Lecture / Ecriture
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Appartenir de Séverine Werba

Séverine Werba
  Appartenir

Appartenir - Séverine Werba

Excellent
Note :

   "Tout ce qui me concerne est mort en Ukraine. J'ai beau chercher, frapper aux portes, consulter les archives, rien ne refait surface. Tout est enseveli dans cette terre grasse et fertile, au milieu des champs, des forêts et en plein cœur des villes. Cela fait des semaines que je tourne autour, que je reprends mes notes, cherche un fil narratif. Et quelque chose résiste. J'ai fait ce voyage sans savoir pourquoi, mais je l'ai fait quand même. Parce qu'il était fondamental. Sur place, ce ne fut pas si clair. Je cherchais des traces disparues, effacées par la destruction et le temps dans un pays amnésique et sourd".
   

   Il a fallu la naissance de sa fille pour que la narratrice se rende compte qu'elle ne savait rien du passé de son grand-père Boris, surnommé Babar, venu de Russie. Elle a pourtant vécu dans sa proximité, mais n'a jamais pensé, ou osé, le questionner, pas plus que les autres membres de la famille.
   
   Dès lors, il va devenir urgent de partir à la quête de ses racines, du côté de l'Ukraine. Elle y met une certaine obsession, jusqu'à faire un voyage sur place à la recherche de traces improbables, dans un pays qui les a trop souvent effacées.
   
   Des récits sur le thème des origines, la disparition de familles entières déportées ou tuées, j'en ai lu un certain nombre. Mais celui-ci m'a happée dès le début. Sensible, intense, on entre avec la narratrice dans les méandres du passé, anxieuse de savoir ce qui est arrivé à Rosa, à Léna, la petite fille de deux ans, à Joseph. Souvent l'imagination de la narratrice comble les vides béants devant lesquels elle se trouve. L'auteure sait nous faire ressentir la souffrance intérieure d'une génération qui ne peut rien dire de ce qui l'a précédée, qui ne peut qu'imaginer l'horreur. S'y ajoute ici le regret de ne pas savoir comment Boris a pu vivre ce séisme majeur.
   
   La mention "roman" sur la couverture me semble superflue, je l'ai lu comme un récit.

critique par Aifelle




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