Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

François d'Assise de Hermann Hesse

Hermann Hesse
  Siddhartha
  Le Loup des Steppes
  Narcisse et Goldmund
  Le jeu des perles de verre
  Une bibliothèque idéale
  François d'Assise
  L’Ornière
  La Bibliothèque Universelle
  Magie du livre

Hermann Hesse est né en Allemagne en 1877 dans une famille de missionnaires protestants contre laquelle il se rebella très tôt.
Pendant la majeure partie de sa vie professionnelle, il travailla dans une librairie et parallèlement commença à être publié à partir de 1898 (poèmes puis prose). Sa déficience visuelle lui permit de ne pas être soldat alors que son pays traversait deux guerres mondiales. Il manifestait d'ailleurs son mépris des querelles nationalistes.

Bien qu'inégalement reconnu par ses pairs et handicapé par une carrière littéraire mise en veilleuse par les guerres, il a obtenu le prix Goethe, le prix Bauernfeld en 1905 et surtout, le Prix Nobel de littérature en 1946.

Il est décédé en Suisse en 1962.

J-P de Tonnac s'est attaché à ses pas dans "Les Promenades d'Hermann Hesse"

François d'Assise - Hermann Hesse

Franchement exalté
Note :

   Pour quelles raisons Hermann Hesse a-t-il pu vouloir écrire cet ouvrage –que l’on peut difficilement appeler une biographie étant donnée la pauvreté des informations précises et factuelles en regard des informations idéologiques plus générales qui sont fournies-, nous allons en donner quelques hypothèses qui semblent toutes plus ou moins valables :
   
   - François d’Assise représente le personnage qui aurait pu apaiser les peines existentielles d’un Loup des Steppes en errance.
   - François d’Assise représente le personnage qui sert d’horizon existentiel à Hermann Hesse lui-même.
   - François d’Assise représente le personnage qui devrait servir d’horizon à n’importe quel individu intégré à la masse de l’humanité.
   
   Hermann Hesse emploie un ton franchement exalté lorsqu’il parle de François d’Assise. Nous ne sommes pas loin de l’hagiographie même si la question théologique est à peine abordée, citée pour son seul pouvoir symbolique de désintéressement de l’âme et de grandeur de la vision.
   
   Hermann Hesse découvre François d’Assise en 1899, alors qu’il se trouve à Bâle, sous l’influence de Rudolf Wackernagel. Le personnage prend alors une place déterminante pour sa vision esthétique et religieuse du monde. Il énonce son projet clairement :
   "J’ai longtemps souhaité traiter saint François de manière poétique, car sa limpide apparition est elle-même un poème pur et doux dont rien ne doit se perdre."
   

   Le parcours de François d’Assise ressemble étrangement à celui de Saint Augustin avec son clivage entre une phase profane et une phase sacrée, séparées par l’expérience de la conversion. Pour le rappeler, Hermann Hesse souligne l’écart qui existait entre la première vie chaotique, alimentée de plaisirs charnels, alimentaires, belliqueux et éthyliques, et la seconde vie, sainte et dévolue à l’Imitatio Christi. Quelques signes annonciateurs –le jeu des fleurs auquel se livra le jeune François- semblent pourtant témoigner avant l’heure de la métamorphose qu’il connaîtra plus tard, en renonçant à aller combattre avec Gautier de Brienne dans le sud de l’Italie. Toute la suite ressemble à un miracle sans éclats tapageurs. Dans l’humilité et la modestie, François d’Assise mène une vie d’errance qui ne cherche à draguer personne d’autre que Dieu. Il réunit de bons compagnons de routes, réussit à obtenir la tolérance du pape, se montre charitable avec les animaux et compose son Cantique du Soleil. Ce dernier n’était peut-être même pas utile : "On n’a conservé de lui qu’une unique prière –ou un unique cantique, mais à la place de paroles et de poèmes écrits il nous a laissé la mémoire de sa vie simple et pure, une vie dont la beauté et la grandeur silencieuse surpassent les œuvres même de bien des poètes."
   

   François d’Assise représente donc le contrepoint positif au Loup des Steppes dans la vision d’un Hermann Hesse mélancolique. Il reflète son romantisme, sa nostalgie, sa quête d’harmonie avec Dieu, le monde et la nature. Il incarne aussi la possibilité d’une vie d’errance simple et heureuse, sans contraintes sociales. C’est peut-être pour cette raison qu’Hermann Hesse parle du christianisme d’une manière anecdotique, préservant ainsi sa vision d’un François d’Assise détaché de toute dogmatique et qui serait le représentant d’un idéal humain de pure liberté.
   
   "Sa prédication n’était pas comme celle des prêtres, car il n’avait pas pour maîtres ou modèles des livres, des Pères de l’Eglise, des formules ou des rhéteurs, mais uniquement son cœur brûlant et les oiseaux du ciel et les refrains des troubadours vagabonds."

critique par Colimasson




* * *