Lecture / Ecriture
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Westwood de Stella Gibbons

Stella Gibbons
  Le bois du Rossignol
  Westwood
  La ferme de cousine Judith
  Le Célibataire

Stella Gibbons est une romancière et poétesse britannique née à Londres en 1902 et morte en 1989.

Westwood - Stella Gibbons

Ecrit juste après guerre
Note :

   J'ai plusieurs Stella Gibbons en attente chez moi et je m'en réjouis après cette première lecture. Si Westwood n'est pas tout à fait un coup de cœur, c'est un roman tout en nuances qui ravira les amateurs de littérature anglaise et notamment, de classiques "Vintage".
   
   Jeune enseignante, Margaret vient de s'installer à Londres pendant la guerre avec ses parents, qui lui donnent l'image d'un mariage peu épanouissant. Dotée d'un physique quelconque, la jeune femme est très, voire trop sérieuse, malgré une grande sensibilité pour l'Art sous ses différentes formes. A l'inverse, son amie d'enfance Hilda récemment devenue sa voisine est très jolie, assez frivole, ne s'intéresse qu'aux films faciles et semble supporter la guerre avec une légèreté qui fait défaut à Margaret.
   
   Par hasard, Margaret fait la rencontre du peintre Alexander Niland et de son beau-père dramaturge Gerard Challis, qui s'avère être un proche voisin vivant à Westwood, une superbe maison. Grâce à Zita, réfugiée juive travaillant chez les Challis, Margaret va obtenir son droit d'entrée à Westwood et côtoyer ainsi cette famille qui la fascine, en particulier le dramaturge qu'elle juge tout à fait admirable. Peu lui importe de devoir supporter les railleries de sa fille superficielle ou d'être régulièrement sollicitée pour s'occuper des petits-enfants que les femmes de la maison semblent incapables de gérer seules (sans penser même aux hommes, artistes au-delà de toutes ces considérations bassement matérielles - à une époque où, de toute façon, l'homme ne joue pas ce rôle dans le foyer). Bien qu'on ne puisse se retenir de grincer des dents face aux mauvaises manières et à l'arrogance des Challis et des Niland, qui profitent allègrement de Margaret, difficile de ne pas être sous le charme de cette maisonnée. Nous suivons ainsi Margaret pendant plusieurs mois, entre son travail qu'elle prend moins au sérieux au fil du temps, ses visites à Westwood, ses sorties au concert et l'intimité qu'elle noue avec un ami de son père... autant de changements dans son quotidien qui la feront évoluer.
   
   En parallèle, et bien que sûr de son pouvoir de séduction, le cinquantenaire Gerard Challis fait une cour laborieuse à Hilda, rencontrée dans le métro. Le charme et la beauté de la jeune femme l'empêchent d'admettre ses lacunes intellectuelles et son indifférence royale à tous ses discours pompeux. Bien évidemment, Hilda et Margaret sont loin de se douter du fait que toutes deux côtoient le même homme dans des circonstances bien différentes.
   
   On savoure ce roman délicat qui fait vivre sous nos yeux Hampstead et Highgate sous le Blitz, nous donnant à voir une capitale très vivante et gaie malgré les bombes allemandes. Le portrait qui nous est fait de Londres nous offre de très beaux passages, tel que celui-ci par exemple : Tant que dura l'été, la beauté l'emporta sur la tristesse, car le soleil bénissait toute chose - les ruines, les visages fatigués, les fleurs sauvages aux longues tiges et les étendues obscures d'eau stagnante - et, durant ces mois de calme, Londres dévasté fut aussi beau qu'une ville de rêve (p 8).
   
   Stella Gibbons ne fait pas de cadeau à ses personnages : chacun a son lot de défauts, et même si aucun n'est fondamentalement antipathique, il est difficile de les apprécier ou, a fortiori, de les admirer. Notre héroïne n'échappe pas à la règle en raison de la passivité dont elle fait preuve alors que tout le monde semble trouver normal de profiter de sa générosité.
   
   Preuve du plaisir que j'ai pris à le lire, mon exemplaire de Westwood est constellé de post-it, aussi bien pour retrouver de belles descriptions, des considérations sur la psychologie des personnages ou tout simplement, des touches d'humour. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer cet extrait où Margaret farfouille dans une pile de livres d'occasion : Alors qu'elle ouvrait avec circonspection des sermons et des biographies de respectables nullités du dix-neuvième siècle depuis longtemps défuntes, elle aperçut soudain ce gros volume d'âge vénérable, dont la reliure vert foncé avait connu des jours meilleurs et dont la couverture arborait encore une gravure dorée défraîchie de la porte de Highgate (p 344).
   
   Amoureux des lettres anglaises, Stella Gibbons est à découvrir sans plus attendre !

critique par Lou




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