade, Bernie n'a aucune illusion sur ses congénères, il en a un peu trop vu.
   
   Il n'a pas plus de sympathie pour les uns que pour les autres, le héros est fatigué, il en a assez d'être utilisé et manipulé au gré des circonstances et sent le danger de devenir aussi corrompu que les autres. Il doit faire preuve de beaucoup d'habileté et d'imagination pour espérer se sortir du piège où il est tombé.
   
   Je suis assez perplexe devant la personnalité de Bernie Gunther. S'il n'a jamais été nazi, ce n'est pas un ange non plus et il n'a pas trop de scrupule à tuer ceux qui l'encombrent. Il utilise un humour cynique qui fait mouche, mais est assez dérangeant. De plus, il traverse toutes les situations d'une manière peu vraisemblable, il devrait être mort depuis longtemps...
   
   Même si j'ai déjà lu pas mal de documents sur la deuxième guerre mondiale et son cortège de turpitudes, j'ai été assez scotchée par la description qu'en fait Bernie. Le fait qu'il passe entre les mains de plusieurs services secrets montre à quel point à un certain niveau ils se ressemblent tous et utilisent les mêmes moyens et sont sans scrupules. A cet égard, l'attitude des Américains qui ont laissé filé volontairement tant de criminels nazis est écœurante. Les Français ne sont pas en reste avec ce qu'ils ont fait dans les camps de Gurs et du Vernet (qui sont peu évoqués en France), Bernie n'hésite pas à les décrire comme plus nazis que les Allemands. En fin de volume, les précisions de l'auteur sur les personnages ayant réellement existé et ceux de fiction sont fort utiles. En résumé, un livre très intéressant historiquement, mais pour Bernie, je pense qu'il vaut mieux commencer par le début.

critique par Aifelle




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